Résumé :

Adam Hitch est atteint de « questionnite », il ne peut s’empêcher de poser des questions. Une maladie incurable contractée dès son enfance et qui ne le quitte plus. Tout le monde en fait les frais, sa famille, ses amis, ses professeurs et surtout ses petites amies qu’il questionne sans relâche avec un seul but : savoir ! Découvrir les grands et petits secrets que chacun conserve précieusement et qu’il n’entend pas divulguer.

Entre Bernard Pivot et le narrateur de ce roman, les ressemblances sont nombreuses… n’est-ce pas plutôt une autobiographie déguisée que l’écrivain cherche à nous faire lire ?


 

Avis :

Bernard Pivot Oui mais quelle est la questionQuand on me parle de Bernard Pivot, je pense aux émissions Apostrophes et Bouillon de Culture. A leur époque j’étais trop jeune pour pouvoir en profiter mais j’ai pris plaisir à en découvrir de nombreux passages grâce aux archives de l’INA. Je pense aussi aux célèbres Dictées de Pivot et à ses livres 100 mots et 100 expressions à sauver que je vous recommande. Pour moi, il est un peu le grand défenseur de la langue française et des jolis mots.

Moi-même grand curieux (la curiosité n’est un défaut que pour ceux chez qui elle fait défaut !), j’ai tout de suite été attiré par ce livre. Adam Hitch serait donc aussi curieux que moi ? Non, je dois bien l’admettre, il est bien pire, il s’interroge sur tout ! Comment embrasser ? quelle est la dernière carte à jouer qu’a vu De Gaulle avant de mourir ? que pensent ses petites amies ? comment ses parents ont vécu leur première relation sexuelle ?…
L’une des premières questions qu’il se pose c’est que sera le Paradis ? Pour lui, c’est un lieu où la moindre de ses questions obtiendra une réponse sincère, à l’opposé de l’Enfer où aucun secret ne sera dévoilé. Entre les chapitres, il glisse quelques questions adressées au Seigneur et dont nul autre que lui ne pourrait avoir la réponse : « Seigneur, le 5 avril 1994, Kurt Cobain s’est-il suicidé d’une balle dans la tête dans sa maison du Lac Washington, thèse officielle, ou a-t-il été assassiné comme le prétend le détective Tom Grant, engagé par Courtney Love, la femme du chanteur ? / Seigneur, pourquoi l’Univers est-il en expansion et, surtout, comment expliquer que cette expansion s’accélère ? »

Avec ses questions, Adam Hitch ne manque pas d’éveiller notre propre curiosité. LA grande question de ce livre c’est de savoir dans quelle mesure Bernard Pivot a retranscrit sa vie dans les traits de ce malade de la questionnite. Hitch est tout comme lui un personnage public ; il anime une émission télévisée appelée « Aparté » (on remarquera la ressemblance avec Apostrophe) ; il a commencé en tant que journaliste sportif et – entre autres points communs – songe à écrire un livre sur la question. La mise en abîme est donc flagrante et je me demande si Bernard Pivot a vécu tout ce qu’il raconte dans cet ouvrage. Est-là sa manière de partager avec nous, en plus de son amour pour les questions, sa frustration lorsqu’il ne parvient pas à obtenir de réponses ?

J’ai eu énormément de plaisir avec ce livre, rempli d’humour et de jolies pensées et je vous invite très vivement à vous plonger dedans. Quant à moi, je me plait à croire que le titre énigmatique de ce livre nous apporte la réponse à la question qui nous taraude tant !

 

Extraits :

 
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[tab]Extrait 1/3

Je souffre d’une maladie chronique que j’appelle la « questionnite ». Son symptôme est évident, identifié de tous mes proches : je n’arrête pas de leur poser des questions. Je ne peux pas m’en empêcher. C’est plus fort que moi. C’est une seconde nature. Je suis en état de perpétuelle curiosité. Et de manque si je ne parviens pas à la satisfaire. Je ne suis pas le type qui se contente d’un machinal « comment vas-tu ? ». Je veux savoir. Quoi ? Peu importe, je veux savoir. Toute personne détient de grands ou petits secrets qu’elle n’entend pas divulguer, mais que mes questions peuvent l’amener à avouer. Il n’y a pas d’homme ou de femme sans double fond. Sans mystères, sans cachotteries, sans arrière-pensées. Moi, j’en ai. Beaucoup. Heureusement, je ne suis jamais tombé sur un loustic comme moi qui vous bombarde de questions et qui, à la longue, devient insupportable.

Ô lecteurs, aimables lecteurs anonymes qui n’avez pas enduré le supplice de mes questions, je vous prie de compatir au récit de la triste vie d’un homme qui a laissé sa profession contaminer jusqu’à son intimité. Serez-vous émus par mes souffrances ? Vous moquerez-vous au contraire de ce qui vous apparaîtra comme une maniaquerie ? Vous amuserez-vous, et même vous réjouirez-vous de mes déboires causés par ce qu’il faut bien appeler un vice ? Vous direz-vous qu’il vaut mieux me croiser dans un livre plutôt que dans un bureau, un restaurant ou un lit ? Chemin faisant, vous interrogerez-vous sur votre propre usage des questions ? Sur votre inclination ou vos réticences à les poser ? Sur votre aptitude à les bien formuler ? Sur vos réactions aux questions qui vous sont posées ? Sur votre ennui ou votre plaisir à y répondre ? Sur…

Voyez, lecteurs amènes, je suis incorrigible, nous avons fait connaissance il n’y a pas deux minutes, et, déjà, vous avez reçu une dizaine de questions comme poings en rafales sur un punching-ball.

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[tab]Extrait 2/3

Quand devient-on vieux ? Quand on n’a que des réponses et plus de questions. Certains posent encore des questions pendant leurs derniers jours. Ils meurent jeunes. Peut-être que je ne serai jamais vieux ? C’est plus un souhait qu’une question.

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[tab]Extrait 3/3

Plus que le mensonge, le silence est à redouter. J’ai raconté combien j’ai souffert et je continue de souffrir de l’absence de réponses de Douchka. Sa fuite dans l’espace et dans le temps. Mes points d’interrogation qui n’accrochent que du vide. Ma désorientation, mon hébétude. Le silence est la pire des réponses parce qu’il libère dans l’imagination ce qu’elle a de plus pernicieux. De plus sombre aussi. Enfin, de plus obsédant.

Poser des questions c’est encore s’exposer à un refus de répondre ironique ou indigné. Ambiance ! Ou bien l’on peut s’attirer une réponse, une vraie réponse, mais courroucée ou blessante. Atmosphère ! Ou encore la question a touché un point très sensible et l’on voit la personne chercher ses mots, bafouiller, tandis que ses yeux luisent de larmes. Gêne ! Poser des questions, quand elles ne sont pas de convenance ou de routine, c’est se hasarder dans l’indiscrétion, s’aventurer dans le secret, braver peut-être un interdit. Ces choses-là n’arrivent pas tous les jours, mais c’est un danger latent.

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Note : 
 

2012 – 271 pages – ISBN : 978-2-84111-619-5
Bernard Pivot – Français

 

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Jeune trentenaire et vieux blogueur. Fondateur de Culturez-vous et organisateur de l’association "Un Soir, un Musée, un Verre". Flâneur professionnel et éternel curieux.

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