On imagine souvent le breton comme une langue mystérieuse, battue par les vents de l’Atlantique, parlée au coin des ports et des landes sauvages. Pourtant, sans même y penser, nous utilisons tous les jours des mots venus tout droit de Bretagne.
Certains sentent l’iode, d’autres la pierre levée, d’autres encore… la moquerie ! Comment ces termes régionaux ont-ils traversé les siècles pour s’installer confortablement dans le français courant ? Embarquons pour un voyage linguistique entre mer et traditions populaires.
Goéland : l’oiseau des côtes devenu mot national
Le mot goéland vient du breton gwelan qui signifie « pleurer », en référence au cri strident que fait cet animal.
À l’origine, le terme était strictement régional. Mais avec l’importance maritime de la Bretagne et la diffusion du vocabulaire des marins, le mot s’est imposé dans toute la France. Aujourd’hui, impossible d’imaginer nos côtes ni notre dictionnaire sans goélands !

Menhir : la pierre qui a traversé le temps
Voici un mot 100 % breton :
- men = pierre
- hir = long
Le menhir signifie donc littéralement « pierre longue ».
Le terme s’est diffusé au XIXᵉ siècle, notamment grâce aux études archéologiques menées en Bretagne, en particulier autour des alignements de Alignements de Carnac. Aujourd’hui, le mot est utilisé dans le monde entier pour désigner ces monuments préhistoriques.
Petite fierté bretonne : même les aventures d’Astérix ont contribué à populariser le terme !

Baragouiner : quand on ne comprend rien
Le verbe baragouiner vient du breton bara (pain) et gwin (vin).
A la fin du 19e siècle, des milliers de paysans bretons se sont rendus à Paris pour trouver un avenir meilleur. Beaucoup d’entre eux ne parlaient pas le français (le français n’est imposé à l’école en Bretagne qu’en 1930) et peinaient à se faire comprendre, notamment pour réclamer leur pitence.
La bourgeoisie parisienne a donc commencé à dire que les bretons « baragouinaient », un terme très méprisant envers ces expatriés. Aujourd’hui, baragouiner signifie parler une langue de façon maladroite ou incompréhensible.
LE SAVIEZ-VOUS : Pourquoi consomme-t-on du beurre salé en Bretagne (et pas ailleurs) ?
Plouc : du paysan à l’insulte
Le mot plouc vient du breton plou, qui signifie « paroisse ».
De nombreux villages bretons commencent par Plou- (Plougastel, Plouhinec, Ploufragan…). Au XIXᵉ siècle, les Bretons montés à Paris étaient parfois moqués pour leurs origines rurales. Le terme a alors pris un sens péjoratif pour désigner quelqu’un de jugé rustre ou provincial. Aujourd’hui encore, le mot conserve une nuance moqueuse.

Bijou : un éclat venu de l’Ouest
On l’ignore souvent, mais bijou vient du breton bizou, qui signifie « anneau pour le doigt ».
Avec le temps, il s’est généralisé pour désigner toute pièce de joaillerie — et même, par extension, quelque chose de particulièrement réussi (« c’est un petit bijou ! »).
Balai : un mot du quotidien
Le mot balai vient du breton balazn, qui désigne le genêt, une plante utilisée autrefois pour fabriquer des balais rustiques.
Ce terme rural s’est diffusé avec l’objet lui-même. Rien d’étonnant : quand un outil circule, son nom voyage aussi.

Cohue : la foule en désordre
Enfin, cohue vient du breton koc’hue (ou kohue), qui désignait à l’origine une halle de marché. Par extension, le mot a fini par désigner la foule bruyante et désordonnée qu’on y trouvait. Aujourd’hui encore, une cohue évoque un mouvement agité, presque chaotique.
Une langue qui voyage sans qu’on y pense
Ces mots nous rappellent une chose simple : la langue française n’est pas figée. Elle est le fruit de rencontres, d’échanges, parfois de malentendus.
Le breton, a ainsi laissé son empreinte bien au-delà de la Bretagne. À travers des mots liés à la mer, à la pierre, à la campagne ou au quotidien, il continue de vivre discrètement dans notre vocabulaire.
La prochaine fois que vous verrez un goéland, que vous parlerez d’un menhir ou que vous traiterez (gentiment !) quelqu’un de plouc… vous ferez, sans le savoir, un petit clin d’œil à la Bretagne.


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