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Quand les peintres ont réinventé le théâtre : l’incroyable aventure de Jean Vilar

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Antoine Vitek

15 juillet 2026

En collaboration avec le musée Paul Valéry

Le musée Paul Valéry de Sète consacre une grande exposition à l’un de ses plus célèbres enfants : Jean Vilar. Mais plutôt qu’un simple hommage au créateur du Festival d’Avignon et du Théâtre National Populaire, Les couleurs de Jean Vilar propose une plongée passionnante dans un aspect souvent méconnu de son œuvre : sa relation privilégiée avec les peintres qui ont contribué à transformer l’esthétique théâtrale française au lendemain de la Seconde Guerre mondiale.

À travers près de 40 tableaux, une centaine d’œuvres graphiques, des maquettes de costumes, des décors, des tapisseries et de nombreux documents d’époque, l’exposition révèle comment Jean Vilar a fait entrer la peinture sur la scène, non comme un simple décor, mais comme un véritable langage artistique. Une découverte fascinante qui permet de regarder autrement l’histoire du théâtre, de la peinture et du Festival d’Avignon.

Jean Vilar, l’homme qui voulait révolutionner le théâtre

Lorsque l’on évoque Jean Vilar (1912-1971), on pense immédiatement au Festival d’Avignon qu’il fonde en 1947 ou au Théâtre National Populaire (TNP) qu’il dirige à partir de 1951. Son ambition est alors immense : rendre le théâtre accessible à tous et en faire un véritable service public culturel.

Mais Vilar ne se contente pas de transformer les conditions d’accès au spectacle. Il souhaite également renouveler son esthétique. Pour cela, il s’entoure d’artistes issus de ce que l’on appelle aujourd’hui la Nouvelle École de Paris : peintres, illustrateurs ou créateurs de tapisseries deviennent ses compagnons de route.

L’exposition montre comment ces collaborations ont profondément modifié la manière de concevoir la scène. Car chez Vilar, le décor ne cherche plus à reproduire fidèlement la réalité : les accessoires se raréfient, les décors deviennent plus abstraits et la couleur prend une importance nouvelle. Elle ne sert plus seulement à embellir le spectacle, elle participe à la narration et à l’émotion.

Une génération de peintres au cœur de l’aventure

Le parcours débute dans les années 1940, lorsque Jean Vilar rencontre plusieurs artistes qui marqueront durablement sa carrière. Beaucoup ont participé ensemble à des expositions collectives et souhaitent reconstruire une scène artistique française moderne après les années de guerre.

Influencés par le cubisme, Henri Matisse ou encore certaines recherches surréalistes, ces artistes partagent une même envie d’inventer de nouvelles formes. Cette volonté de renouvellement fait écho aux ambitions de Vilar pour le théâtre.

L’exposition permet ainsi de découvrir les œuvres personnelles de ces peintres tout en montrant comment leurs recherches plastiques se retrouvent ensuite dans les costumes, les décors et les scénographies conçus pour les spectacles.

Vue de l'exposition "Les couleurs de Jean Vilar" au musée Paul Valéry de Sète
Vue de l'exposition "Les couleurs de Jean Vilar" au musée Paul Valéry de Sète

Léon Gischia, l’architecte visuel du Festival d’Avignon

Parmi tous les artistes présentés, Léon Gischia occupe une place centrale. Sa rencontre avec Jean Vilar en 1941 marque le début d’une collaboration de près de vingt ans.

Bien plus qu’un simple décorateur, Gischia devient un véritable conseiller artistique. C’est lui qui pousse Vilar à abandonner les décors réalistes et les accessoires superflus pour privilégier des espaces épurés où quelques éléments suffisent à suggérer un lieu ou une atmosphère.

Dans cet univers volontairement dépouillé, les couleurs prennent une importance capitale. Les costumes deviennent des taches colorées en mouvement qui structurent l’espace scénique et guident le regard du spectateur. Cette esthétique, née à l’origine des contraintes budgétaires des premières éditions du Festival d’Avignon, devient progressivement une véritable théorie artistique.

L’exposition présente ainsi plusieurs croquis et costumes qui permettent de comprendre comment cette révolution visuelle a contribué à forger l’identité du Festival d’Avignon et du TNP.

Léon Gischia, maquettes pour L'Avare, 1952
Léon Gischia, maquettes pour L'Avare, 1952
Quand les peintres ont réinventé le théâtre : l'incroyable aventure de Jean Vilar 1
Costumes, d'après Léon Gischia

Quand la peinture monte sur scène

L’un des grands intérêts de l’exposition réside dans la diversité des artistes présentés. Chacun apporte son univers personnel et sa vision de la couleur.

Édouard Pignon, proche de Picasso, développe une approche expressionniste marquée par des couleurs vives et parfois agressives. Ses décors pour Mère Courage ou On ne badine pas avec l’amour frappent par leur puissance visuelle.

Quand les peintres ont réinventé le théâtre : l'incroyable aventure de Jean Vilar 2
Vue de l'exposition, section sur Edouard Pignon

Jacques Lagrange introduit quant à lui une dimension plus burlesque. Connu pour son travail avec Jacques Tati, il imagine notamment les décors et costumes d’Ubu en 1958, où l’humour et la fantaisie s’expriment à travers des formes stylisées et des couleurs éclatantes.

Vue de l'exposition

Avec Mario Prassinos, on plonge dans un univers plus sombre et fantastique. L’artiste développe un langage visuel peuplé de figures étranges, de créatures inquiétantes et de silhouettes théâtrales qui semblent sorties d’un rêve ou d’un cauchemar. Ses costumes pour Macbeth figurent parmi les œuvres les plus spectaculaires de l’exposition.

La couleur comme émotion

L’exposition montre également comment certains artistes ont utilisé la couleur comme un véritable langage émotionnel.

Chez Gustave Singier, la couleur devient presque musicale. Ses recherches picturales nourrissent directement son travail pour le théâtre, où les harmonies colorées permettent de traduire les sentiments des personnages sans recourir à un décor réaliste.

Costumes d'après Gustave Singier
Costumes, d'après Gustave Singier

Alfred Manessier adopte une approche différente, plus spirituelle. Pour La Vie de Galilée de Bertolt Brecht, il joue sur les oppositions entre lumière et obscurité, jour et nuit, science et dogme religieux.

Alfred Manessier
Alfred Manessier, Maquettes et costumes pour La Vie De Galilée, 1963

À travers ces différentes approches, l’exposition révèle combien les frontières entre peinture et théâtre étaient poreuses dans les années 1950 et 1960.

Les oriflammes du Festival d’Avignon, une signature devenue légendaire

Impossible d’évoquer l’univers visuel de Jean Vilar sans parler des célèbres oriflammes du Festival d’Avignon.

Inspirées par les bannières du Palio italien découvert par Vilar et Gischia lors d’un voyage en Italie, elles apparaissent d’abord comme des éléments décoratifs avant de devenir un symbole du festival lui-même. En 1961, Vilar demande même à plusieurs artistes ayant travaillé avec lui de créer leurs propres oriflammes. Suspendues dans l’espace, elles deviennent une véritable galerie à ciel ouvert et participent à l’identité visuelle du Festival d’Avignon.

Exposition Jean Vilar au musée de Sète
Maquettes d'oriflammes d'Alexander Calder, Marcel Jacno, Léon Gischia, Gustave Singier pour le Festival d'Avignon

Une autre fraçon de découvrir Jean Vilar et ses liens avec les collections du musée Paul Valéry

Au-delà de l’histoire du théâtre, Les couleurs de Jean Vilar raconte aussi une aventure humaine. Celle d’un homme convaincu que les arts devaient dialoguer entre eux et que les peintres avaient toute leur place sur les scènes de théâtre.

En réunissant peintures, costumes, maquettes, tapisseries et archives, le Musée Paul Valéry met en lumière un aspect essentiel mais souvent méconnu du parcours de Jean Vilar. L’exposition permet ainsi de comprendre comment la rencontre entre un metteur en scène visionnaire et plusieurs des grands artistes de son temps a contribué à renouveler durablement le paysage culturel français.

L’exposition se termine aussi en faisant écho aux collections du musée. L’entourage de Jean Vilar étant particulièrement présent dans le fonds du musée Paul Valéry, à commencer par son épouse, Andrée Schlegel qui était elle même artiste, ou par la soeur de celle-ci, Valentine Schlegel, qui a aussi oeuvré au Festival d’Avignon.

Informations pratiques

Adresse

Musée Paul Valéry
148, rue François Desnoyer
34200 Sète

Horaires

Jusqu’au 8 novembre 2026
Du mardi au dimanche, de 10h à 18h
Fermé le lundi
Visites commentées les mercredis et samedis à 16h

Tarifs

9,9 €
5,3 € pour les 10-18 ans et les étudiants de – de 25 ans
Gratuit pour les moins de 10 ans

FAQ -Exposition les couleurs de Jean Vilar au musée Paul Valéry de Sète

Qui était Jean Vilar ?

Jean Vilar (1912-1971) est l’une des grandes figures du théâtre français du XXe siècle. Né à Sète, il est le fondateur du Festival d’Avignon en 1947 et a dirigé le Théâtre National Populaire (TNP) de 1951 à 1963. Il est notamment connu pour son engagement en faveur d’un théâtre accessible à tous.

L’exposition est visible du 2 juillet au 8 novembre 2026 au Musée Paul Valéry de Sète.

L’exposition explore les liens entre Jean Vilar et plusieurs grands peintres du XXe siècle. Elle réunit des tableaux, des maquettes de costumes, des décors, des tapisseries et des archives qui montrent comment ces artistes ont contribué à renouveler l’esthétique du théâtre français.

Le parcours met notamment à l’honneur Léon Gischia, Édouard Pignon, Mario Prassinos, Jacques Lagrange, Gustave Singier, Alfred Manessier et Marcel Jacno. Tous ont collaboré avec Jean Vilar dans le cadre du Festival d’Avignon ou du Théâtre National Populaire.

Oui. Même sans être passionné de théâtre, l’exposition permet de découvrir de nombreuses œuvres d’art, des costumes spectaculaires et une page importante de l’histoire culturelle française. Elle s’adresse autant aux amateurs d’art moderne qu’aux curieux.

Il faut compter entre 1h et 1h30 pour profiter pleinement du parcours et découvrir les différentes sections consacrées aux artistes ayant collaboré avec Jean Vilar.

Jean Vilar a profondément transformé le paysage culturel français en défendant l’idée d’un théâtre populaire, exigeant et accessible. Son action à Avignon et au TNP a influencé plusieurs générations de metteurs en scène et d’artistes.

Après votre visite, vous pourrez découvrir les collections permanentes du Musée Paul Valéry, le cimetière marin, le mont Saint-Clair, les canaux du centre-ville, le port de pêche ou encore l’Espace Georges Brassens consacré au célèbre chanteur sétois.

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