L’abbaye de Fontevraud est l’une des plus grandes cités monastiques d’Europe. Fondée en 1101, elle connut le prestige grâce aux Plantagenêts qui en firent leur nécropole ; puis des heures plus sombres lorsqu’elle fut transformée en établissement pénitentiaire sous Napoléon.

Désormais rendue à sa quiétude et restaurée, l’abbaye s’ouvre aujourd’hui aux touristes, aux artistes et même aux voyageurs qui peuvent profiter d’un hôtel et d’un restaurant haut de gamme avec une expérience de visite inédite dans le monument.

  1. L’abbaye de Fontevraud : 9 siècles d’histoire(s)
  2. Séjourner à Fontevraud
  3. Autour de Fontevraud

 

L’abbaye de Fontevraud : 9 siècles d’histoire(s)

La création de l’abbaye par Robert d’Arbrissel

L’histoire commence au XIIe siècle : le moine Robert d’Arbrissel est un prédicateur itinérant qui parvient à fédérer autour de lui une large foule composée aussi bien d’hommes que de femmes, de toutes classes sociales. Si bien que le pape Urbain II l’invite à fonder une abbaye à Fontevraud, en 1101.

Dès sa création, cette abbaye est hors normes : Robert d’Arbrissel crée en effet un ordre double pour accueillir à la fois des hommes et des femmes, de toutes conditions, et confie sa gestion à une femme. Dès lors, Fontevraud sera toujours dirigée par des abbesses (36 au total !). Les adeptes sont répartis en quatre monastères : le Grand-Moûtier qui accueille les “contemplatives” ; Sainte-Marie Madeleine pour les sœurs “converses”, Saint-Jean l’Habit pour les moines et le prieuré Saint-Lazare pour les sœurs qui soignent les lépreux. Très vite, l’Abbaye rencontre un grand succès et essaime de l’Espagne à l’Angleterre où de nombreux prieurés s’établissent : à la mort de Robert d’Arbrissel autour de 1117, on compte trente-cinq prieurés ; à la fin du siècle, une centaine !

Fontevraud : la nécropole dynastique des Plantagenêts

Fontevraud est rapidement soutenue par les comtes d’Anjou et notamment par les Plantagenêts : Henri II et sa femme, Aliénor d’Aquitaine, y confient leurs deux plus jeunes enfants : Jeanne et Jean. A la mort d’Henri II en 1189, on choisit d’enterrer ce dernier à Fontevraud. Dix ans plus tard, Richard Coeur de Lion s’éteint à son tour ; sa mère Aliénor décide d’enterrer sa dépouille aux côtés de son père. Jeanne y reposera également en 1199.

Aliénor meurt à Poitiers en 1204 et est enterrée aux côtés de son mari et de ses enfants. L’abbaye est ainsi considérée comme la nécropole familiale, les fils et petits-fils d’Aliénor et de Henri II y seront enterrés à leur tour.

Les gisants d'Aliénor d'Aqutaine et de Henri II dans l'abbatiale
Les gisants d’Aliénor d’Aqutaine et de Henri II dans l’abbatiale

La fin de l’empire Plantagenêt fit perdre un important soutien à l’abbaye qui décline, l’ordre de Fontevraud fait face à de grandes difficultés financières. Les années fastes reviennent au XVIe siècle : jusqu’alors, les abbesses étaient désignées par leurs pairs mais à partir de 1516, la signature du concordat entre François Ier et Léon X transféra au Roi la nomination des abbatiats. A partir du XVIe siècle on vit donc se succéder pendant près de deux siècles des abbesses issues de la famille royale des Bourbons qui, grâce à l’appui du Roi, firent de Fontevraud un haut lieu spirituel et intellectuel.

L’abbaye de Fontevraud à la Révolution

La Révolution Française bouleverse Fontevraud : outre la suppression de la dîme qui prive l’abbaye d’une importante source financière, le coup de grâce arrive lorsque les biens du clergé sont déclarés biens nationaux. Les religieux sont évacués de l’abbaye en 1792, le mobilier est vendu et l’abbaye est pillée. L’un des quatre monastères, le couvent Saint-Jean-de-l’Habit, est transformé en carrière de pierres si bien qu’il n’en reste plus que trois aujourd’hui.

La cité monastique devenue cité pénitentiaire

En 1804, Napoléon Ier décide de transformer Fontevraud en centre de détention, tout comme le Mont-Saint-Michel.

> LIRE AUSSI : Le Mont-Saint-Michel : treize siècles d’histoire(s)

L’abbaye est profondément transformée pour l’adapter à sa nouvelle fonction. On va jusqu’à séparer la nef de l’abbatiale en deux niveaux pour créer des logements pour les détenus ! Cependant, ces travaux ont le mérite de sauver le gros oeuvre d’une ruine qui s’annonçait.

Conçue pour accueillir 1000 prisonniers, la prison compte jusqu’à 2000 détenus ! En raison d’une architecture peu adaptée à cette fonction, avec de nombreuses portes et fenêtres, on craint les évasions et les conditions de détentions y sont très difficiles à tel point que Fontevraud fut considérée comme la centrale pénitentiaire la plus dure de France.

Voici quelques photographies de la maison centrale de Fontevraud (Manuel Henri, collection de la Médiathèque Gabriel Tarde) :

La renaissance de Fontevraud

En 1840, Prosper Mérimée classe l’abbaye de Fontevraud sur la première liste des monuments historiques. C’est un tournant pour le monument qui voit progressivement ses bâtiments libérés de leur affectation pénitentiaire. On commence également à restaurer l’abbaye et la prison ferme définitivement ses portes en 1963.

En 1975, le Centre Culturel de l’Ouest est fondé, il s’agit d’une association ayant pour mission “la défense, le développement, l’animation et la promotion de l’abbaye de Fontevraud”. On organise alors différentes manifestations artistiques et culturelles visant à promouvoir l’abbaye. L’exploitation touristique fut confiée jusqu’en 2010 au Centre des Monuments Nationaux avant d’être assurée par la SOPRAF (Société Publique Régionale de l’Abbaye Royale de Fontevraud), sous l’impulsion du conseil régional des Pays de la Loire. Depuis, une offre de tourisme large, avec hôtellerie et restauration a été mise en place.

 

Séjourner à Fontevraud

Fontevraud by night

Pour vivre jusqu’au bout l’expérience Fontevraud, le mieux est encore d’y dormir. Car l’ancien prieuré abrite désormais un hôtel 4 étoiles de 54 chambres qui permet de passer un séjour paisible dans l’enceinte du site. Mais si les chambres sont très élégantes et chaleureuses, ce n’est pourtant pas là que réside la plus-value de l’hôtel…

Fontevraud l'hôtel
« Là tout n’est qu’ordre et beauté, luxe, calme et volupté… »

En effet, passer une nuit à Fontevraud offre un atout inattendu et inédit. A la nuit tombée et tandis que les visiteurs de la journée sont partis, vous avez le privilège de pouvoir flâner dans l’abbaye, seul ! Promenez-vous dans l’abbatiale, la crypte ou encore le cloître, ouverts juste pour vous.

Seul dans le silence de la nuit, Fontevraud vous montre un autre visage. Le lieu apparaît plus impressionnant, un peu intimidant et l’on imagine davantage la riche histoire que ces murs ont abritée. Si vous en faites l’expérience – et je vous y encourage vraiment – ne manquez pas d’aller voir les œuvres de Claude Lévêque et Julien Salaud qui sont encore plus saisissantes à la nuit tombée.
J’insiste vraiment sur le caractère inédit de cette visite by night. A ma connaissance aucun autre monument n’est ouvert dans ces conditions de nuit ni n’offre une telle liberté puisqu’aucun gardien n’est là : vous êtes vraiment seul. C’est un moment très fort et inoubliable qui justifie pleinement de séjourner au moins une nuit à Fontevraud l’Hôtel.

Dîner à Fontevraud

Mais votre passage à Fontevraud ne doit pas s’arrêter là ! Car vous y trouverez aussi un restaurant dans lequel opère le chef étoilé Thibaut Ruggeri. Dans une salle ouverte sur le cloître de l’ancien prieuré, dégustez une cuisine gastronomique alimentée notamment par les jardins bio de Fontevraud, et profitez-en pour goûter aux vins AOP du saumurois. Fontevraud abrite d’ailleurs chaque année en septembre Festivini, le festival de la culture du vin.

> LIRE AUSSI : Festivini, quand le patrimoine trinque avec la gastronomie

Et je ne vous parle pas du petit déjeuner où l’on trouve en libre-service des confitures artisanales, fromages de la région, ou encore de la pâte à tartiner maison… un régal !

Bon à savoir : en séjournant et / ou dinant à Fontevraud, vous participez en plus à la sauvegarde du patrimoine. Car en faisant le pari du tourisme et de l’hôtellerie, Fontevraud utilise les bénéfices de l’hôtel et du restaurant pour entretenir le monument.

 

Autour de Fontevraud

Il serait dommage de poser ses valises à Fontevraud sans profiter un peu des alentours. Plusieurs activités vous attendent :

Découvrir Saumur en van

Pour avoir un premier aperçu de Saumur de façon originale, Loire Vintage Discovery vous propose des visites en van volkswagen ! Accompagnés de musiques d’antan, vous allez sillonner la ville et les champs de vigne en compagnie d’un guide qui vous apprendra tout un tas d’anecdotes sur la région.

+ d’informations et réservations : https://loirevintagediscovery.com/

Visiter la cave Robert et Marcel

Robert et Marcel c’est une coopérative qui regroupe quelques 300 vignerons du Saumurois. Les caves prennent place dans des galeries creusées au XIe siècle pour extraire du tuffeau, elles se visitent et permettent d’apprendre les méthodes de création du vin. Et ensuite, place à la dégustation et, pour les amateurs, aux achats !

Cave Robert et Marcel

Se promener à Montsoreau

Traversé par la Loire, Montsoreau compte parmi les plus beaux villages de France. On y trouve des maisons en tuffeau blanc, de nombreuses ruelles fleuries ou encore des troglodytes : autant dire qu’il ne manque pas de charme. Le château du XVe siècle, rendu célèbre par le roman d’Alexandre Dumas “La dame de Montsoreau” abrite aujourd’hui un musée d’art contemporain mais sa scénographie assez fade et un cruel manque d’explications n’en font pas un incontournable de la région.

Faire un tour dans une toue cabanée

La toue est un bateau de pêcheur à fond plat qui permet de naviguer en eaux peu profondes. Certaines servent aujourd’hui pour les visites touristiques, vous permettant ainsi profiter d’une croisière atypique. Au départ de Montsoreau, Denis Rétiveau, viticulteur passionné et passionnant propose des balades apéritives.

+ d’informations : http://www.loire-vins-aventure.fr/

Toue cabanée

Visiter la maison Combier

C’est à Saumur que la distillerie Combier est installée depuis 1834 ! Dans son arrière-boutique, Jean-Baptiste Combier réalisa l’une des premières liqueurs et notamment le triple sec, liqueur d’orange. Vous avez la possibilité de visiter la distillerie et bien sûr de passer par la boutique pour acheter liqueurs et sirops. Ma préférence va pour le sirop banane-kiwi, original et délicieux !

Si vous voulez en savoir plus, je vous invite à lire aussi les articles de Mademoiselle Bon Plan et Mademoiselle boit du Rouge qui m’ont accompagné pendant ce séjour.

Un grand merci à l’Abbaye Royale de Fontevraud et notamment à Olivier pour son accueil chaleureux et ses commentaires passionnants sur la région. Merci également à Clarisse de l’agence aiRPur, au festival Festivini, aux Pays des Vins de Saumur et à Saumur Destination Val de Loire.

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