La folie furieuse de l’un des plus grands danseurs contemporains s’est échappée de l’Opéra de Paris, des scènes avignonnaises, new-yorkaises et moscovites pour se réfugier dans un musée auvergnat : étonnant ? Pas du tout ! Après presque dix années d’existence, le Centre National du Costume de Scène (CNCS) a de quoi séduire les visiteurs les plus exigeants : et c’est bel et bien au milieu des champs, des vaches et des bas clochers que l’on courra (re)découvrir la carrière spectaculaire du très pointu Angelin Preljocaj à travers l’histoire de ses costumes de danse.

Le parcours est sombre, un poil gothique. Les costumes sont éclairés d’une légère clarté qui les fait surgir de l’obscurité, tandis que des vidéos diffusent en boucle des extraits de ballets. Les Quatre Saisons de Vivaldi côtoient la musique électronique de Laurent Garnier et les planches d’inspirations dialoguent avec les portraits peints de Preljocaj. Tout cela communique, se regarde : l’idée de l’exposition consacrée à Angelin Preljocaj – qui célèbre par la même occasion les trente ans du Ballet Preljocaj – est de proposer une vue sur sa carrière à travers ses costumes de scène, à travers cette créativité visuelle explosive mise au service de la danse, et donc, bien sûr, à travers les collaborations entre artistes.

Il est donc intéressant de noter les grands noms de la création contemporaine qui ont accompagné Angelin Preljocaj : les couturiers Jean-Paul Gauthier et Azzedine Alaïa, les artistes Enki Bilal, Claude Lévêque et Adel Abdessemed, l’architecte Rudy Ricciotti, le musicien Laurent Garnier… Tous ont ce point commun résolument contemporain d’avoir électrisé leur domaine et marqué le public par leur audace. Preljocaj raconte, presque étonné, qu’aucune de ses propositions n’a jamais essuyé de refus : la danse excite toujours la curiosité et l’imagination des artistes qui participent avec plaisir à la mise en œuvre de ses ballets. Dans la conception même de l’exposition, l’idée de collaboration est importante : la scénographe Constance Guisset a mis tout son art au service de la rétrospective d’Angelin Preljocaj, elle qui le connaît déjà si bien pour avoir scénographié nombre de ses spectacles.

Alors voilà trente ans de ballets racontés par les costumes : des robes en voiles, des body en métal, des seins sculptés, d’immenses couvre-chefs, des tissus imprimés, du cuir travaillé… Puisque les costumes ne seront portés que quelques fois, qu’ils ne sont en aucun cas destinés à la vente ou à la séduction, puisque les danseurs ont l’habitude de toujours repousser les limites, toutes les possibilités de la création sont stimulées dans un même hommage à la folie, au corps et aux histoires dansées. On découvre les costumes un à un, ballet par ballet, dressés devant nous avec insolence : impressionnants souvenirs de spectacles passés, ils sont l’image de toute une vie mise au service d’une danse contemporaine extrêmement personnelle, souvent violente, jamais mignonne ni douce.

Parfaitement en phase avec cette impression, le final de l’exposition est tout à fait étonnant. Faisant revivre Helikopter (création de 2013 pour le festival d’Avignon), une installation monumentale reprend le principe de la scénographie de Holger Förterer qui utilise une caméra infra-rouge : chacun des mouvements des visiteurs (initialement, des danseurs) se répercute sur le sol et fait apparaître des mouvement de lumières. Le tout est accompagné d’une projection gigantesque de la captation du spectacle. L’immersion est totale… L’expérience unique. Une seule envie, en sortant : danser, ou aller voir de la danse !

 

Informations pratiques :

Centre National du Costume de Scène
Quartier Villars, Route de Montilly, 03000 MOULINS

Jusqu’au 6 mars 2016
De 10h à 18h (fermeture des salles à partir de 17h45).

Plein tarif : 6 € / Tarif réduit : 3 €
www.cncs.fr

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«Ce que je veux dire, c’est qu’elle avait des yeux où il faisait si bon vivre que je n’ai jamais su où aller depuis.» (Romain Gary, La promesse de l’aube)

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