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Exposition « Plumes du paradis » : l’étonnant voyage d’un oiseau extraordinaire au musée du quai Branly – Jacques Chirac

Image de Lisa Vanden Bossche
Lisa Vanden Bossche

21 mai 2026

En collaboration avec le musée du quai Branly – Jacques Chirac
Exposition Oiseaux de Paradis au musée du Quai Branly

Des plumes rouges éclatantes, des formes sombres et profondes, des filaments noirs qui flottent dans l’air : pendant des siècles, le plumage des oiseaux de paradis a été au centre d’une fascination chez les humains, de la Nouvelle-Guinée dont ils sont issus jusqu’en Europe, où ils ont été perçus comme des créatures presque surnaturelles.

Avec l’exposition Plumes du paradis, le musée du quai Branly – Jacques Chirac retrace le long et passionnant voyage de ces oiseaux, victimes du commerce de leurs plumes et devenus – malgré eux – la cause de l’une des premières ligues de protection animale et d’un mouvement féministe.

Qu'est-ce qu'un oiseau de Paradis ?

Aussi appelés Paradisiers, les Oiseaux de paradis regroupent une famille de 45 espèces vivant principalement en Nouvelle-Guinée. Ils se caractérisent par des plumages éclatants ainsi que des chorégraphies sans pareilles.

Des oiseaux au cœur des cosmologies de Nouvelle-Guinée

Dans plusieurs régions de Nouvelle-Guinée, les plumes d’oiseaux de paradis sont utilisées lors de cérémonies, de danses et de rassemblements collectifs. Montées sur des coiffes spectaculaires ou portées sur le corps, elles signalent parfois le statut social, l’appartenance à un groupe ou le rôle occupé pendant les rituels. Certaines parures, composées de dizaines de plumes soigneusement assemblées, témoignent aussi de réseaux d’échanges entre communautés.

Fibres végétales tressées, coquillages, pigments et plumes composent des ensembles où chaque élément possède une signification. Ces parures confectionnées avec le plus grand des soins apparaissent autant comme des objets d’art que comme des objets liés à la vie sociale et spirituelle.

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Comment les oiseaux de paradis ont fasciné l'Europe

Les premiers récits venus des grandes explorations

À partir du XVIᵉ siècle, les premiers oiseaux de paradis font leur apparition en Europe. Rapportés sur le continent souvent sans pattes, retirées lors de leur préparation, les oiseaux de paradis sont au centre d’une croyance étonnante : celle d’animaux vivant en permanence dans les airs et ne touchant jamais le sol.

Au fil du temps, les naturalistes comme les artistes ont amélioré leur connaissance de ces animaux. Dessins scientifiques, peintures et illustrations diffusent leur image dans toute l’Europe, parfois de manière fidèle, parfois largement fantasmée.

À travers des gravures anciennes, des récits de voyage et des spécimens naturalisés, l’exposition revient sur cette découverte progressive qui a captivé l’Europe. On y découvre notamment comment ces oiseaux sont devenus des figures associées à l’exotisme et à une nature idéalisée, entre observation scientifique et imaginaire du “paradis”.

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Un objet rare collectionné

Au fil des siècles, plumes et spécimens circulent dans les cabinets de curiosités puis dans les collections d’histoire naturelle européennes. Les oiseaux de paradis deviennent recherchés, autant pour leur rareté que pour leur apparence.

Certaines vitrines reprennent l’esthétique des anciennes collections, où spécimens naturalisés, objets précieux et documents scientifiques étaient exposés côte à côte.

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Quand les plumes deviennent un phénomène de mode

Portées sur des chapeaux, robes ou accessoires, les plumes d’oiseaux de paradis deviennent, à la fin du XIXᵉ siècle, des symboles d’élégance et de distinction sociale. Photographies, illustrations de mode et pièces d’époque montrent l’ampleur de cette tendance dans les capitales européennes.

Derrière cette mode se développe un commerce international particulièrement lucratif. Les oiseaux sont chassés en nombre pour alimenter les marchés européens et américains, tandis que les plumes circulent entre colonies, ports marchands et ateliers de mode.

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Paris : une ville au coeur de l'industrie plumassière

Avec la fascination du luxe, du monde du spectacle et de la haute couture pour les plumes de paradisiers, la plume était le coeur d’une économie. Rien qu’à Paris, on comptait dans le premier quart du XXe siècle des centaines d’atelier de plumassiers, fournisseurs, modistes, grands magasins, maisons de couture, taxidermistes, lieux de savoir et espaces de divertissements qui faisaient vivre des milliers de personnes.

La disparition des oiseaux : la face cachée de l'élégance

Peu à peu, la raréfaction de certaines espèces suscite des inquiétudes. Le regard porté sur les oiseaux de paradis change et les premières critiques contre le commerce des plumes apparaissent.

Au début du XXᵉ siècle, des associations de protection animale se mobilisent et les débats gagnent peu à peu l’espace public. On voit ainsi naître les premiers mouvements de protection animale, dans un contexte qui résonne encore avec les débats écologiques actuels.

Certaines femmes comme la cantatrice Lilli Lehmann, l’ornithologue Florence Merriam Bailey ou encore la duchesse de Portland Winifred Cavendish-Bentinck, ont joué un rôle prépondérant dans ces mobilisations. Alors que les chapeaux à plumes dominent la mode de la Belle Époque, des militantes choisissent de boycotter ces accessoires et s’engagent publiquement contre la chasse des oiseaux.

Une exposition en écho aux questions de société actuelles

En reliant histoire coloniale, commerce mondial et disparition des espèces, cette exposition fait état d’une réflexion plus large et très actuelle sur la manière dont les sociétés transforment, exploitent ou protègent le vivant.

Un oiseau devenu emblème de la Nouvelle-Guinée

L’oiseau de paradis est devenu l’emblème national de la Nouvelle-Guinée, au point de figurer depuis 1971 sur le drapeau du pays.

Aujourd’hui encore, de nombreux artistes s’inspirent des oiseaux de paradis pour créer des oeuvres d’art et attirer l’attention du plus grand nombre sur la fragilité de ces oiseaux et de leurs habitats qui tendent à disparaître.

La présence de nombreux points de vue contemporains dans l’exposition (photographies, dessins, oeuvres de street art…) replace ainsi l’oiseau de paradis au coeur d’une histoire vivante, loin de l’image figée d’un musée ethnographique.

Une exposition pensée comme un voyage visuel

L’exposition installe une ambiance immersive. Dans l’obscurité, des sons d’oiseaux résonnent tandis qu’une vidéo montrant les danses nuptiales des paradisiers accueille les visiteurs. Les jeux de lumière mettent en valeur les plumes, les matières et les couleurs, tandis que les différents tons utilisés sur les murs accompagnent les changements d’époque et d’univers au fil du parcours. Le parcours suit une progression chronologique qui permet de comprendre facilement l’évolution du regard porté sur les oiseaux de paradis.

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Cette circulation entre les espaces donne l’impression de traverser plusieurs mondes : forêt tropicale, collections scientifiques ou ateliers de mode.

Au fil des vitrines, l’exposition ne se limite jamais à une seule approche : les oiseaux sont montrés à la fois comme des animaux, des symboles spirituels, des objets d’étude scientifique et des sources d’inspiration artistique. Cette diversité permet de comprendre comment leur image a circulé et évolué au cours des siècles.

Plumes du paradis raconte finalement autant l’histoire des oiseaux que celle des humains. Derrière les plumes colorées et les récits de voyage apparaissent des questions plus larges : la fascination pour la rareté, le désir de collectionner, l’exploitation du vivant ou encore la manière dont les sociétés construisent leurs imaginaires autour de la nature.

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Ça tourne !

Le musée du quai Branly – Jacques Chirac propose également un cycle de cinéma autour de l’exposition :

Informations pratiques

Adresse

Musée du quai Branly – Jacques Chirac

37 Quai Branly
75007 PARIS

Horaires

Jusqu’au 8 novembre 2026
Du mardi au dimanche, de 10h30 à 19h
Les lundis de vacances scolaires (toutes zones) de 10h30 à 19h
Nocturnes les jeudis jusqu’à 22h

Tarifs

Plein tarif : 14 €
Tarif réduit : 11 €
Gratuit pour les – de 26 ans

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