Quelle est la source originelle de l’art ? C’est la question à laquelle Paul Klee (1879-1940) a tenté de répondre tout au long de sa carrière. A travers 120 œuvres et objets personnels de l’artiste, le LaM revient sur ce questionnement en présentant jusqu’au 27 février 2022 une exposition qui nous fait (re)découvrir l’art de Paul Klee sous un angle aussi intimiste que passionnant. En voici un aperçu.

L’histoire du LaM

Si le LaM existe, c’est grâce à la donation d’une importante collection d’art moderne rassemblée par deux passionnés : Roger Dutilleul (1872-1956) et son neveu Jean Masurel (1908-1991).

Au tout début du XXe siècle, Roger Dutilleul débute sa collection d’art en se tournant vers les peintres de l’avant-garde. Il rassemble très tôt des œuvres de Modigliani, Klee ou encore Kandinsky. Ce passionné transmet le virus du beau à son neveu Jean Masurel qui, à son tour, débute sa propre collection avant d’hériter de la majeure partie de celle de son oncle en 1956. Plus que de simples collectionneurs, Roger Dutilleul et Jean Masurel ont joué un rôle actif de soutien des artistes de l’avant-garde qui étaient, en leur temps, refusés par les institutions.

Dans les années 70, Jean Masurel souhaite rendre sa collection publique et imagine un musée qui prendrait place dans sa région natale. En 1979, avec son épouse Geneviève, il fait don de 219 œuvres à la Communauté urbaine de Lille avec pour objectif de « rendre accessibles au plus grand nombre les œuvres d’art caractéristiques de notre temps, associer le public à la recherche permanente sur l’évolution de l’art moderne, favoriser la création des œuvres d’art et promouvoir les activités de loisirs et de culture. »

L’architecte Roland Simounet se voit alors confier le projet de création d’un nouveau musée à Villeneuve d’Ascq. Après trois années de chantier, le musée sort de terre en 1983 : le LaM est né ! Depuis, le musée a réalisé de nombreuses acquisitions et compte désormais dans ses collections plus de 7 000 œuvres d’art brut, moderne et contemporain.

Le LaM, musée d'art contemporain à Villeneuve d'Ascq
Le LaM, musée d’Art Contemporain de Villeneuve d’Ascq

Paul Klee et les origines de l’art

Jusqu’au 27 février 2022, le LaM consacre une exposition à Paul Klee, artiste dont la collection des donateurs comptait trois œuvres et qui n’avait pas encore fait l’objet d’une exposition monographique ici. C’est chose faite désormais avec cette exposition organisée en partenariat avec le Zentrum Paul Klee de Berne qui explore les réflexions de l’artiste sur les origines de l’art au travers de 120 œuvres mais aussi d’une sélection d’objets lui ayant appartenu.

Exposition Paul Klee au LaM

Formé à l’école d’art de Munich, Paul Klee se rend en Italie pour étudier l’art mais il réalise que l’art classique est une imitation de l’antiquité et aspire à une création artistique en rupture avec les canons académiques. Dans son journal, il écrit :

 J’aimerais être comme nouvellement né, ne rien connaître de l’Europe, absolument rien ; ignorer les écrivains et les modes, être quasiment primitif.

Dès lors, Paul Klee s’intéresse de plus en plus aux formes d’art qui n’ont pas été soumises aux influences occidentales, à savoir l’art asilaire, les arts du monde, l’art pariétal ainsi que les dessins d’enfants. L’exposition aborde ainsi le rapport de Klee avec ces quatre axes qui lui ont permis d’explorer les profondeurs de l’art.

L’art asilaire

Paul Klee, Jeune fille possédée, 1924, Fondation Beyeler

Paul Klee voit chez les « aliénés » des « exemples pour réformer l’art ». Il possédait un exemplaire d’un ouvrage du psychiatre et historien de l’art Hans Prinzhorn, Expressions de la folie, qui étudiait dès 1922 les œuvres de ses patients internés. Les travaux de Hans Prinzhorn intéresseront également Jean Dubuffet qui théorisera l’art brut en 1945 désignant ainsi les productions de personnes dépourvues de culture artistique et échappant à toute influence.

Klee lui-même assumait les liens de ses œuvres avec l’art asilaire. Une similitude qui fut parfois utilisée par ses détracteurs : en 1937, l’Allemagne nazie organise une exposition sur l’art dégénéré à Munich où des artistes sont présentés comme des terroristes juifs et bolcheviks. 17 œuvres de Paul Klee y sont exposées et confrontées aux œuvres de malades psychiatriques.

Les arts du monde

Les voyages ont bien sûr nourri l’art de Paul Klee, notamment en Égypte en 1928-29 dont il revient avec des compositions géométriques. S’inspirant des hiéroglyphes, Klee développe son propre univers pictural. Plusieurs ouvrages et objets retrouvés dans ses affaires personnelles témoignent également de l’intérêt de Klee pour l’art africain et asiatiques.

Dans cette toile (ci-dessous) réalisée en 1923 tandis qu’il était enseignant au Bauhaus, Klee représente une île engloutie entourée de poissons, comme une évocation de l’Atlantide qui aurait sombrée à cause de l’orgueil de ses habitants.

Paul Klee, entre mondes
Paul Klee, Île engloutie, 1923, LaM, donnation Geneviève et Jean Masurel

La préhistoire

Pendant la première moitié du XXe siècle, le grand public découvre les grottes ornées. Les musées mais aussi la diffusion de dessins rendent visible à tous cet art pariétal encore méconnu. Paul Klee est fasciné par les peintures rupestres qui prouvent que l’art existait bien avant l’antiquité. Accompagné de sa femme, la pianiste Karoline Stumpf surnommée Lily, Paul Klee se rend en 1928 sur des sites mégalithiques de Bretagne comme Carnac où il découvre les alignements de menhirs.

Si Paul Klee a fui l’art classique, il trouvait l’inspiration ailleurs et notamment dans cet art primitif comme le montrent certains de ses travaux.

Influences de Paul Klee
Paul Klee, Des animaux se rencontrent, 1938, Collection particulière

Enfances

En se retirant dans la maison familiale en 1902, Paul Klee redécouvre ses dessins d’enfant qui sont pour lui comme une révélation. Ce sont des dessins « exécutés avec un regard ingénu et beaucoup de style » – écrit-il à sa femme.

En 1911, lorsqu’il crée un catalogue raisonné de ses œuvres, Paul Klee y intègre les dessins de son enfance. Il s’inspire aussi des dessins de son fils Félix et n’hésite pas à exposer ses œuvres adultes aux côtés de dessins d’enfants, suscitant par la même occasion de nombreuses critiques sur la valeur de son art.

Dessins d'enfance de Paul Klee
Dessins d’enfance

On ne devrait pas parler de l' »art » de l’enfant. On commet une erreur ! L’art, c’est autre chose. [….] L’enfant est rempli, il déborde d’images qui le harcèlent, dont il doit se dégager pour trouver ses repères dans le monde qui est le sien. Chez lui, le dessin est une nécessité biologique ! Il dessine comme il court, comme il parle ! Il lui faut exprimer, transposer, conjurer, fixer ce qu’il voit, ce qu’il désire, ce qu’il rêve, ce qui lui est hostile ou bienveillant. […] N’associez jamais mes travaux à ceux des enfants ! Mes signes ne sont pas des supports intentionnels de contenus. Ce sont des formations : des formes indépendantes, qui mènent leur vie propre parmi les formes.Conversation rapportée par Hans-Friedrich Geist en 1950

En bref, l’ensemble de ces « entre-mondes » présentés dans cette exposition permettent de bien mieux comprendre l’œuvre de Klee mais aussi d’ouvrir ses propres réflexions sur ce qu’est l’art et sur les multiples formes qu’il peut prendre.


Ça se passe aussi au LaM !

Profitez de votre visite pour voir les autres expositions proposées actuellement au sein du musée. Le LaM vous invite jusqu’au 12 décembre à redécouvrir Giorgio Griffa, l’une des figures majeures de la scène artistique italienne.

Et jusqu’au 20 février 2022, une exposition mêle science et histoire de l’art en perçant les Secrets de Modigliani. A partir des études, analyses et radiographies réalisées sur les toiles du maître, vous découvrirez des oeuvres sous un tout nouvel angle.

Les secrets de Modigliani, LaM
Les secrets de Modigliani

Prenez aussi le temps de vous balader dans le parc de sculptures. Accessible gratuitement, il rassemble des sculptures monumentales de Calder, Deacon, Picasso, Lipchitz et Roulland.

Parc de sculptures du LaM Villeneuve d'Ascq
Le parc de sculptures du LaM

Bonne visite !


Informations pratiques

Adresse :
LaM
1 allée du musée
59650 Villeneuve d’Ascq

Horaires :
Jusqu’au 27 février 2022
Tous les jours, sauf le lundi
De 10h à 18h

Site internet :
https://www.musee-lam.fr/fr

Tarifs (exposition + colleciton permanente) :
Tarif plein : 10 €
Tarif réduit : 7 €

Article réalisé en collaboration avec le LaM

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