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10 monuments de Paris qui ont disparu – PARTIE 3/3

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Lisa Vanden Bossche

1 juin 2026

Derrière des immeubles, des squares ou des avenues très fréquentées se trouvaient autrefois des théâtres, des attractions et des bâtiments dont il ne reste parfois qu’une plaque ou quelques photographies.

Pour cette troisième partie des monuments disparus de Paris, découvrez une autre manière de traverser l’histoire de la capitale, à travers ses absences…

Le marché du Temple

Avant les boutiques vintage du Marais et les portants soigneusement triés, le quartier du Temple vivait déjà au rythme des vêtements d’occasion. Au début du XIXᵉ siècle, la Ville de Paris y installe un vaste marché consacré aux vieux linges, hardes et chiffons, sur l’ancien enclos des Templiers. Entre la Rotonde du Temple et les halles en bois construites par l’architecte Jacques Molinos, des centaines de marchands vendent fripes, cuir, linge ou chaussures dans quatre pavillons spécialisés aux noms évocateurs : le Palais-Royal, Flore, le Pou-Volant et la Forêt-Noire. Au centre, le « carreau » accueille une véritable bourse du vêtement d’occasion où les vendeurs déballent leurs marchandises à même le sol. Jugé insalubre, le marché est remplacé en 1863 par une vaste structure métallique conçue par Jules de Mérindol, capable d’accueillir plus de 2 000 emplacements. Longtemps associé au commerce populaire et à la fripe parisienne, le Carreau du Temple décline progressivement au XXᵉ siècle avant d’être sauvé de la démolition grâce à son inscription aux Monuments historiques en 1982. 

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Vue de la rotonde et vue cavalière du marché du Temple – Musée Carnavalet

Le gibet de Montfaucon 

Pendant des siècles, les voyageurs entrant dans Paris apercevaient au loin une silhouette de pierre couverte de corps suspendus. Sur la butte de Montfaucon, près de l’actuelle place du Colonel-Fabien, s’élevait dès le XIIIᵉ siècle le principal gibet du royaume de France. Transformé sous le règne de Charles VI en une imposante construction de pierre à plusieurs niveaux, le monument pouvait accueillir des dizaines de corps suspendus aux fourches patibulaires, visibles de loin par les voyageurs entrant dans la capitale. Plus qu’un lieu d’exécution, Montfaucon servait de démonstration du pouvoir royal : les condamnés y restaient exposés plusieurs jours, parfois plusieurs semaines. Parmi les suppliciés les plus connus figurent Enguerrand de Marigny en 1315 ou encore l’amiral de Coligny, dont le corps y fut pendu après le massacre de la Saint-Barthélemy en 1572. Utilisé jusqu’au XVIIᵉ siècle, le gibet est progressivement abandonné avant d’être démoli en 1760. Aujourd’hui, il ne reste presque aucune trace de cette immense potence médiévale, disparue sous l’urbanisation du nord-est parisien.

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Reconstitution par Eugène Viollet-le-Duc.

Le globe céleste

À quelques pas de la Tour Eiffel, les visiteurs de l’Exposition universelle de 1900 pouvaient embarquer pour un voyage immobile à travers les étoiles. Installé entre le quai d’Orsay et la gare du Champ-de-Mars, le Globe céleste prenait la forme d’une immense sphère bleue et or de 45 mètres de diamètre, recouverte de constellations et de signes du zodiaque. Conçu par l’ingénieur Napoléon de Tédesco, ce géorama reposait sur quatre piliers maçonnés abritant escaliers et ascenseurs. À l’intérieur, les spectateurs, installés dans des fauteuils, observaient des panoramas du système solaire défiler sous une voûte artificielle, accompagnés d’une musique composée pour l’occasion par Camille Saint-Saëns. Symbole du goût de la Belle Époque pour les sciences et les spectacles monumentaux, l’attraction fut hélas marquée par un drame : en avril 1900, la passerelle en béton armé menant au Globe s’effondra au-dessus de l’avenue de Suffren, provoquant la mort de neuf personnes. Détruit après l’Exposition, le Globe céleste ne subsiste aujourd’hui qu’à travers quelques photographies et cartes postales où sa silhouette gigantesque apparaît derrière la tour Eiffel. 

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Le Magic city

Pendant quelques nuits de carnaval, le quai d’Orsay devenait l’un des lieux les plus libres et les plus surveillés de Paris. Inauguré en 1911 dans le 7ᵉ arrondissement, Magic City mêle montagnes russes, attractions aquatiques, patinoire et vastes salles de bal capables d’attirer des milliers de visiteurs chaque jour. Derrière ses façades lumineuses se tiennent surtout les célèbres bals travestis du Mardi gras et de la Mi-Carême, tolérés par la police malgré les critiques de la presse conservatrice. Hommes vêtus en femmes, femmes en costume masculin, artistes, figures du spectacle et anonymes s’y croisent dans une atmosphère à la fois festive et clandestine. Des personnalités comme Joséphine Baker, Raimu ou Michel Simon fréquentent parfois ces soirées devenues emblématiques de la vie nocturne parisienne des années 1920 et 1930. Le lieu a également accueilli, à la même période, des « zoos humains » présentés au public dans le cadre de mises en scène coloniales, montrant principalement des indigènes philippins appelés « chasseurs de têtes ». Avec la montée des tensions politiques et morales dans les années 1930, les interdictions se multiplient et les bals disparaissent progressivement. Pendant l’Occupation, le site est transformé en studios de télévision pour la Wehrmacht avant de devenir, après-guerre, les studios Cognacq-Jay.

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Magic City, Paris, 1913 – BNF

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Retrouvez les deux parties précédentes :

L’Hippodrome de Montmartre 

À l’angle de la rue Caulaincourt et du boulevard de Clichy, un immense chapiteau de verre et de métal faisait autrefois résonner les sabots des chevaux et les applaudissements du public. Inauguré en 1900 à l’occasion de l’Exposition universelle, l’Hippodrome de Montmartre est conçu comme une vaste salle de spectacles mêlant numéros équestres, cirque, pantomimes et attractions populaires. Derrière sa façade Belle Époque imaginée par les architectes Henri Cambon, Albert Galleron et Henri Duray, le bâtiment peut accueillir près de 7 000 spectateurs répartis sur cinq niveaux autour d’une piste monumentale. On y voit défiler acrobates, dompteurs, combats navals reconstitués et même le Wild West Show de Buffalo Bill en 1905. Fragilisé par des difficultés financières, l’hippodrome ferme dès 1907 avant d’être transformé en piste de patins à roulettes puis en immense cinéma : le Gaumont Palace. Démoli dans les années 1970, ce lieu de spectacle disparu a laissé place à un grand magasin de bricolage et l’Hôtel Mercure Paris Montmartre, sans presque aucune trace de son architecture d’origine. 

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Musée Carnavalet

La piscine Deligny

Aujourd’hui, l’idée de se baigner dans la Seine fait encore hésiter. Pendant deux siècles pourtant, les Parisiens y plongeaient en plein cœur de la ville. Amarrée quai Anatole-France, la piscine Deligny naît à la fin du XVIIIᵉ siècle sous la forme d’un bassin flottant en bois installé sur le fleuve. En 1801, le maître-nageur Deligny y ouvre une école de natation qui donne rapidement son nom au lieu. Derrière ses pontons et ses cabines rayées, la piscine devient un espace de loisirs fréquenté aussi bien par les familles populaires que par la bourgeoisie parisienne venue se baigner au cœur de la capitale. Modernisée au fil du temps, elle accueille en 1900 certaines épreuves de natation des Jeux olympiques de Paris avant de devenir, au XXᵉ siècle, un symbole des étés parisiens avec ses concours, ses défilés de maillots de bain et ses terrasses ensoleillées. En juillet 1993, après plus de deux cents ans d’existence, la piscine coule en moins de quarante minutes à la suite d’une voie d’eau provoquée par la rupture d’un caisson situé le long des quais. Les causes exactes du naufrage restent floues, même si certains lient l’accident à une collision avec une péniche survenue quelques années plus tôt.

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La piscine Deligny en 1924 – BNF

Le Palais du Bardo

Au sommet du parc Montsouris, un palais aux airs de médina tunisienne a longtemps surpris les promeneurs parisiens. Inspiré du Palais du Bardo de Tunis, ancienne résidence des beys de Tunis construite à partir du XVe siècle, ce pavillon oriental est d’abord présenté lors de l’Exposition universelle de 1867 sur le Champ-de-Mars comme vitrine de l’architecture arabo-andalouse. Après l’événement, la structure est rachetée par la Ville de Paris puis remontée dans le parc Montsouris, où elle devient successivement observatoire météorologique, station d’astronomie et laboratoire d’analyse de l’air. Avec ses galeries, ses arcades et ses décors inspirés des palais tunisiens, le « Bardo » fait partie des curiosités du parc pendant plus d’un siècle. Progressivement abandonné et fragilisé par le temps, le bâtiment se dégrade avant d’être ravagé par un incendie dans la nuit du 5 mars 1991. 

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Façade du palais du Bey de Tunis, dit palais du Bardo, au parc de Montsouris – Musée Carnavalet

Le cabaret du Chat Noir 

Dans un petit local du boulevard de Rochechouart, Montmartre invente au XIXᵉ siècle un lieu où l’art se mêle à la satire et aux nuits sans fin. Fondé en 1881 par Rodolphe Salis, le cabaret du Chat noir ne compte que deux pièces, mais devient rapidement un point de rencontre pour artistes, écrivains et musiciens du Montmartre bohème. On y croise notamment Henri de Toulouse-Lautrec, Guy de Maupassant ou encore Erik Satie, venus partager un vin médiocre dans un décor volontairement simple. Le lieu accueille des spectacles de cabaret moderne et des ombres chinoises qui participent à renouveler les formes scéniques de l’époque. En 1885, le cabaret quitte sa première adresse pour s’installer rue Victor-Massé dans des locaux plus vastes. Après la mort de Rodolphe Salis en 1897, l’activité décline et le cabaret ferme, avant que le bâtiment ne soit démoli dans les années suivantes pour laisser place à un immeuble d’habitation. Une plaque rappelle aujourd’hui l’existence de ce lieu qui a marqué la vie artistique montmartroise.

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L’intérieur du cabaret du Chat Noir. – Musée Carnavalet

L’opéra Le Peletier

Installée dans l’urgence au cœur de Paris, une salle provisoire était pendant plus d’un demi-siècle le centre de la vie lyrique française. Inauguré en 1821 rue Le Peletier, dans le 9ᵉ arrondissement, l’Opéra Le Peletier est construit après la destruction de la salle de la rue de Richelieu, consécutive à l’assassinat du duc de Berry survenu à la sortie même de l’Opéra en 1820, un événement qui entraîne la fermeture immédiate du théâtre et la décision de le déplacer. Pensé comme une solution temporaire, le bâtiment accueille pourtant l’Académie royale de Musique jusqu’en 1873, dans une salle pouvant recevoir environ 1 800 spectateurs et dotée d’une machinerie scénique importante. Les décors y sont particulièrement élaborés et la lumière au gaz permet de nouvelles mises en scène, tandis que le lieu devient un espace mondain où se croisent abonnés, artistes et figures de la vie parisienne. C’est là que sont créées ou jouées des œuvres associées au grand opéra français, notamment celles de Giacomo Meyerbeer ou de Gioachino Rossini, mais aussi des pièces de Richard Wagner. Après plusieurs décennies d’activité et un incendie qui détruit le bâtiment en 1873, la troupe est déplacée vers d’autres salles en attendant l’ouverture du Palais Garnier.

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Incendie du théâtre de l’Opéra, vue prise rue Le Peletier – Musée Carnavalet

Le théâtre de l’ambigu-comique

Dans le Paris du XIXᵉ siècle, un théâtre du boulevard du Temple attire un public où le goût du drame et des faits divers se mêle aux spectacles populaires les plus bruyants. Fondé en 1769 par Nicolas-Médard Audinot, le Théâtre de l’Ambigu-Comique s’inscrit dans le « boulevard du Crime », cette concentration de salles où l’on joue mélodrames, pantomimes et pièces inspirées de l’actualité criminelle. Le lieu évolue rapidement : d’abord consacré aux marionnettes et aux enfants comédiens, il s’oriente vers des spectacles plus vastes, mêlant décors spectaculaires et intrigues sombres, qui rencontrent un large succès auprès d’un public populaire et bourgeois. Reconstruit à plusieurs reprises, il est finalement détruit par un incendie en juillet 1827, avant de rouvrir l’année suivante sur le boulevard Saint-Martin, dans une salle plus grande conçue par Hittorff et Lecointe. Il poursuit ensuite sa carrière jusqu’au XXᵉ siècle, avant de disparaître définitivement dans les années 1960.

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Le Théâtre de l’Ambigu-Comique et le boulevard Saint-Martin – Musée Carnavalet

Paris serait-il le même si ces lieux n’avaient pas existé ?

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