Relier l’Atlantique à la Méditerranée sans passer par le détroit de Gibraltar est un rêve qui a hanté les nuits de nombreux souverains depuis l’antiquité. Pourtant, c’est un simple contrôleur des finances, Pierre-Paul Riquet, qui va trouver les ressources financières et techniques pour mener ce projet à bien et faire naître le Canal des deux Mers à la fin du XVIIe siècle.

Le canal : le rêve de nombreux souverains

Le transport maritime entre l’Atlantique et la Méditerranée en passant par le détroit de Gibraltar a longtemps été dangereux. De nombreux corsaires et pirates s’attaquaient en effet aux bateaux de marchandises et aux galères royales. Si bien que le creusement du Canal des deux Mers a longtemps hanté les rêves des souverains, de l’empereur Auguste à Henri IV en passant par Charlemagne ou François Ier. Mais les quelques projets envisagés ont tous été abandonnés face à une problématique jusqu’alors insoluble : comment alimenter en eau le canal ?

Canal des deux Mers
Le Canal des deux Mers constitué du Canal de Garonne et du Canal du Midi © David Waterways, Wikipedia Commons

L’idée de Pierre-Paul Riquet

Pierre-Paul Riquet
Portrait de Pierre-Paul Riquet (1609-1680), Estampe de Blanchard, Bibliothèque du Patrimoine de Clermont

C’est finalement Pierre-Paul Riquet (1609 – 1680), fermier des Gabelles (contrôleur des Finances) du Languedoc qui va trouver la solution. A force d’arpenter la région, Riquet a appris à connaître parfaitement les environs. Son projet consiste à relier Toulouse à Sète en récupérant la Garonne pour aller jusqu’à l’Océan Atlantique.

Afin d’alimenter en eau ce nouveau bras de mer, il cherche à puiser dans de petites rivières situées dans les montagnes et la stocke dans le Lac de Saint-Ferréol avant d’acheminer l’eau jusqu’au Seuil de Naurouze, le point le plus élevé du canal.

Fort de cette idée, Riquet soumet le projet au ministre des Finances de Louis XIV : Colbert. Ce dernier cherche à restaurer la puissance économique de la France et s’intéresse donc particulièrement au projet de Riquet. Le percement du canal permettrait en effet de ruiner le commerce espagnol en s’affranchissant du passage par le Détroit de Gibraltar, tout en développant le commerce dans le Languedoc.

Un chantier titanesque

En 1666, Louis XIV donne son accord pour le lancement des travaux via un édit qui précise que Pierre-Paul Riquet et ses descendants auront la charge de la construction du canal mais ils en seront aussi propriétaires et pourront l’exploiter. En échange de ce droit de propriété et d’exploitation, Riquet finance une partie des travaux sur ses fonds propres. Les travaux coûtent près de 18 millions de livres, financées à 40 % par le Roi, 40 % par la province et 20 % par Riquet qui s’endette grandement pour faire face à ces charges. Ses descendants continueront à rembourser les dettes pendant 50 ans après sa mort !

Carte du Canal du Midi connu précedemment sous le Nom de canal de Languedoc / gravé par Bordiga
 

Les travaux durent 14 ans, entre 1667 et 1681. Le chantier est titanesque : il fera appel à 12 000 ouvriers pour creuser 240 kilomètres à la pioche ! Le percement du canal demande aussi la création de nombreux ouvrages d’art : on compte 63 écluses, construites en pierre de taille, dont celle de Fonsérannes constituée de 9 passages successifs ! Tout au long du canal on construit des auberges car ce nouveau mode de transport sert rapidement au transport de personnes pour pouvoir échapper aux brigands.

Malheureusement, Pierre-Paul Riquet meurt seulement 6 mois avant la fin des travaux et ne pourra pas voir son projet aboutit. Ses descendants garderont la gestion du canal jusqu’à la Révolution. Ensuite, Napoléon le réquisitionne jusqu’à la Restauration où les Riquet récupéreront une partie des droits. N’ayant pas les fonds nécessaires à la transformation du canal, ils en confieront la gestion à la compagnie des chemins de fer qui taxe fortement le trafic commercial du canal pour favoriser le transport par voie ferroviaire ce qui porte un coup dur au transport maritime dans le Languedoc. L’Etat finira par nationaliser le Canal à la fin du XIXe siècle. Le Canal des deux Mers a servi au transport des marchandises jusque dans les années 80 et depuis 1996, il est classé à l’UNESCO.

Aujourd’hui, le Canal du Midi est très prisé par les vélotouristes. J’ai moi-même eu le plaisir de le longer à vélo, je vous en parlerai dans les tous prochains jours !

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