Peintre et pastelliste de la seconde moitié du XIXe siècle, Eva Gonzalès (1849-1883) demeure une figure peu connue. Toutefois, à l’image de Berthe Morisot et Mary Cassatt, il s’agit d’une de ces femmes artistes qui ont côtoyé et produit avec les plus grands peintres impressionnistes. Elle dispose d’une formation artistique académique, qu’elle acquiert auprès du peintre de la bourgeoisie parisienne Charles Chaplin. Elle y peindra, dans un style très classique, des scènes de vie domestique. Elle devient ensuite l’unique élève d’Edouard Manet, dont elle admire le travail et qu’elle a rencontré en 1869. C’est lui qui la pousse à faire carrière.

Eva Gonzalès entretient un rapport complexe avec le mouvement impressionniste. Comme Manet, elle ne souhaite pas se produire dans les expositions organisées par le mouvement et préfère les canaux officiels, comme le fameux Salon. Toutefois, elle demeure curieuse des thèmes et des techniques développées. Comme les impressionnistes, elle décide de sortir peindre à la lumière du jour et sa peinture apparaît de plus en plus marquée par des coups de pinceaux rapides, parfois fragmentés, visant à rendre compte de la lumière et de la complexité du mouvement.

Eva Gonzalès, Une loge aux Italiens
Eva Gonzalès (1849-1883), Une loge aux Italiens, 1874 Huile sur toile, H. 98 ; L. 130 cm © Musée d’Orsay

Cette influence et cette curiosité se lit également dans les thèmes. Une loge aux Italiens, peint en 1874, entre en effet en résonance avec l’intérêt des impressionnistes pour la scène de vie moderne. Le thème du théâtre apparaît régulièrement dans la peinture impressionniste car il mêle jeu sur la lumière artificielle et peinture de la distraction. Le tableau d’Eva Gonzalès représente un homme et une femme, accoudée à la balustrade, dans une loge de théâtre. On ne sait rien des autres spectateurs ni de la salle. L’homme, presque au deuxième plan, porte un costume sombre qui se fond presque dans la loge. La femme, plus en avant, est éclairée et est mise en valeur au premier plan. Les couleurs de sa peau et de sa toilette résonnent avec celles du bouquet posé à côté d’elle. Eva Gonzalès mêle des techniques classiques avec les recherches impressionnistes. La composition du tableau (avec ces deux personnages qui ne regardent pas dans la même direction et le bouquet), le jeu sur les contrastes de lumière, les grands gestes de pinceaux (notamment marqués pour la barbe de l’homme ou le rendu des peaux) évoquent une influence impressionniste mais qu’Eva Gonzalès manie à sa manière. En ressort un tableau à la fois doux et tranchant, qui suggère, plus qu’il raconte, l’histoire d’une rencontre, sans en donner les clés.

Une loge aux italiens est exposé au Musée d’Orsay.

Passionnée par la littérature, la philosophie, l’histoire, l’animation japonaise et mille autres choses encore. Je cherche la poésie lovée au creux des choses. Car oui, « La poésie, c’est le plus joli surnom que l’on donne à la vie » (Prévert).

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