En cette période où il faut rester à la maison, je vous propose une série d’interviews en compagnie de professionnels de la culture. L’occasion d’en savoir plus sur leurs métiers, sur les institutions dans lesquelles ils travaillent mais aussi sur les dispositifs qu’ils déploient pour garder un lien avec le public malgré le confinement.

Aujourd’hui, c’est Emma Fonteneau, médiatrice culturelle et community manager au château d’Angers qui a accepté de répondre à mes questions ! En quoi consiste son travail ? à quoi ressemblent ses journées depuis le début du confinement ? quels sont ses conseils pour vous permettre de découvrir le château d’Angers à distance ? Emma nous dit tout !


Peux-tu te présenter, nous parler de ton parcours et de ton métier ?

Je m’appelle Emma Fonteneau, je suis médiatrice culturelle et Community Manager. De manière plus précise je suis en charge des publics jeunes et de la communication digitale pour le Domaine national du Château d’Angers, un monument du réseau du Centre des monuments nationaux pour lequel je travaille depuis 8 ans, au sein d’une équipe de 7 personnes.

Si on remonte au plus loin, j’ai fait un bac littéraire dans ma ville de Valence, puis une hypokhâgne et une khâgne au lycée du Parc de Lyon. Ces deux années intenses d’études furent certainement les plus formatrices de tout mon parcours. Dès cette époque j’avais choisi une double-spécialisation en Histoire de l’Art et en Histoire du Moyen Âge que j’ai ensuite poursuivie à l’Université de Nanterre jusqu’à conclure par deux années de recherche de master en castellologie (oui oui ça existe !).
En plus de stages en médiation culturelle et documentation, j’ai complété ma formation par le passage de l’examen de guide interprète régional et par le master professionnel « Médiation » de l’Ecole du Louvre grâce auquel j’ai pu passer un semestre en tant que « curatorial fellow » au Davis Museum at Wellesley College (Boston, MA). Cette expérience à l’étranger fut très enrichissante car elle m’a permis de découvrir des stratégies de médiation et des pratiques professionnelles très différentes de ce que nous connaissons en France.

J’ai commencé à travailler au château d’Angers en tant qu’animatrice pédagogique, puis chargée des réservations. Je suis aujourd’hui en charge de la coordination des actions éducatives à destination des scolaires et des étudiants. J’épaule également mon collègue en charge du public familial, suis amenée à travailler sur des expositions ou des événements… Il est de toutes façons important de décloisonner les publics, et même si nous avons dans le service des « spécialités », nous travaillons aussi beaucoup en transversalité pour une action culturelle globale pour les publics.

Depuis 2015-2016 je suis aussi en charge de la communication digitale du monument (site internet, partenariats web et réseaux sociaux). La formation interne du CMN et le très fort soutien de l’équipe support du siège en la matière m’ont permis de développer un tout nouveau champ de compétences. Mon ADN de médiatrice fait que j’envisage les réseaux sociaux autant comme un outil de communication que de médiation. C’est un formidable moyen d’exporter l’expérience culturelle et le savoir pour des publics qui sont éloignés. Nous avons donc au Château d’Angers une exigence très forte en termes de qualité des contenus comme pour nos autres actions de médiation. Je crois que la situation actuelle met en lumière de manière assez inédite cet aspect là de notre travail.

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© Romain Veillon / Centre des monuments nationaux

En temps normal, en quoi consiste ton travail ?

C’est très dur de répondre à cette question : il n’y a pas vraiment de journée type. Dans les monuments de taille moyenne comme le nôtre nous sommes très polyvalents au sein du service. Les semaines sont donc extrêmement variées : réflexion sur le contenu scientifique d’expositions, création d’outils ou d’actions de médiation, montage de projets, travail avec l’enseignant relai du monument ou avec d’autres partenaires culturels pour des actions conjointes, médiation devant les publics, lectures, rédaction de contenus éditoriaux, gestion des réseaux, suivi de la mise à jour du site internet, actions de communication, préparation de matériel pour les ateliers pédagogiques, mais aussi répondre à tous les appels et mails entrant du service éducatif, conseiller les enseignants, gérer l’agenda des animations, suivre les contrats de réservations scolaires et les conventions… Il faut jongler entre des tâches qui s’insèrent dans un temps long, et d’autres qui sont d’avantage de l’ordre l’immédiateté.

Depuis le confinement, à quoi ressemblent tes journées ?

Les tâches administratives liées à l’enregistrement des réservations et aux appels des enseignants ont évidemment quasiment disparu, même si nous sommes toujours en contact avec eux… Nous travaillons au développement de l’expérience culturelle à distance et avons dans ce cadre renforcé notre présence sur les réseaux sociaux avec de nouvelles rubriques. La difficulté est évidemment de ne pas avoir le monument sous la main. Les collègues qui continuent de s’y rendre pour des missions de sécurité nous font parvenir des photos, nous donnent des nouvelles, nous piochons dans nos archives et surtout dans la base iconographique « Regards » du CMN qui est plus que jamais salvatrice. Ce moment particulier crée un lien différent entre le monument et ses publics mais aussi entre les collègues.

Pour ce qui concerne notre service, nous avons toujours des réunions hebdomadaires en visio, nous continuons à travailler sur le long terme comme nous le ferions habituellement (préparer les prochaines expos, la rentrée scolaire, les prochaines vacances…). Il y a bien sûr des difficultés – des partenaires ou fournisseurs qui ne peuvent pas répondre présent, les événements comme la Nuit des musées qui sont décalés, des stratégies à repenser en raison des données sanitaires, l’inaccessibilité des collections – mais au bout de 4 semaines, j’ai pour ma part trouvé un rythme. Et puis nous savons que c’est temporaire… Sur le long terme c’est assez impensable de ne plus avoir de contact avec les publics et les collections.
Mais je crois que bien plus que le confinement et le travail à distance, le plus dur sera la réouverture au public qui ne sera pas réellement un retour à la normal et va nous obliger à changer nos manières de travailler.

Personnellement, le confinement a un avantage : je peux profiter davantage de mes très jeunes enfants, tout en gardant une sanité d’esprit grâce au travail ;).

A quoi ressemble ton bureau au château ? Et ton bureau de confinement ?

Je partage mon bureau avec ma collègue en charge de l’événementiel au sein d’une aile de bâtiment occupée par les services culturels de la communication et des publics. Il ressemble à un bureau tout à fait classique, avec un ordi, une imprimante, des dossiers… si ce n’est quelques poutres ici ou là, et la plus belle vue d’Angers ! Nous avons également des espaces partagés où se trouve le matériel de médiation etc.

Bureau de Emma Fonteneau au château d'Angers

Et puis le bureau c’est aussi le reste du monument que nous arpentons pour les médiations, les reportages photos, les événements… et notamment ce lieu incroyable qu’est la galerie de l’Apocalypse. Travailler quotidiennement auprès d’un tel chef d’œuvre, pouvoir côtoyer sa monumentalité, parfois de très près avec d’autres tapisseries lors de restaurations, et partager ses mystères avec les visiteurs, c’est probablement ce qui me manque le plus en confinement. 

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Tapisserie de l'Apocalypse, château d'Angers
© Bernard Renoux / Centre des monuments nationaux 

En confinement, j’ai la grande chance d’habiter une maison avec jardinet. J’ai donc un vrai espace bureau dans lequel je peux m’isoler. C’est à la fois un bureau pour le travail sur ordinateur, mais aussi un bureau de médiateur… On y fait donc de la peinture, du collage, de la gravure, du tissage… avec les moyens du bord. Et j’y ai installé un bon fauteuil pour la lecture.

Quels sont tes conseils pour permettre aux internautes de garder un lien avec le château d’Angers tout en restant chez eux ?

Alors bien sûr le premier conseil c’est de suivre nos comptes Facebook et Instagram à défaut de pouvoir passer le pont-levis. La voix et l’âme du monument sont là, grâce au travail acharné de tous les collègues qui participent de près ou de loin à la création de contenus, mais aussi grâce à la communauté angevine très forte, notamment d’Igers.

Comme beaucoup de sites, nous avons aussi répondu à l’appel du Ministère de la Culture et du #CultureChezNous. Notre dispositif de confinement s’appelle « Mon château à la maison ».

C’est un espace sur notre site internet qui recense tous les moyens de découverte à distance du monument (applis, visites virtuelles en street view, outils 3D, vidéos, base iconographique, livrets d’expos…) Ces outils existants sont souvent mal connus de nos publics alors qu’ils sont bien plus que des pis-aller.

Nous avons développé aussi spécifiquement des activités pour le jeune public. En plus de coloriages et d’un challenge de dessin participatif, nous avons créé 7 ateliers thématiques issus de notre offre pédagogique, dont 6 sont déjà en ligne. Chaque atelier comprend un guide à télécharger qui fournit un tutoriel complet et un contenu éducatif. L’atelier s’accompagne aussi d’un ou deux outils de visites à distance ou d’approfondissement des connaissances qui sont en lien avec sa thématique, pour une expérience patrimoniale la plus complète possible. Le défi était de proposer un contenu riche tout en tenant compte des moyens matériels limités qu’ont les familles dans cette période de confinement.

© DR

Merci beaucoup à Emma pour cet échange et pour sa passion pour son travail ! Vous pouvez également la retrouver sur Instagram et LinkedIn.

 Retrouvez les précédentes « interviews confinement » :

  • Thomas Garnier, community manager et photographe au château de Versailles
  • Louisa Torres, conservatrice à la BnF
  • Georges Manginis, directeur scientifique au musée Benaki d’Athènes
  • Hélène Boubée, chargée de l’éditorialisation numérique de Paris Musées
  • Anthony Chenu, chargé de la communication et de l’action éducative à l’Arc de Triomphe
  • Elise Lafages, attachée à la communication digitale de l’Opéra de Dijon

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