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10 monuments de Paris qui ont disparu – PARTIE 2/3

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Lisa Vanden Bossche

10 mai 2026

Paris change, se transforme, et parfois tourne la page sur des lieux qui semblaient pourtant incontournables. Derrière la ville que l’on connaît aujourd’hui se cachent d’autres histoires, celles de bâtiments disparus qui ont marqué leur époque avant de s’effacer.

Pour cette deuxième partie, retour dans les coulisses du Paris oublié, à la découverte de 10 monuments disparus de Paris

Le Luna Park

Au début des années 1900, sensations fortes garanties… Porte Maillot. Inspiré du parc américain Coney Island, le Luna Park (Luna pour lunatique) ouvre ses portes en mai 1909 à la Porte Maillot, dans le 17ᵉ arrondissement de  Paris. Pour seulement un franc, les visiteurs peuvent profiter d’attractions spectaculaires comme la Water Chute ou le Scenic Railway, d’immenses montagnes russes. Le parc accueille également des événements populaires et des spectacles de grande ampleur, ce qui contribue à son immense succès au début du XXᵉ siècle, avec plusieurs millions de visiteurs. Malgré sa notoriété, le parc connaît des périodes de fermeture liées aux guerres et aux crises économiques, avant de décliner progressivement et d’être finalement détruit en 1948.

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LUNA PARK /21 LE WATER CHUTE. – Musée Carnavalet

La fontaine de la Régénération et son Isis

Érigée en 1793 sur la Place de la Bastille, la Fontaine de la Régénération est un monument éphémère mais hautement symbolique de la Révolution française. Imaginée notamment sous l’influence du peintre Jacques-Louis David, elle représente la déesse égyptienne Isis, figure maternelle et nourricière, laissant jaillir de l’eau de sa poitrine pour symboliser la régénération du peuple français. Au cœur des célébrations révolutionnaires, notamment lors de la Fête de l’Unité du 10 août 1793, cette fontaine incarne l’idée d’une nation unifiée et revivifiée. Construite en plâtre, elle ne dure cependant que peu de temps et disparaît rapidement, laissant place à d’autres projets monumentaux sur ce site emblématique de Paris.

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La Fontaine de la Régénération – sur les débris de la Bastille – Musée Carnavalet

L’Hôpital de la charité

Fondé en 1601 à l’initiative de Marie de Médicis, l’Hôpital de la Charité est créé pour accueillir et soigner les indigents de Paris grâce à la congrégation des frères de Saint-Jean-de-Dieu. D’abord installé près du quai Malaquais, il s’établit définitivement en 1607 rue des Saints-Pères, sur un terrain de l’ancien hôtel de Sansac. Dirigé directement par les religieux jusqu’à la Révolution, l’hôpital se distingue par la qualité de son hygiène, de ses soins et devient un modèle médical, accueillant exclusivement des hommes dans ses premières décennies. Confisqué en 1791, il continue toutefois à fonctionner sous le nom d’hospice de l’Unité, avant de redevenir pleinement civil au XIXᵉ siècle, période durant laquelle il s’agrandit et augmente fortement sa capacité d’accueil. Après plus de trois siècles d’activité, il ferme définitivement en 1935 dans le cadre d’une réorganisation générale de l’hôpital public à Paris. Il est presque entièrement démoli pour laisser place à la nouvelle École pratique de médecine de la Faculté de Paris.

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Porte de l’hôpital de la Charité, 6ème arrondissement, Paris – Musée Carnavalet

Le studio des Buttes Chaumont

Ici, des générations de programmes cultes sont nés dans un seul et même lieu parisien. Les studios des Buttes-Chaumont, situés entre les rues des Alouettes et Carducci dans le 19ᵉ arrondissement de Paris, constituent de 1956 à 1993 l’un des principaux centres de production de la télévision française. Sur près de 90 000 m², ils abritent plusieurs studios d’enregistrement, des salles de répétition, des ateliers techniques, des loges et même une tour de diffusion hertzienne, formant un véritable complexe audiovisuel connu aussi sous le nom de Centre René-Barthélémy. De nombreuses émissions et séries emblématiques y sont tournées, comme L’Île aux enfants, Les Cinq dernières minutes ou encore Ciel, mon mardi !. Installés sur un site déjà lié au cinéma depuis la fin du XIXᵉ siècle avec la Cité Elgé de Léon Gaumont, les studios prennent leur essor après la Seconde Guerre mondiale lorsque la RTF cherche de nouveaux espaces de production. Ils connaissent leur apogée jusqu’aux années 1990, avant le transfert progressif des activités vers Bry-sur-Marne et La Plaine-Saint-Denis, puis leur démolition en 1996 pour laisser place à des logements.

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Studios de cinéma des Buttes-Chaumont. Paris. – Gaston Paris / Roger-Viollet

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Découvrez la première partie des monuments de Paris qui ont disparu :

Les portes du Ciel et de l’Enfer à Montmartre

Situé au 53 boulevard de Clichy à Montmartre, dans le 18ᵉ arrondissement de Paris, le Cabaret l’Enfer et le Cabaret du Ciel partagent le même emplacement et le même propriétaire, Antonin Alexander. Fondé en 1892 par ce dernier, les deux cabarets jumeaux proposent une mise en scène spectaculaire de l’au-delà, allant du paradis à la damnation. Pour entrer dans L’Enfer, les visiteurs passaient sous un portail en forme de gueule béante de Léviathan, tandis que la façade elle-même était décorée comme une allégorie flamboyante de la tentation et des flammes infernales. Décrit par Jules Claretie comme « le poème du Dante mis à la portée de nos flâneries », le lieu impressionnait autant par son esthétique que par son atmosphère théâtrale, au point d’être considéré par les contemporains comme un élément incontournable de la vie montmartroise. Toutefois, après plusieurs décennies d’activité, le cabaret connaît de graves difficultés financières et est finalement racheté en 1950 par l’enseigne Monoprix, qui transforme progressivement l’espace pour agrandir son magasin, entraînant ainsi la disparition définitive de ce lieu emblématique des cabarets de la Belle Époque.

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PARIS – MONTMARTRE / CABARETS ARTISTIQUES : LE CIEL, L’ENFER – Musée Carnavalet

L’ancienne gare Montparnasse

Au total Paris à connu deux gare Montparnasse ! La première est construite entre 1848 et 1852 au bord du boulevard Montparnasse, pour remplacer un premier embarcadère devenu trop petit face à l’essor du chemin de fer. Rapidement agrandie et modernisée, elle devient un grand terminus du réseau de l’Ouest, mais reste une gare en impasse située en hauteur au-dessus de la rue de Rennes. Le 22 octobre 1895, elle est frappée par un spectaculaire accident ferroviaire lorsqu’une locomotive ne parvient pas à freiner et traverse la façade, restant suspendue au-dessus de la place en contrebas, un événement qui marquera durablement son histoire.

Au milieu du XXᵉ siècle, malgré plusieurs aménagements, la gare est jugée vieillissante et mal adaptée à l’augmentation du trafic ferroviaire. Dans le cadre d’un vaste projet de rénovation du quartier appelé « Maine-Montparnasse », l’ancienne gare est progressivement démolie dans les années 1960 pour être remplacée par un ensemble plus moderne et déplacé vers le sud du quartier. Cette reconstruction aboutit à la gare que l’on connaît aujourd’hui, inaugurée en 1969, intégrée à un grand complexe immobilier et conçue pour accueillir des flux beaucoup plus importants, notamment les trains à grande vitesse.

La Galerie des machines

En 1889, Paris ne plaisantait pas avec les machines : elle leur a carrément construit un palais ! Le Palais des Machines est conçu par l’ingénieur Victor Contamin et l’architecte Ferdinand Dutert pour l’Exposition universelle de 1889, sur le Champ-de-Mars dans le 7ᵉ arrondissement de Paris, face à l’École militaire. Cette immense structure métallique, couvrant environ 77 000 m² avec d’impressionnantes surfaces vitrées, est alors l’une des plus grandes constructions du monde et fascine les visiteurs par son gigantisme et son audace architecturale. À l’intérieur, le public découvre des machines en fonctionnement illustrant les progrès industriels de l’époque, comme des presses d’imprimerie, des machines à fabriquer du papier, de la glace ou encore du pain, offrant un véritable spectacle technique et pédagogique.

Bien que prévu pour être démonté après l’exposition, le bâtiment est finalement conservé sur décision politique et réutilisé pour divers usages : banquets, concours agricoles, manifestations sportives et événements militaires. Il sert à nouveau lors de l’Exposition universelle de 1900 et accueille ensuite des activités très variées, dont des compétitions cyclistes, des spectacles et le cirque Barnum & Bailey en 1902. Malgré cette seconde vie, le Palais des Machines est finalement détruit en 1909 afin de dégager la perspective du Champ-de-Mars et de permettre de nouveaux aménagements urbains.

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Paris, Galerie des Machines – Musée Carnavalet

Le Cimetière des innocents

Dans le quartier des Halles, autour de l’actuelle place Joachim-du-Bellay dans le centre de Paris, le Cimetière des Innocents constitua pendant plusieurs siècles l’un des principaux lieux d’inhumation de la capitale. Utilisé du Moyen Âge jusqu’à la fin du XVIIIᵉ siècle, on estime que près de deux millions de défunts y auraient été enterrés, souvent dans de grandes fosses communes où les corps sont empilés jusqu’à saturation avant d’être recouverts. Situé en plein cœur de la ville, le cimetière finit par poser de graves problèmes sanitaires : insalubrité, odeurs et risques pour les riverains deviennent insupportables. Un incident décisif survient en 1780, lorsqu’un effondrement de terrain provoque le déversement d’ossements dans la cave d’un commerce voisin, accélérant la décision de fermeture.

En 1785, le site est officiellement désaffecté et les restes humains sont transférés dans les anciennes carrières souterraines de la rive gauche, qui deviendront les Catacombes de Paris. Le cimetière est ensuite totalement détruit, laissant place à un espace urbain réaménagé où subsiste aujourd’hui la fontaine des Innocents, seul témoignage visible de cette immense nécropole disparue.

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Le Cimetière des Innocents en 1750 (Composition rétrospective) – Musée Carnavalet

Les abattoirs de la Villette

Les abattoirs de la Villette sont construits entre 1860 et 1867 dans le 19ᵉ arrondissement de Paris, dans le cadre des grands travaux d’urbanisme du préfet Georges-Eugène Haussmann sous le Second Empire. L’objectif est de moderniser l’approvisionnement en viande de la capitale en regroupant les anciens abattoirs insalubres dispersés dans Paris vers un site unique, mieux organisé, situé en périphérie et connecté aux réseaux ferroviaires et aux canaux. Ce vaste complexe devient rapidement un centre névralgique du commerce de bétail, avec des marchés, des halles spécialisées et des installations industrielles destinées à traiter de très grands volumes.

Cependant, au fil du temps, le site est régulièrement critiqué pour ses conditions sanitaires, les nuisances pour les riverains et la violence de ses activités, qui choquent une partie de l’opinion publique. Plusieurs scandales liés à l’hygiène, aux conditions de travail et à la gestion du site alimentent l’idée qu’il est devenu obsolète dans une ville en pleine modernisation. Après la Seconde Guerre mondiale, la concentration des activités alimentaires à Paris est remise en question, notamment avec la création de nouveaux circuits d’approvisionnement plus modernes commele marché de Rungis. Ces évolutions entraînent progressivement la fermeture des abattoirs, qui cessent définitivement leur activité en 1974. Le site est ensuite réaménagé pour devenir le parc de la Villette et accueillir des équipements culturels.

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PARIS. – Vue générale des Abattoirs de la Villette – Musée Carnavalet

Le Palais rose

D’immenses festivités dans un palais en marbre rose, on pourrait croire que c’est un rêve… pourtant ça a bien existé. Le Palais Rose de l’avenue Foch, situé dans le 16ᵉ arrondissement de Paris sur l’avenue du Bois-de-Boulogne (devenue avenue Foch en 1929), était l’un des plus fastueux hôtels particuliers de la Belle Époque. Construit comme un somptueux pastiche du Grand Trianon de Versailles, il impressionne par ses façades en marbre rose, son grand vestibule orné de marbres polychromes et son monumental escalier d’honneur. Propriété du dandy Boni de Castellane, époux de l’héritière américaine Anna Gould, le palais devient entre 1902 et 1906 un haut lieu des réceptions mondaines parisiennes, accueillant parfois jusqu’à 2 000 invités lors de soirées parmi les plus prestigieuses de la haute société.

Mais cette vie fastueuse s’interrompt brutalement avec le divorce du couple en 1906, qui entraîne la chute sociale et financière de Boni de Castellane. Le palais est alors vidé, ses meubles et décorations dispersés lors de ventes aux enchères, et la demeure devient trop coûteuse à entretenir. Après plusieurs décennies de déclin, le bâtiment est finalement démoli en 1969 pour laisser place à un immeuble moderne.

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Le Palais Rose

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17 réponses

  1. Et le palais du Trocadero, et les Halles, la Halle au vin … etc. Merci en tout cas pour cette intéressante rétrospective.

  2. Et je regrette aussi la petite ceinture et ses gares qui ont disparu . Quel dommage de ne pas l’avoir conservée alors qu’il est fait des tas de travaux pour le tram .

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