Que reste-t-il des métiers qui faisaient vivre Paris au quotidien il y a un siècle ? Grâce aux photographies d’archives, notamment de Louis Vert et d’Eugène Atget, la ville se dévoile autrement : une capitale animée par des vendeurs de rue, des artisans ambulants et des travailleurs invisibles qui occupaient trottoirs, quais et arrière-cours. Ces images fixent des gestes aujourd’hui disparus, ceux d’un Paris où chaque besoin trouvait sa réponse dans un métier spécifique : réparer, transporter, vendre, nettoyer, réveiller.
Dans cet article nous vous proposons de revenir sur une trentaine de ces professions oubliées, témoins d’une organisation urbaine aujourd’hui effacée mais encore lisible dans les archives et les regards photographiques de l’époque.
Les métiers de la rue parisienne
Avant les voitures omniprésentes, le métro automatisé et les écrans publicitaires, la rue parisienne était un espace de travail à ciel ouvert. On y croisait des vendeurs ambulants, des porteurs, des afficheurs, des rémouleurs ou encore des crieurs qui vivaient au rythme des trottoirs et des marchés. Ces petits métiers formaient un décor humain permanent, fait de voix, de gestes et de passages incessants. La rue n’était pas seulement un lieu de circulation : elle était un immense théâtre quotidien, où chacun occupait une fonction visible dans l’organisation de la ville.
Le fort des Halles
Le fort des Halles était un manutentionnaire chargé de transporter les marchandises à l’intérieur des anciennes Halles de Paris, immense marché alimentaire qui approvisionnait la capitale. Contrairement au portefaix, qui portait des charges plus légères, le fort manipulait des fardeaux particulièrement lourds : sacs, quartiers de viande, cageots ou paniers de denrées. Ces hommes étaient reconnaissables à leur large chapeau de cuir renforcé d’une calotte de plomb destinée à protéger leur crâne du poids des marchandises. Véritables figures populaires du ventre de Paris, ils jouissaient d’un certain prestige et avaient même l’honneur, chaque 1er mai, d’offrir le muguet au président de la République. Leur corporation disparaît progressivement avec le transfert des Halles vers le marché international de Rungis en 1969.

Le réveilleur ou « tapeur de vitres »
Le réveilleur (ou la réveilleuse) était un petit métier parisien très répandu au XIXe siècle, chargé de réveiller les travailleurs qui devaient commencer leur journée avant l’aube, notamment les marchands des Halles et des marchés. À une époque où les réveils mécaniques restaient rares et coûteux malgré leur brevet au milieu du XIXe siècle, ces professionnels effectuaient chaque nuit une tournée précise, munis d’un calepin contenant les adresses de leurs clients. Devant chaque domicile, ils poussaient un cri convenu, frappaient aux fenêtres ou utilisaient parfois une perche ou un sifflet jusqu’à obtenir une réponse, parfois peu amicale, mais indispensable pour valider le réveil. Payés quelques sous par client, les plus assidus pouvaient en tirer un revenu confortable en cumulant plusieurs dizaines de clients. Ce métier, très lié au rythme nocturne de Paris et à l’activité intense des Halles, disparaît progressivement avec la généralisation des réveils individuels et la modernisation des habitudes de travail.
Le poinçonneur
Le poinçonneur du métro faisait partie du quotidien des Parisiens au XXe siècle. Posté à l’entrée des stations dans une petite loge métallique, il perforait les tickets des voyageurs à l’aide d’un poinçon en métal afin de les valider. Avant l’arrivée des tourniquets automatiques, il devait aussi vérifier rapidement les différents tarifs et classes des billets. Immortalisé par la chanson Le Poinçonneur des Lilas de Serge Gainsbourg en 1959, ce métier symbolise aujourd’hui le métro parisien d’autrefois et la monotonie des petits métiers urbains. Avec l’apparition des tickets magnétiques à partir des années 1960, les poinçonneurs disparaissent progressivement jusqu’en 1973.

Le falotier
Le falotier, aussi appelé allumeur de réverbères, était chargé d’éclairer les rues de Paris avant l’arrivée de l’électricité. Chaque soir, il parcourait la ville muni d’une longue perche pour allumer les réverbères à huile puis à gaz, avant de revenir les éteindre au petit matin. Il devait également nettoyer et entretenir les lanternes, souvent perché sur une échelle appuyée contre le lampadaire. Apparue au XVIIIe siècle avec le développement de l’éclairage public, cette profession disparaît progressivement à la fin du XIXe siècle avec l’installation des lampadaires électriques lors de l’Exposition universelle de 1878.
Le cocher d’omnibus
Le cocher d’omnibus conduisait les voitures collectives tirées par des chevaux qui circulaient dans Paris au XIXe siècle, bien avant les autobus modernes. Le cocher d’omnibus suivait un itinéraire fixe avec des arrêts et des horaires précis. Employé par la Compagnie générale des omnibus, il devait guider son attelage dans des rues souvent encombrées tout en respectant un règlement très strict. En 1860 Paris comptait plus de 500 omnibus opérant sur 25 lignes avec une cavalerie de 6 700 chevaux. Ces omnibus hippomobiles, ancêtres des bus parisiens, deviennent progressivement un véritable réseau de transport public avant d’être remplacés par les tramways puis les autobus motorisés au début du XXe siècle.

Le conducteur de fiacres
Le conducteur de fiacre était l’ancêtre direct du chauffeur de taxi parisien. Installé à l’avant de cette voiture hippomobile de location tirée par un ou deux chevaux, il transportait des clients à la demande dans tout Paris, contrairement aux omnibus qui suivaient un trajet fixe. Apparues au XVIIe siècle autour de l’hôtel Saint-Fiacre, ces voitures deviennent au XIXe siècle l’un des principaux moyens de déplacement de la capitale. Les cochers de fiacre, souvent issus des classes populaires, travaillaient dans des conditions difficiles : longues journées, conflits fréquents avec les clients sur le prix des courses et circulation chaotique dans les rues pavées de Paris. Peu à peu, les fiacres disparaissent avec l’arrivée des taxis automobiles et du taximètre au début du XXe siècle, même si le mot « fiacre » continue un temps à désigner les premiers taxis parisiens.

Le portefaix
Le portefaix, aussi appelé crocheteur ou breteleur, transportait dans Paris toutes sortes de charges lourdes : marchandises, sacs, meubles, colis ou lettres. Munis de crochets et de larges bretelles de cuir pour soutenir le poids des fardeaux, ces ouvriers travaillaient principalement dans les Halles, les ports ou les rues commerçantes de la capitale. Ils faisaient partie des « gagne-deniers », ces travailleurs précaires vivant de petits travaux quotidiens sans métier fixe. Avant l’apparition des véhicules motorisés et des services de livraison modernes, les portefaix étaient indispensables au fonctionnement économique de Paris, assurant à la force de leurs bras le transport des marchandises dans une ville encore largement parcourue à pied.

Le décrotteur
Le décrotteur était un petit métier de rue très répandu dans le Paris des XVIIe au XIXe siècles, à une époque où les rues étaient souvent boueuses et difficiles à traverser. Installé à l’entrée des bâtiments ou sur les trottoirs, il proposait aux passants de nettoyer leurs chaussures avant d’entrer dans une maison, une boutique ou un lieu public. Munis de brosses, de chiffons et parfois de petites estrades en bois pour éviter de se salir à nouveau, certains décrotteurs faisaient payer ce service, d’où l’expression « passez payez ». Ce métier, à la fois humble et indispensable dans une ville encore dépourvue d’infrastructures modernes, disparaît progressivement avec le pavage des rues et l’amélioration de l’hygiène urbaine.

L’homme-sandwich
L’homme-sandwich est un métier publicitaire ambulant apparu à Londres au début du XIXe siècle, avant de se répandre dans les grandes villes européennes comme Paris. Il consiste à porter deux panneaux d’affichage, l’un sur la poitrine et l’autre dans le dos, afin de promouvoir un produit, un spectacle ou un commerce en déambulant dans les rues. Pris entre ces deux affiches, le porteur ressemble littéralement à un “sandwich”, d’où le nom du métier. À Paris, on le retrouvait surtout sur les boulevards très fréquentés, où il attirait l’attention des passants dans un paysage urbain en pleine modernisation.

Le photographe ambulant
Le photographe ambulant était un artisan itinérant qui proposait de réaliser des portraits directement dans la rue, sur les places ou lors d’événements populaires. Installé avec un matériel souvent portable, parfois une chambre-laboratoire lui permettant de développer les images sur place, il attirait les passants et leur offrait un souvenir immédiat, bien avant l’ère des studios accessibles et de la photographie de masse. Très présent à la fin du XIXe et au début du XXe siècle, il se déplaçait dans les zones animées de Paris comme les boulevards, les marchés ou les lieux touristiques. Ce métier, à la frontière entre art et commerce, disparaît progressivement avec l’arrivée des appareils modernes, des cabines automatiques et de la démocratisation de la photographie.

Le lancier du préfet
L’arroseur à la lance, parfois surnommé le « lancier du préfet », faisait partie des agents chargés du nettoyage des rues de Paris à la fin du XIXe siècle et au début du XXe. Munis de longues lances reliées à des tuyaux d’eau, ces ouvriers parcouraient les grandes avenues et les places pour arroser la chaussée, évacuer la boue, la poussière et surtout le crottin des chevaux omniprésents dans la capitale. Le métier se développe avec les transformations haussmanniennes et l’amélioration des réseaux d’égouts, qui permettent un nettoyage plus régulier des rues.

L’ange gardien
L’ange-gardien était un petit métier parisien insolite, apparu dans les milieux des cabarets et des restaurants, chargé de raccompagner les clients ayant trop bu jusqu’à leur domicile. Employé par certains établissements ou travaillant à son compte, il assurait une mission de sécurité très concrète : éviter les chutes, les agressions ou les vols dans les rues de Paris la nuit. Ce métier reposait toutefois sur une règle implicite essentielle : l’ange-gardien ne devait jamais consommer d’alcool pendant sa mission, sous peine de perdre toute crédibilité. Disparu avec la modernisation des services urbains et l’apparition d’autres formes de transport et d’assistance, il reste une figure pittoresque du Paris nocturne et festif d’autrefois.

Le Remonteur d’horloge
Le remonteur d’horloge était un ouvrier chargé d’entretenir et de remonter manuellement les horloges publiques de Paris, avant l’arrivée des systèmes automatiques puis numériques. Chaque jour ou chaque semaine selon les mécanismes, il parcourait la ville pour intervenir sur des horloges installées dans les églises, les mairies, les lycées ou les bâtiments publics. Le travail était très physique : il fallait monter dans les clochers, accéder aux mécanismes, puis actionner les systèmes de remontage parfois lourds et complexes afin de garantir la régularité de l’heure. Chaque horloge ayant son propre rythme, la tournée demandait une grande organisation, avec parfois plusieurs dizaines d’interventions par jour à travers la capitale. À vélo ou à pied, ces ouvriers enchaînaient les sites, de Saint-Paul à l’Hôtel de Ville en passant par les églises du centre de Paris, assurant un service discret mais essentiel au bon fonctionnement de la ville. Avec l’automatisation progressive des horloges au cours du XXe siècle, ce métier disparaît peu à peu, emportant avec lui une forme très concrète du rapport au temps urbain.
Les vendeurs ambulants et petits commerces populaires
Avant les grandes surfaces et les commerces standardisés, Paris vivait au rythme des cris des marchands ambulants. Dans les rues, sur les places et autour des marchés, une multitude de petits vendeurs proposaient directement aux passants nourriture, objets du quotidien ou services improvisés. Ces métiers de la vente de rue racontent un Paris populaire, bruyant et en mouvement permanent, où le commerce faisait partie du spectacle quotidien de la ville.
La marchande d’arlequins
La marchande d’arlequins était une vendeuse de rue parisienne qui proposait des repas bon marché composés de restes alimentaires récupérés dans les maisons bourgeoises et les grands restaurants. Ces fragments de viandes, poissons et légumes étaient assemblés sur des plateaux et vendus pour quelques sous sous forme de plats hétéroclites. L’écrivain Privat d’Anglemont compare ces compositions à l’habit d’Arlequin, personnage de la commedia dell’arte vêtu de losanges multicolores, d’où le nom donné à ce métier. On trouvait également, dans le même univers des petits métiers alimentaires, la marchande de soupe qui servait des bouillons chauds consommés sur place, dans des bols prêtés puis récupérés. Ces pratiques témoignent d’un Paris populaire où la récupération alimentaire et la vente de rue permettaient à de nombreux habitants modestes de se nourrir à bas prix, bien avant l’apparition de la restauration sociale ou des cantines populaires.

Le vitrier
Le vitrier était un artisan ambulant chargé de poser, réparer et remplacer les vitres des habitations, boutiques et ateliers parisiens. Il se déplaçait souvent avec ses outils et des plaques de verre sur le dos ou sur une charrette, parcourant les rues en criant « vitrier ! vitrier ! » pour signaler sa présence et proposer ses services. À une époque où les vitres étaient fragiles et coûteuses, il intervenait directement chez les habitants pour découper et ajuster le verre sur place, réparant les fenêtres cassées ou installant de nouvelles vitres. Ce métier, très présent dans le Paris des XVIIe au XIXe siècles, disparaît progressivement avec l’industrialisation du verre et l’évolution des techniques de pose.

Le vendeur de journaux
Le vendeur de journaux, souvent aussi crieur de journaux au XIXe siècle, faisait partie des premiers réseaux de diffusion de la presse dans les rues de Paris. Très tôt le matin, il récupérait les exemplaires directement à la sortie des imprimeries avant de parcourir les boulevards en criant les grands titres pour attirer l’attention des passants. Son rôle était essentiel à une époque où l’abonnement restait limité et coûteux : la vente à la criée permettait de toucher un public beaucoup plus large. Les événements importants (crimes, catastrophes ou changements politiques) pouvaient fortement augmenter ses ventes, donnant un rythme très variable à sa journée, qui pouvait s’étendre de l’aube jusqu’à la soirée. Progressivement, ce métier disparaît avec l’apparition des kiosques à journaux et la distribution modernisée de la presse, même si la figure du crieur reste un symbole du Paris populaire et bruyant du XIXe siècle.

Le marchand d’herbes
Le marchand d’herbes, appelé plus précisément marchand de mouron, était un vendeur de rue parisien spécialisé dans la vente d’une petite plante comestible très appréciée des oiseaux. Le mouron poussait en toute saison et était ramassé pour être revendu dans les rues, les jardins publics ou sur les marchés. Les marchands parcouraient Paris en criant leur appel typique, comme « Régalez vos petits oiseaux ! », afin d’attirer les propriétaires d’animaux mais bien que cette herbe était destinée à nourrir les oiseaux, il fut un temps où elle agrémentait également la soupe des parisiens… . Ce petit commerce disparaît progressivement avec l’évolution des habitudes urbaines et la disparition de ce type de vente de rue.

La porteuse de pain
La porteuse de pain était un métier majoritairement féminin à la fin du XIXe siècle à Paris, avec pour mission de livrer le pain directement aux domiciles des habitants. Elle effectuait souvent plusieurs tournées par jour, transportant les miches dans une charrette à bras ou dans un grand tablier bleu qu’elle relevait pour les protéger et les porter. Si ce nom évoquera aux littéraires et cinéphiles le roman-feuilleton éponyme de Xavier de Montépin (1823-1902), véritable « best-seller » du XIXe siècle, adapté successivement au théâtre, au cinéma et à la télévision, le métier de porteuse de pain n’avait rien de très romanesque. Le métier se développe durant le XIXe siècle et s’éteint après la Première Guerre mondiale.

La marchande d’oublies
La marchande d’oublies était une vendeuse de rue parisienne spécialisée dans la vente de petites pâtisseries légères et croustillantes appelées « oublies », ancêtres des gaufres fines. Elle parcourait les rues en fin de journée ou lors des rassemblements populaires, criant pour attirer les passants, souvent les enfants et les domestiques, très friands de ces douceurs peu coûteuses. Les oublies, cuites dans des fers spéciaux, tiraient leur nom de leur légèreté supposée : si fines qu’on disait qu’elles se « oubliaient » presque aussitôt après les avoir mangées. Héritées d’une longue tradition médiévale, ces ventes ambulantes ont longtemps rythmé la vie des rues parisiennes, où le sucré se consommait directement sur le trottoir. La marchande d’oublies disparaît progressivement avec l’industrialisation de la pâtisserie.

Le marchand de plans et de papier d’Arménie
Dans le Paris des petits métiers ambulants, le marchand de papier d’Arménie s’inscrit dans cette économie de rue faite d’objets du quotidien à la fois utiles et légèrement mystérieux. Le papier d’Arménie est une invention française de la fin du XIXe siècle, créée par Auguste Ponsot et Henri Rivier, inspirée de pratiques de combustion de résines aromatiques observées lors de voyages. Il se présente sous forme de petites bandelettes de papier imprégnées de benjoin, une résine aux notes chaudes et sucrées, qui se consume lentement en dégageant une fumée parfumée utilisée pour désodoriser et assainir les intérieurs. Les vendeurs ambulants en proposaient parfois dans les rues de Paris, aux côtés d’autres produits pratiques ou hygiéniques, participant à une culture du commerce de trottoir où le vendeur jouait aussi le rôle de démonstrateur.

Le loueur d’enfants
Le « loueur d’enfants » désigne, selon les descriptions rapportées pour la fin du XIXe siècle à Paris, un intermédiaire qui proposait à des mères en grande précarité de lui confier leur enfant pour la journée afin de leur permettre de travailler ou de chercher de quoi survivre. Dans ce contexte de misère urbaine liée à l’industrialisation, ces femmes, souvent isolées et sans ressources stables, acceptaient cette solution faute d’alternative. Mais que fait ce loueur d’enfants de ceux qu’il a sous sa garde ? Il les loue lui-même à des mendiants qui veulent attendrir le passant en s’aidant de ces très jeunes marmots et augmenter leurs gains. Certaines sources évoquent également du grimage ou de la violence, visant à rendre les enfants plus « pitoyables » aux yeux du public. Ce type de pratique s’inscrit dans une époque où la protection de l’enfance reste encore très limitée, avant les premières grandes avancées législatives de la fin du XIXe siècle encadrant progressivement le travail des mineurs et leur prise en charge sociale.

Les métiers de réparation, de récupération et de survie
Dans un Paris où l’on jetait peu, presque tout pouvait être récupéré, réparé ou transformé pour continuer à servir. Cette catégorie rassemble des métiers souvent modestes et précaires, exercés dans la rue ou sur les marchés, où la débrouille faisait partie du quotidien. Chiffonniers, rétameurs, raccommodeurs ou ramasseurs de mégots vivaient de ce que les autres abandonnaient, dans une ville où la survie passait aussi par la récupération et le réemploi.
Le chiffonnier
Le chiffonnier était un acteur incontournable mais marginalisé du Paris du XIXe siècle, souvent perçu comme sale et vivant au contact direct des déchets urbains. Munis d’un crochet et d’un sac, ils parcouraient les rues à la recherche, dans les ordures ménagères alors souvent jetées directement sur la voie publique, d’objets récupérables : tissus, métaux, papiers ou objets du quotidien qu’ils pouvaient revendre ou réutiliser. Malgré cette mauvaise réputation, le chiffonnier est en réalité l’un des premiers recycleurs de la ville, participant à une économie parallèle essentielle. Au XIXe siècle, le chiffonnage devient suffisamment important pour être encadré par la police : une médaille délivrée par la Préfecture de police leur est imposée, faisant de ce métier une profession réglementée. Mais la mise en place progressive d’un système moderne de collecte des déchets, notamment après l’arrêté d’Eugène-René Poubelle en 1883 imposant des boîtes à ordures, transforme profondément la gestion des déchets urbains et entraîne le déclin progressif des chiffonniers, marquant la fin d’un Paris où les ordures faisaient encore partie intégrante du paysage quotidien.

L’étameur
L’étameur était un artisan ambulant chargé de réparer et protéger les ustensiles métalliques du quotidien. Son travail consistait à déposer une fine couche d’étain sur des casseroles, couverts, bassines ou objets en fer blanc afin d’empêcher leur oxydation et de prolonger leur durée de vie. Le rétameur retirait quant à lui l’ancien étain abîmé avant de le refaire à neuf, rebouchant également les trous des fonds de casseroles usées. Chargé d’ustensiles suspendus à des courroies sur ses épaules et vêtu d’un large tablier de protection, il parcourait les rues avant de s’installer sur une place ou dans une cour pour exercer son activité.

La matelassière
La matelassière confectionnait, réparait et entretenait les matelas dans le Paris d’autrefois. Fabriqués à partir de laine, de crin ou de plumes enfermés dans une toile épaisse, les matelas avaient tendance à se tasser avec le temps. Le travail consistait alors à ouvrir le matelas, nettoyer et carder la laine, remplacer certaines matières usées puis redonner du volume au garnissage avant de le recoudre. À Paris, ces artisans travaillaient souvent en plein air, notamment sur les quais de Seine où arrivaient par bateau leurs matières premières. Cette activité très poussiéreuse nécessitait d’ailleurs une autorisation du commissaire de quartier pour battre la laine ou le crin « sous peine d’amende ». Figure familière des quais parisiens jusque dans la première moitié du XXe siècle, la matelassière disparaît avec l’industrialisation de la literie et la production de matelas manufacturés.

Le ramasseur de cigares
Le ramasseur de mégots, aussi surnommé « cueilleur d’orphelins », faisait partie des petits métiers les plus précaires du Paris de la fin du XIXe siècle. À une époque où près de cinq cent mille cigares étaient fumés chaque jour dans la capitale, ces travailleurs parcouraient les rues, les terrasses de cafés, les caniveaux ou même les vespasiennes afin de récupérer les bouts de cigares et de cigarettes abandonnés. Une fois rentrés chez eux ou dans des ateliers improvisés, les mégots étaient triés, ouverts puis mélangés pour fabriquer un nouveau tabac bon marché revendu aux ouvriers, balayeurs ou travailleurs de nuit qui ne pouvaient s’offrir le tabac de la Régie. Cette économie parallèle faisait vivre tout un petit réseau de ramasseurs, d’éplucheurs et de vendeurs opérant notamment autour du marché Maubert. Méprisés, régulièrement surveillés par la police et associés à une forme de mendicité déguisée, les mégottiers incarnent pourtant un Paris populaire où rien ne se perdait vraiment et où même les déchets du luxe pouvaient devenir une ressource.
Le rémouleur
Le rémouleur était un artisan ambulant qui aiguisait les couteaux, les ciseaux et les autres objets tranchants du quotidien. Parcourant les rues de Paris avec sa petite charrette équipée d’une meule, il annonçait son passage en agitant une clochette et en criant « Rémouleur ! Repasse couteaux ! Repasse ciseaux ! ». Le bruit caractéristique de la meule frottant le métal faisait autrefois partie des sons familiers de la ville. Héritier d’un métier très ancien déjà présent à Paris au Moyen Âge, le rémouleur appartenait à la confrérie des « gagne-petit », regroupant les métiers modestes et itinérants. Il aiguisait aussi bien les ustensiles des ménages que les outils des artisans ou, autrefois, les épées et poignards. Ce métier décline progressivement au XXe siècle avec l’industrialisation, la démocratisation des objets manufacturés et la société du jetable, même si quelques rémouleurs perpétuent encore aujourd’hui ce savoir-faire.

Le rempailleur
Le rempailleur était un artisan spécialisé dans la restauration des assises de sièges, notamment les chaises, fauteuils et tabourets. Son travail consistait à remplacer ou réparer la paille, le rotin ou les fibres végétales tressées qui formaient l’assise, afin de redonner solidité et confort au mobilier usé. Le rempaillage, très répandu dans les foyers modestes comme dans les intérieurs plus aisés, s’inscrit dans une longue tradition artisanale remontant au Moyen Âge. À Paris, ces artisans intervenaient directement chez les particuliers ou dans de petits ateliers, perpétuant un savoir-faire manuel très précis. Le métier a évolué avec le temps : il est aujourd’hui souvent exercé sous les appellations de canneur, tapissier ou garnisseur de sièges, qui restaurent et rénovent fauteuils et chaises en combinant techniques traditionnelles et matériaux modernes.

Le raccommodeur de faïences et de porcelaines
Le raccommodeur de faïence et de porcelaine était un artisan ambulant du Paris du XIXe siècle spécialisé dans la réparation de la vaisselle cassée. Il parcourait les rues et les marchés pour proposer ses services, recollant assiettes, vases, pots ou objets décoratifs à l’aide de techniques visibles comme des agrafes métalliques, des fils de fer ou des mastics qui maintenaient les morceaux ensemble sans toujours faire disparaître les traces de la cassure. On le voyait parfois installer son petit atelier directement dans la rue pour montrer ses réparations et attirer les clients, dans une logique très éloignée de la consommation actuelle du jetable.

Le nettoyeur de chien
Les baigneurs de chiens, ou tondeurs de chiens, étaient des artisans parisiens installés sur les quais de Seine, payés pour nettoyer et toiletter les animaux domestiques, principalement les chiens. Avant l’apparition des salons de toilettage au XXe siècle, les propriétaires leur confiaient leurs animaux pour les faire tondre à l’aide d’outils manuels, puis les laver directement dans le fleuve. Cette activité, très visible au XIXe et au début du XXe siècle, s’inscrivait dans un usage quotidien de la Seine comme espace de travail et de services urbains.

L’arracheur de dents
L’arracheur de dents était un praticien ambulant très répandu dans les villes européennes et parisiennes jusqu’au XIXe siècle, spécialisé dans l’extraction de dents douloureuses sans véritable formation médicale reconnue. Souvent installé sur une estrade en plein air lors de foires ou sur les places publiques, il attirait les passants par des démonstrations spectaculaires, parfois accompagnées de musique ou de mise en scène destinée à couvrir les cris des patients. Ces opérateurs utilisaient des instruments rudimentaires, pinces, tenailles ou crochets, et incarnaient une médecine encore empirique, à mi-chemin entre soin et spectacle populaire. À partir du XVIIIe siècle, puis surtout au XIXe siècle, les progrès médicaux, l’anesthésie et la structuration du métier de dentiste entraînent progressivement la disparition de ces praticiens de rue, relégués au rang de charlatans dans l’imaginaire collectif d’où l’expression « mentir comme un arracheur de dents ».

Les métiers qui ont évolué
Si beaucoup de petits métiers ont disparu avec les transformations de la ville, certains ont pourtant résisté ou se sont adaptés aux évolutions de Paris. Transformés par la modernisation, l’industrialisation ou le tourisme, ils continuent d’exister sous d’autres formes.
L’afficheur
Au XIXe siècle, l’afficheur, ou colleur d’affiches, parcourt la ville avec ses brosses, ses seaux de colle et ses rouleaux de papier. Il recouvre les murs, les palissades et les colonnes Morris de messages politiques, de spectacles ou de publicités, contribuant à faire de Paris une ville saturée d’images. Avec le temps, le métier se transforme : l’affichage se professionnalise, s’organise et investit de nouveaux espaces comme le métro, où des colleurs continuent aujourd’hui de remplacer les campagnes publicitaires à la main. Si les techniques ont évolué et que le papier partage désormais la place avec le numérique, le geste, lui, reste le même : faire entrer les images dans la ville.

Le bouquiniste
Les bouquinistes font partie du paysage parisien depuis le XIXe siècle, installant leurs boîtes vertes le long des quais pour vendre livres d’occasion, gravures, journaux et objets imprimés. Héritiers d’une longue tradition de librairie de rue, ils prolongent une économie du livre accessible et populaire, où l’on chine autant qu’on lit. Aujourd’hui encore, ils sont présents sur les bords de Seine, inscrits dans le paysage urbain et même au patrimoine culturel de la ville, témoignant d’un métier rare qui a su traverser le temps sans quitter la rue.

Des falotiers aux rémouleurs, cette liste n’est bien sûr pas exhaustive : quels autres métiers disparus associez-vous au vieux Paris ?

Une réponse
Excellent.
Ça n’est pas si vieux . Notre société a bien changé.
La marchande d’arlequin a-t-elle empoisonné beaucoup de monde ? Actuellement on jette « gras ». Par exemple dans les restaurants d’entreprise tout ce qui est préparé (pour le service) s’il n’est pas consommé est jeté….