Nous lançons aujourd’hui la rubrique « 5 questions à », de petites interviews qui nous permettront de partir à la rencontre de musiciens, écrivains, professionnels de la culture, blogueurs… Pour inaugurer cette rubrique, nous avons sollicité Thierry et Hervé Mazurel, du groupe Valparaìso. Tous deux ont eu la gentillesse de répondre à nos questions et de nous parler de leur projet musical qui s’apprête à donner naissance à un album, Broken Homeland, disponible dès le 22 septembre. Nous avons eu la chance de pouvoir l’écouter et on peut déjà vous dire que c’est une vraie merveille. Un premier titre, Marée Haute, est déjà disponible, on vous en parlait d’ailleurs il y a quelques mois dans cet article.

Avant Valparaìso vous avez eu plusieurs groupes (Jack The Ripper, les Fitzcarraldo Sessions…). Comment est née l’envie de créer Valparaìso ?

TM : Il y a eu un certain temps de latence entre la fin de Fitzcarraldo et la naissance de Valparaìso. C’est dans le cadre de la composition d’une b.o. de long métrage (2 temps 3 mouvements de Christophe Cousin) que nous nous sommes remis à composer Hervé et moi-même. Pour enrichir ces compositions, nous avons rappelé Adrien Rodrigue, violoniste de Jack the Ripper et Fitzcarraldo et nous avons contacté le guitariste Matthieu Texier (Les Hurleurs, Theo Hakola) et le batteur Thomas Belhom (AmorBelhom Duo, Tindersticks). Les sessions se sont très bien déroulées, humainement et artistiquement. Nous avons donc continué à travailler ensemble sans fixer d’échéance précise, ni d’objectif à atteindre à tout prix. C’est la genèse de Valparaìso.

HM : C’est drôle. Je m’aperçois finalement que notre mémoire n’a pas fixé les mêmes choses, que nos récits ne sont pas identiques. Pour moi, le lien s’est certes distendu dans l’intervalle, mais nous avons continué à jouer de temps à autre. Avec Adrien notamment, en composant dans le « vide » sans l’absolue certitude qu’on pourrait reconstruire un projet du même type. Mais l’idée demeurait bel et bien là. Plus tard, en 2012, j’ai pris contact à peu près à la même époque avec Thomas Belhom et Matthieu Texier, cette fois bel et bien dans la perspective de monter un nouveau groupe, quoique basé, là encore, sur la rencontre de chanteurs et de musiciens extérieurs. Et il se trouve en effet que la b.o du film a permis ensuite au groupe de se trouver, de se rencontrer vraiment. La version instrumentale de « Low Tides » qui est le générique du film est d’ailleurs pour moi l’une des choses les plus abouties (quoique très improvisée) qu’on ait réalisé. Jamais, à mon sens, nous n’avions su mettre par le passé autant de chaos dans une forme qui sache pour autant rester très mélodique et harmonieuse. On a compris en tout cas ce jour-là que nous avions beaucoup de chance d’être entourés comme nous l’étions.

Quelle est l’origine de ce nom de groupe, « Valparaìso » ?

TM : La musique instrumentale développe assurément l’imaginaire. L’esprit et l’univers cinématographique et photographique se sont naturellement invités dans notre travail. Au cours d’une session de répétition, pendant le petit-déjeuner pour être précis, une amie, la photographe Charlotte Krebs, a mentionné Sergio Larrain, photographe chilien, et nous a montré son travail sur la ville de Valparaìso. Tout a pris sens, comme si ce port fantasmatique devenait notre destination.

HM : Les jours et les semaines qui avaient précédé, nous avions beaucoup cherché. Sans succès et, il faut bien l’avouer, avec une certaine tension. Car il est difficile d’imaginer la charge affective que recèle le choix d’un nom de groupe. L’on y met toujours plus symboliquement que cela ne le mériterait en réalité. Et, au final, il y avait eu pas mal de déçus au fil des jours! Et puis, soudain, l’évidence s’est faite : Valparaiso ou les confins du monde. Le port des sans-attaches et des exilés. Le lieu de tous les brassages. L’imaginaire des bas-fonds mêlé à l’exotisme des lointains. Bref, ça parlait à tout le monde. Chacun s’y projetait sans mal. Et le guitariste Matthieu Texier s’est souvenu soudain de ses aïeux qui s’y étaient expatriés. Les dés étaient jetés !

© Charlotte Krebs

Quelles sont vos influences ?

TM : D’une certaine manière, les premières influences sont venues de l’intérieur. Dans le sens où le style du percussionniste Thomas Belhom et le jeu du guitariste Matthieu Texier ont enrichi et modifié notre manière de jouer (post Jack the Ripper, Fitzcarraldo…)
Thomas Belhom, contrairement à beaucoup de batteurs, joue de manière « horizontale ». Ça ne parlera peut-être pas forcément à chacun, mais en l’occurrence, le placement des autres instruments se fait d’une toute autre manière que sur un jeu plus « vertical », plus rock peut-être. Le jeu de Matthieu (guitare électrique) est aussi très différent de celui de notre ancien guitariste. Il est nettement plus électrique et « bruitiste » par moments. Tout ça fait que de nouvelles influences peuvent surgir, mais vous en citer une en particulier, je ne saurais pas qui évoquer…

HM : J’avoue qu’aujourd’hui il ne nous arrive plus de raisonner vraiment en ces termes. Non pas que nous n’ayons pas d’influences évidemment. Au contraire, nous en avons eu beaucoup et de très marquantes. Mais il arrive un moment où, au fil de décennies de musique (déjà !), et à force d’un subtil mélange de mimétisme et de distinction, l’on finit par s’approprier ces héritages au point de ne plus totalement les reconnaître lors même qu’ils sont là. A l’état latent. C’est au fond quelque chose d’assez fantômal. Une sorte de présence dans l’absence. Une forme de hantise, en somme. Mais il reste qu’à regarder les invités de « We hear voices ! » et de « Broken Homeland », l’on en trahit quand même un certain nombre, non ?

Vous avez pu collaborer avec de nombreux chanteurs. Pouvez-vous nous parler d’une rencontre qui vous a particulièrement marquée ?

TM : Je suis ravi de la rencontre avec Shannon Wright. Nous devons sa présence sur le disque à Renaud de Foville (le Cargo) qui a fait la liaison entre elle et Valparaìso. C’est une personne timide, sauvage, discrète et très expressive. Tout ça dans un seul corps, une seule tête. Elle nous a rejoint à Bristol où nous avions commencé l’enregistrement de l’album. Il y a toujours cette ambiance un peu particulière au début des rencontres… Politesse, gêne, curiosité. Il faut s’apprivoiser et c’est exactement ce qui s’est passé avec Shannon. La confiance et la compréhension se sont immiscés petit à petit pour arriver à des moments de réelle complicité, sans beaucoup de mots d’ailleurs. Et puis cela va sans dire, mais la voir et l’entendre chanter est un ravissement.

HM : Difficile de choisir évidemment. Je crois que la rencontre avec John Parish a compté parmi les rencontres les plus marquantes de ce disque. Car il n’en fut pas seulement le producteur ; il s’y est fait aussi musicien (guitares et batteries) et chanteur inspirés. Or, le voir travailler au quotidien, avec cette grande égalité d’humeur, cette constante attention aux autres, cette ouverture permanente à l’inédit et au bizarre, mais aussi ce savoir toujours sûr et serein de celui qui a tant de grands disques derrière lui, j’avoue que, au final, ça nous a donné beaucoup de confiance et de foi. D’autant qu’il en faut pour aller au bout de ce genre de projet un peu fou…

Avez-vous une chanson fétiche ou que vous écoutez particulièrement en ce moment et que vous aimeriez partager avec les lecteurs de Culturez-vous ?

TM : Ce n’est ni très récent ni très gai, mais j’écoute en boucle le disque Alina d’Arvo Pärt qui est aussi la bande originale du film Gerry de Gus Van Sant. C’est vraiment très joyeux !

HM : L’obsession du moment est une veille obsession, soudain ressortie du placard le week-end dernier par Ludovic Morillon, le batteur de notre tournée à venir : « Tropic of love » de The Black Heart Procession. Je peine à me lasser de ce morceau…

Merci encore une fois à Hervé et Thierry. Vous pouvez suivre Valparaìso sur Facebook. Le groupe sera par ailleurs en concert le 21 novembre au Café de la Danse.

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Jeune trentenaire et vieux blogueur. Fondateur de Culturez-vous et organisateur de l’association "Un Soir, un Musée, un Verre". Flâneur professionnel et éternel curieux.

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