Connaissez-vous l’Abbaye-école de Sorèze ? Situé dans le Tarn, ce monument a une histoire sans équivalent ! Lieu de culte devenu école puis école royale militaire, il est depuis quelques années ouvert à la visite. Une visite 3-en-1 qui vous permettra de découvrir à la fois un très bel édifice ; un parcours muséographique consacré à la vie d’un élève aux XVIIIe et XIXe siècles ; ainsi que le musée Dom Robert présentant la vie et l’œuvre de ce moine-artiste hors du commun…

  1. Des débuts tumultueux…
  2. La naissance de l’abbaye-école
  3. La vie à l’abbaye-école de Sorèze
  4. Le musée Dom Robert et de la tapisserie du XXe siècle
  5. Informations pratiques

Des débuts tumultueux…

L’origine de l’abbaye est un peu floue mais il est probable qu’elle soit née au VIIIe siècle sous l’impulsion de Pépin le Bref. Toujours est-il que les premiers siècles de la vie de l’abbaye sont loin d’être paisibles : le site est en effet la cible de plusieurs attaques, dans un premier temps de la part des Normands puis ensuite par les protestants. Chaque pillage ne laisse sur son passage que des ruines et des cendres si bien que l’abbaye sera plusieurs fois reconstruite. Il faudra attendre 1638 pour que des bénédictins de la congrégation de Saint Maur venus de Paris lancent un grand chantier de reconstruction et d’embellissement qui durera quatre années.

La naissance de l’abbaye-école

En 1682, Dom Jacques de Hoddy crée un premier séminaire pour gentilshommes : c’est la naissance de l’abbaye-école. Pour accueillir les enfants qui arrivent pour étudier, on crée un nouveau bâtiment doté de salles de classes et de dortoirs puis deux ailes dédiées à l’enseignement des sciences et des arts.

A partir de 1759, Dom Victor de Fougeras donne à l’école un plan d’enseignement novateur en proposant à chaque enfant un programme adapté en fonction de ce qu’il est et de ce qu’il souhaite devenir. Une quinzaine de disciplines sont ainsi proposées et le succès de cet enseignement est vite au rendez-vous : des enfants viennent parfois de très loin pour venir étudier à Sorèze !

Chapelle de l'Abbaye-école de Sorèze
La chapelle

Le renom de l’école est grandissant et se propage jusqu’à l’oreille de Louis XVI qui, en 1776, choisit Sorèze pour devenir l’une de ses douze écoles royales militaires. On crée alors une quatrième aile pour accueillir l’enseignement militaire et celui des langues étrangères.

Jean-Baptiste-Henri Lacordaire, Huile sur toile de Séverin Duolé, 1883
Jean-Baptiste-Henri Lacordaire, Huile sur toile de Séverin Duolé, 1883

Après la Révolution, les écoles royales sont supprimées. François Ferlus, un ex-bénédictin, rachète les bâtiments de l’école de Sorèze et en prend la direction. L’abbaye devient alors une école privée pendant de longues années notamment sous la direction du Père Lacordaire qui contribuera à donner un nouveau souffle à cette institution entre 1854 et 1861 .

« Sorèze est une école où la religion, les lettres, les sciences et les arts se partagent les heures d’un jeune-homme, afin de jeter en lui les fondements d’une vie d’homme. » (Lacordaire)

L’abbaye servira ainsi d’école jusqu’en 1991 où la vétusté des lieux impose sa fermeture après avoir vu passer 23 000 élèves ! Le site est racheté en 1993 par la collectivité avec l’aide de partenaires privés. Des travaux de restauration ont par la suite été entrepris pour permettre d’ouvrir l’abbaye à la visite.

La vie à l’abbaye-école de Sorèze

Ici, les élèvent était divisés selon leur âge et reconnaissables à la couleur de leur uniforme. Le vert pour les primaires, le jaune pour les collégiens, le bleu pour le début du lycée et le rouge pour la terminale.

Uniformes de l'Abbaye-école de Sorèze
Les uniformes des élèves avec un col de couleur différente selon leur niveau

L’enseignement y était très strict. Dans les salles de classe, le pupitre de l’instituteur dominait ; les chambres étaient des cellules étroites où les élèves avaient pour tout mobilier un lit et cette chaise cathédrale qui servait à la fois de chaise, de table de nuit et de porte-manteau.

En se baladant dans l’enceinte de l’abbaye on ressent facilement tout le poids d’une instruction stricte et rigoureuse. Disons-le clairement : ça en impose ! Pour un enfant (parfois âgé de seulement 6 ans) qui découvrait les lieux, ce devait être très impressionnant. C’est dans cette salle des illustres – sorte de Panthéon de l’école où trônent 54 bustes d’élève ou de professeurs ayant eu une destinée importante – que les appréciations étaient lues chaque semaine. On imagine sans mal la pression qu’un élève devait alors ressentir à la lecture de ses résultats !

A l’issue de leur scolarité, les « rouges » (élèves de dernière année) avaient pour coutume de graver leur nom sur les murs de la cour, laissant ainsi pour l’éternité une trace de leur passage.

Graffitis d'élèves sur les murs de l'Abbaye-école de Sorèze
Graffitis d’élèves sur les murs de l’Abbaye-école de Sorèze

Pendant votre visite, vous pourrez également voir sur les murs des citations et portraits d’anciens étudiants qui semblent habiter encore les lieux et qui donnent une vision plus concrète de ce qu’était la vie d’un élève à Sorèze.

Le musée Dom Robert et de la tapisserie du XXe siècle

Dom Robert était un moine des environs qui représentait sur des tapisseries la faune et la flore de la Montagne Noire. Les moines d’En Calcat qui ont hérité d’une grande partie de ses œuvres, cherchaient un lieu permettant de mettre en valeur cette vaste collection. C’est finalement à l’abbaye-école de Sorèze que l’on décida de présenter cette collection, au sein d’un musée qui a ouvert ses portes en 2015.

Dom Robert
Dom Robert dessinant au milieu de la nature

Dom Robert est né en 1907. Il fait l’école des arts décoratifs et évolue dans un milieu bourgeois. En 1930 il assiste à la prise de voile d’une amie, une cérémonie qui fera naître sa vocation : il veut devenir moine. Parallèlement, il se consacre au dessin et est rapidement repéré par Jean Lurçat qui cherche à développer l’art de la tapisserie et l’initie à cette technique. Dom Robert crée ainsi sa première tapisserie en 1941. Il en réalisera plus de 80 dans sa vie !

« Dans une tapisserie, on se promène, on flâne. Un détail vous conduit à un autre, un rouge mène au bleu (…) Pour faire court, disons que la peinture est un art d’espace tandis que la tapisserie est davantage un art du temps. » (Dom Robert)

LIRE AUSSI : La folle histoire de la Tapisserie de l’Apocalypse d’Angers

Dans ses œuvres, Dom Robert représente de vrais animaux mais se joue des échelles. Il s’amuse aussi à représenter à chaque fois un animal qui nous regarde, instaurant ainsi une complicité entre ses créations et le spectateur.

On peut admirer dans le musée une sélection de ses œuvres, présentées en rotation par cycles de trois ans. A la fin de la visite, une salle permet de confronter l’œuvre de Dom Robert à d’autres tapisseries contemporaines. Et si d’un premier abord la tapisserie ne vous attire pas, ce musée devrait vous surprendre et vous séduire. A travers les œuvres de Dom Robert on découvre un univers riche et onirique mais aussi les techniques de fabrication des tapisseries, le tout dans une scénographie sobre et épurée parfaitement intégrée dans le monument.

De passage dans le Tarn, ne passez pas à côté de ce formidable monument. Profitez-en aussi pour aller admirer la sublime cathédrale d’Albi, la « forteresse de Dieu » !

Merci infiniment à Tarn Tourisme qui m’a permis de venir faire cette visite et à Virginie qui sait transmettre avec passion son amour pour ce lieu enchanteur.


Informations pratiques :

Adresse :
1 Rue Saint-Martin
81540 Sorèze

Horaires :
Du lundi au dimanche. Fermé le mardi, excepté en juillet et août.
D’octobre à mars : 14h – 17h30
D’avril à septembre : 10h-12h30 / 14h-18h
Fermeture annuelle du 23 décembre 2019 au 7 février 2020

Site internet :
http://www.abbayeecoledesoreze.com/

Tarifs :
Tarif plein : 8 €
Tarif réduit : 6 €

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.