Quand on parle de Henri de Toulouse Lautrec (1864-1901), on pense aux affiches qui ont contribué au succès du Moulin Rouge ou du Divan du Monde. On songe aussi à la dégaine un peu étrange de ce personnage qui tentait de compenser sa petite taille par un look dandy et de grands chapeaux.

Alors que le Grand Palais s’apprête à lui consacrer une exposition rétrospective, j’ai eu envie d’en savoir plus sur son oeuvre comme sur sa vie. Et pour cela, quoi de mieux que d’aller au musée Toulouse-Lautrec dans la belle ville d’Albi…


Un accident à l’origine d’une vocation

En 1874, on diagnostique chez le jeune Henri une pycnodysostose, maladie génétique qui freine et fragilise le développement des os. Alors qu’il n’a que treize ans, une mauvaise chute entraînera une fracture du fémur gauche puis un autre accident aura raison de sa jambe droite. Sa maladie ralentit son rétablissement et il gardera comme séquelle son allure étrange et sa petite taille de 1m52.

Depuis sa plus tendre enfance Henri dessine grâce à son oncle qui lui a appris. Tous les hommes de la famille font de la peinture, la grand mère disait qu’ils avaient la maladie du crayon. Pendant sa convalescence il se tourne donc tout naturellement vers les pinceaux et se met à rêver d’une vie d’artiste. Âgé de seulement quinze ans il réalise cette incroyable peinture d’un cheval. Les problèmes de proportions soulignent l’angle de vue de l’artiste qui en raison de son infirmité observe les choses en contre-plongée.

Toulouse-Lautrec, L'artilleur sellant son cheval, 1879
Toulouse-Lautrec, L’artilleur sellant son cheval, 1879

En 1881 son échec au baccalauréat ne fera que renforcer son envie de devenir artiste. Le soutien de son oncle et d’un ami de la famille parviendront à convaincre ses parents -pourtant réticents – de lui payer une école d’art. 

La vie parisienne de Toulouse-Lautrec

Henri arrive à Paris et trouve un premier professeur qui lui dira que ses couleurs sont belles mais qu’il ne sait pas dessiner (!). Il deviendra ensuite l’élève du peintre Fernand Cormon et se liera d’amitié avec d’autres artistes comme Emile Bernard ou Louis Enquetin. Il s’entend aussi très bien avec Théo Van Gogh mais peu avec Vincent qu’il juge trop triste.

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Pour gagner sa vie, il réalise des illustrations pour Le Figaro et le Chat Perché (illustrations pour enfants). Remarquable affichiste et lithographe, ses travaux sont un fabuleux témoignage de la vie bohème parisienne de la fin du XIXe siècle. Habitant à Montmartre, habitué à fréquenter les maisons closes et les cabarets, il montre la vie au Moulin-Rouge, la prostitution et les théâtres montmartrois.

La vie de Toulouse-Lautrec à travers quelques œuvres

Quoi de mieux que les œuvres d’un artiste pour mieux connaître sa vie ? Voici quelques œuvres choisies parmi celles exposées au musée Toulouse-Lautrec d’Albi qui permettent de mieux cerner le personnage…

Je vous présente Gabriel, le cousin d’Henri. Il est en quelque sorte le frère qu’il n’aura jamais. Cette peinture orangée fit l’horreur de ses contemporain ; plus tard, les fauves diront que c’est un génie.

Henri de Toulouse-Lautrec, Docteur Gabriel Tapié de Céleyran, 1893-1894
Henri de Toulouse-Lautrec, Docteur Gabriel Tapié de Céleyran, 1893-1894

Sur ce tableau représentant la mère de Lautrec, il signe en verlan. Regardez bien la signature “Tréclau” ! Henri est très moderne pour son époque mais aussi très incompris.

Henri de Toulouse-Lautrec, La comtesse de Toulouse-Lautrec dans le salon du château de Malromé, 1886-1887, avec signature en verlan
Henri de Toulouse-Lautrec, La comtesse de Toulouse-Lautrec dans le salon du château de Malromé, 1886-1887, avec signature en verlan

On le disait, Toulouse-Lautrec a fréquenté les maisons closes et pas seulement pour y travailler ! Il y avait des fiancées et notamment Marcelle représentée ici. Ce tableau fit beaucoup parler à la fin des années 60 : prêté par le musée pour une exposition au Japon, il est volé puis retrouvé sept années plus tard, déposé par son ravisseur devant l’ambassade de France. Un fait divers qui contribuera à la renommée de l’artiste au pays du soleil levant.

Henri de Toulouse-Lautrec, Marcelle, 1894
Henri de Toulouse-Lautrec, Marcelle, 1894

A force de fréquenter les maisons closes, Lautrec observe les habitués. Ici on peut voir un blanchisseur qui vient apporter le linge propre. La femme qui le réceptionne grimace à la vue de la facture. Le blanchisseur quant à lui en profite pour reluquer la poitrine de sa cliente qui doit être en petite tenue voire nue sous son peignoir. On trouve dans cette peinture toute la malice de l’artiste.

Henri de Toulouse-Lautrec, Le blanchisseur de la "maison", 1894
Henri de Toulouse-Lautrec, Le blanchisseur de la « maison », 1894

Voici “La Goulue”, l’affiche la plus connue de Toulouse-Lautrec. La Goulue, de son vrai nom Louise Weber, était une jeune danseuse payée pour faire consommer les clients et pour se dévoiler à ceux qui donnaient quelques sous de plus. Son surnom de Goulue vient du fait qu’elle consommait autant que ses clients. Bien que vulgaire elle se prend pour une grande star.
L’histoire de l’affiche est insolite : le Moulin Rouge souhaitait monter un spectacle érotique. Pendant le casting, la Goulue fit voler le chapeau du directeur d’un coup de pied ce qui plut beaucoup. Elle recommencera chaque soir et c’est Lautrec qui est chargé de la création de l’affiche. Notre artiste révèle ici ses talents en marketing : il sait que son affiche ne sera vue que 3 secondes, il doit donc capter le regard et s’arrange pour mettre en avant les informations importantes sur le spectacle. Pour échapper à la censure, ces affiches seront placées sur des charrettes qui déambuleront dans Paris : le scandale est là et le buzz aussi, Lautrec avait tout compris ! Quant aux boules jaunes sur l’affiche, elles symbolisent la fée électricité qui arrive tout juste à Paris et qui est à l’époque un spectacle à part entière tant elle suscite la curiosité.

Henri de Toulouse-Lautrec, Moulin Rouge (La Goulue), 1891
Henri de Toulouse-Lautrec, Moulin Rouge (La Goulue), 1891

Cette nouvelle affiche témoigne à nouveau du côté facétieux de Lautrec. Caudieux était un acteur contorsionniste réputé pour oublier souvent son texte. Lautrec l’a représenté avec un souffleur au grand dam du comédien !

Henri de Toulouse-Lautrec, Caudieux, 1893
Henri de Toulouse-Lautrec, Caudieux, 1893

Dans le même style, il dessine un portrait d’Yvette Guilbert, l’une des plus grandes stars de Paris. Celle-ci n’aime pas le résultat et refuse l’oeuvre, elle dira à Toulouse-Lautrec “Petit monstre, vous avez fait de moi une horreur” ! Elle l’autorise tout de même à réaliser un second portrait pour qu’il puisse se rattraper. Au lieu de saisir sa chance, Lautrec crée une nouvelle version encore plus laide en 100 exemplaires qu’il écoulât dans tout Paris pour se moquer de la diva.

La mort de Toulouse-Lautrec et la création du musée

Notre cher Henri a une santé fragile et cumule les excès. Il est alcoolique, goûte à tout, n’a aucun tabou et attrape la syphilis. A 36 ans il ressemble déjà à un vieillard. Après une crise cardiaque il quitte Paris pour aller vivre à Bordeaux. C’est au château Malromé, demeure familiale située dans la Gironde, qu’il s’éteint le 9 septembre 1901. Ses derniers mots auraient été pour son père en se moquant de sa passion pour la chasse : “Je savais, papa, que vous ne manqueriez pas l’hallali”. L’ironie fait que ce grand consommateur d’alcool est inhumé dans la commune de Verdelais (verre de lait) !

Ce n’est pas un hasard si le musée Toulouse-Lautrec est albigeois, c’est en effet dans cette belle ville du Tarn qu’est né notre artiste. A sa mort la famille Toulouse-Lautrec souhaite faire don des œuvres d’Henri à une ville dans le but d’ouvrir un musée capable de valoriser son travail. Mais la réputation sulfureuse du peintre ainsi que son style peu conventionnel seront à l’origine d’un refus de Paris et de Toulouse ! C’est finalement sa ville natale, Albi, qui acceptera de recevoir la donation. En 1905, les œuvres sont installées dans le palais de la Berbie, ancien Palais des Évêques qui jouxte la cathédrale Sainte-Cécile : le musée était né.

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Aujourd’hui, le musée d’Albi possède la plus grande collection au monde de Toulouse-Lautrec avec quelques 1000 œuvres dont 600 sont présentées au public. C’est un musée superbe qui vous permettra d’avoir un autre regard sur un artiste finalement encore trop peu connu mais à la vie passionnante. Et si vous n’avez pas l’opportunité d’aller dans le Tarn prochainement, ne loupez pas l’exposition Toulouse-Lautrec résolument moderne qui sera présentée du 9 octobre 2019 au 27 janvier 2020 au Grand Palais à Paris.

Mille mercis à Tarn Tourisme qui m’a permis de venir visiter le musée Toulouse-Lautrec et à Christian qui m’en a fait la visite et qui m’a permis de porter un nouveau regard sur cet artiste que je connaissais bien mal auparavant. Pour en savoir plus sur le Tarn je ne peux que vous encourager à aller visiter son excellent blog, Dedans-Dehors.


Informations pratiques :

Adresse :
Musée Toulouse-Lautrec
Palais de la Berbie
Place Sainte-Cécile
81000 Albi

Horaires :
Horaires variables selon la saison, consultez le site du musée

Site internet :
http://musee-toulouse-lautrec.com/

Tarifs :
Tarif plein : 10 €
Billet famille (2 adultes + un enfant de plus de 13 ans) : 21 €
Gratuit pour les moins de 13 ans

2 COMMENTAIRES

  1. Bonjour,
    merci pour votre article.
    bien que je comprenne le trait d’humour, la commune de Verdelais, en gironde, ou est enterré l’ artiste, s’ écrit avec un S et non un T…….
    c’ est tout simplement une commune proche du château familial de Malromé (fort joli château ; ou sur un des murs, il y a des dessins de Henri…), ou mourut l’ artiste…….
    Je connais bien ce petit coin de Gironde, c’ est pourquoi je vous le précise.

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