La langue française est un vieux château un peu encombré : on y trouve des pièces condamnées, des couloirs sombres et, parfois, des meubles dont on a oublié l’utilité mais que l’on garde quand même. C’est exactement le cas de ces mots fossiles.
S’ils ont disparu de notre vocabulaire quotidien, ils survivent héroïquement au sein d’expressions figées. Sans elles, ils seraient relégués aux dictionnaires de vieux françois. Voici cinq de ces « fantômes » qui hantent encore vos phrases sans que vous le sachiez.
Franquette : la simplicité sans chichi
Vous connaissez l’expression « A la bonne franquette » mais jadis, le mot franquette s’utilisait également seul. Ce mot, diminutif de « franc » désignait tout simplement la franchise, la sincérité.
Aujourd’hui, on ne dit plus à quelqu’un qu’il a fait preuve de « franquette ». Le mot ne survit que pour décrire un repas ou un moment partagé sans protocole, avec ce que l’on a sous la main. C’est l’anti-gastronomie guindée : on pose les plats sur la table et on profite !

Prou : le survivant du « beaucoup »
Jadis, prou désignait un profit, un avantage. En 1665 par exemple, La Fontaine écrivait « Bon prou vous fasse !« .
Ce mot a ensuite été employé comme adverbe pour signifier « assez, beaucoup« . Qui oserait dire « j’ai mangé prou » après un gros festin ? Personne ! Pourtant il persiste dans le duo « peu ou prou » avec son contraire « peu » pour signifier « plus ou moins » ou « environ ».
Hui : le pléonasme oublié
En latin, hodie signifie « ce jour ». En vieux français, cela est devenu hui. Pendant longtemps on disait simplement « hui » pour dire « ce jour-même« .
Avec le temps nous avons fini par trouver hui trop court ou pas assez clair. On a donc rajouté « au jour de » devant, pour donner « aujourd’hui » qui signifie littéralement « au jour de ce jour ». Un pléonasme que nous utilisons au quotidien sans même sourciller. Et que dire de l’expression « au jour d’aujourd’hui » qui en rajoute une couche ?!

Huis : la porte verrouillée
Son homonyme, huis, désignait tout simplement une entrée, une ouverture. Il a disparu de notre langue avec l’arrivée du mot « porte ». On ne le retrouve que dans l’expression « A huis clos » (à portes fermées) ou encore dans le mot huissier qui désigne un portier, un concierge, une personne chargée d’accueillir les visiteurs.

Dam : le regret qui coûte cher
Dam désignait autrefois un préjudice, une perte. C’était un mot sérieux, souvent associé au vocabulaire de la justice. Il a progressivement été remplacé par « damage » puis « dommage » dans le sens « dommages et intérêts ». La forme primitive damage existe d’ailleurs toujours en anglais.
Aujourd’hui le mot a perdu ce sens juridique pour devenir une simple marque de regret contrarié. On l’utilise uniquement dans « A mon grand dam » pour dire « à mon grand regret » ou « à mon désavantage » souvent avec une pointe d’iroine sur notre propre malchance.