Et si l’on pouvait entrer dans un tableau impressionniste ? Proche de Paris, la Maison Caillebotte en donne l’occasion. Dans cette propriété où Gustave Caillebotte passa près de vingt ans de sa vie, les paysages peints par l’artiste existent toujours : le parc romantique, les bords de l’Yerres, le potager ou encore l’embarcadère. Une visite qui permet de découvrir autrement l’un des peintres les plus singuliers de sa génération.
L’histoire de la Maison Caillebotte : une villégiature devenue haut lieu de l’impressionnisme
À Yerres, à une vingtaine de kilomètres de Paris, la Maison Caillebotte offre une plongée inattendue dans l’univers d’un peintre longtemps resté dans l’ombre de ses contemporains. Bien avant de devenir un lieu consacré à l’impressionnisme, le domaine fut d’abord une spectaculaire propriété de plaisance.
Aménagé à partir des années 1820 par Pierre-Frédéric Borrel, célèbre chef du restaurant parisien Au Rocher de Cancale, le domaine s’étend alors sur plus de onze hectares. Passionné par l’art des jardins paysagers à l’anglaise, Borrel y fait construire un ensemble remarquable de fabriques d’ornementation : un casin d’inspiration italienne, une orangerie néoclassique, un kiosque oriental dominant une glacière, une exèdre inspirée de l’Antiquité ou encore une ferme ornée mêlant utilité et esthétique.

En 1860, Martial Caillebotte, prospère entrepreneur parisien spécialisé dans la fourniture de draps aux armées, acquiert la propriété pour en faire sa résidence d’été. Avec son épouse Céleste et leurs trois fils, Alfred, René et Gustave, il poursuit l’embellissement du domaine. Une chapelle néogothique, un chalet suisse, une volière ou encore un embarcadère viennent enrichir le parc entretenu par cinq jardiniers.

Gustave Caillebotte a alors douze ans. Il y passera tous ses étés jusqu’à la vente du domaine en 1879. Ces années yerroises marqueront profondément son œuvre : plus de quatre-vingts de ses tableaux y verront le jour. Après plusieurs propriétaires successifs, la ville de Yerres acquiert le domaine en 1973 et entreprend sa restauration à partir des années 1990. Labellisée « Maison des Illustres » en 2012, la propriété est aujourd’hui considérée comme l’un des hauts lieux de l’impressionnisme en France.
Qui était Gustave Caillebotte ?
Longtemps, l’histoire de l’art n’a retenu de Gustave Caillebotte que son rôle de collectionneur et de soutien financier des impressionnistes. C’est pourtant à Yerres que le peintre affirme sa singularité artistique.
Entre 1873 et 1878, il réalise plus de quatre-vingts œuvres inspirées par le domaine familial et ses environs. Les allées du parc, les jardiniers au travail, les repas en famille, les lecteurs absorbés dans leur ouvrage ou encore les baigneurs de l’Yerres deviennent les sujets d’une peinture attentive au quotidien.
Son style se distingue par l’usage audacieux des perspectives et des cadrages. Les scènes nautiques occupent également une place essentielle dans son œuvre. Passionné de navigation, il peindra périssoires, pêcheurs et canotiers avant de devenir architecte naval reconnu et vice-président du Cercle de la Voile de Paris.
Collectionneur visionnaire, il soutient Monet, Renoir, Degas ou Sisley, acquérant leurs œuvres à une époque où la critique les rejette. Son legs contribuera à l’entrée des impressionnistes dans les collections nationales aujourd’hui conservées au musée d’Orsay.
Une visite dans l’intimité des Caillebotte
La maison familiale
La visite de la propriété commence par la maison elle-même, remeublée comme à l’époque. Salle à manger, salon et salle de billard restituent l’atmosphère d’une demeure bourgeoise de villégiature de la fin du XIXe siècle. Point culminant du parcours, la chambre familiale a retrouvé son mobilier d’origine.

Un parc romantique à parcourir comme un tableau
Le parc de onze hectares constitue l’un des grands attraits de la propriété. Dessiné selon les principes du jardin paysager anglais, il est ponctué de fabriques qui invitent à la promenade.
Le casin italien et sa colonnade palladienne rappellent le goût du XIXe siècle pour l’Antiquité. L’Exèdre évoque les lieux de conversation gréco-romains tandis que la volière témoigne de l’intérêt de Martial Caillebotte pour les oiseaux d’agrément.

L’Orangerie, autrefois destinée à l’hivernage des agrumes que l’on retrouve dans plusieurs tableaux du peintre, accueille désormais des expositions. Le kiosque oriental domine la glacière, profonde de sept mètres, où l’on conservait autrefois la glace nécessaire à la préservation des aliments.
Le potager, la chapelle Notre-Dame-du-Lierre, la chaumière ou encore le banc couvert d’inspiration japonaise composent un ensemble exceptionnel, rare témoignage du paysagisme romantique du début du XIXe siècle.

Le potager, entre patrimoine et biodiversité
Passionné d’horticulture, Gustave Caillebotte trouvait dans le potager familial une source d’inspiration constante. Restauré et entretenu aujourd’hui par l’association Potager Caillebotte, ce jardin de 1 700 m² rassemble légumes anciens, plantes aromatiques et médicinales, verger conservatoire et collection de dahlias.
La serre, la pompe à eau et les cloches en verre rappellent l’organisation du jardin au XIXe siècle. Une vingtaine de bénévoles y cultivent un jardin-école respectueux de la biodiversité.
Des expositions tout au long de l'année
La programmation culturelle fait vivre le domaine tout au long de l’année. Jusqu’au 18 octobre 2026, l’exposition La nature n’est pas un décor – De Monet aux artistes contemporains, présentée à la Ferme Ornée, réunit une soixantaine d’œuvres autour de la représentation du paysage. Des Nymphéas de Monet aux créations de Markus Lüpertz, Érik Desmazières, Charlotte de Maupeou ou Ronan Barrot, le parcours explore la manière dont les artistes tentent de saisir les forces invisibles de la nature.
À l’Orangerie, l’exposition consacrée à Dominique Renson interroge quant à elle le portrait à travers plusieurs séries majeures de cette artiste contemporaine.

Coup d'oeil 👀
un aperçu de la Maison Caillebotte en vidéo
Des expériences originales
Explorer le domaine avec un guide
Pour approfondir la découverte, la Maison Caillebotte organise des visites guidées gratuites du parc. Chaque premier dimanche du mois, les visiteurs sont invités à parcourir les allées du domaine à la découverte des fabriques et du potager.
Ces visites d’une heure trente permettent de comprendre l’évolution du lieu, les restaurations entreprises et le lien étroit qui unit le paysage actuel aux tableaux de Gustave Caillebotte.
Une balade en bateau
L’une des expériences les plus singulières proposées à Yerres consiste à embarquer sur la rivière elle-même.
De mai à septembre, barques et canoës sont mis à disposition des visiteurs. En glissant sur l’Yerres, on découvre les mêmes perspectives que celles immortalisées dans les célèbres Périssoires ou les scènes de baignade du peintre. Une façon originale de saisir le rapport intime qu’entretenait Caillebotte avec ce territoire qui nourrissait sa création.
Peindre à la manière des impressionnistes
Fidèle à l’esprit du lieu, la Maison Caillebotte propose également des ateliers immersifs de peinture.
Encadrés par un artiste professionnel, débutants comme amateurs confirmés peuvent s’initier aux techniques impressionnistes dans le cadre même qui inspira Gustave Caillebotte. Paysages à la manière de Monet, compositions florales ou inspirations japonisantes figurent parmi les thèmes proposés.
Informations pratiques
Accessible en moins d’une heure depuis Paris, la Maison Caillebotte constitue une destination idéale pour une journée culturelle au vert.
Adresse
8 rue de Concy
91330 Yerres
Pour y aller depuis Paris :
RER D jusqu’à Yerres puis 15 min à pied
Horaires
La maison est ouverte tous les jours sauf le lundi de 14h à 18h30.
Le parc est ouvert tous les jours de 9h à 21h en été.
Tarifs
Maison hors période d’exposition : 8 €
Maison et expositions temporaires : 12 €
Gratuit pour les – de 18 ans







