Yves Saint Laurent. Un film sur lequel on pourrait avoir quelques réserves – « Ça ne parlera que de mode, ça ne m’intéresse pas », « un film de plus qui fera l’éloge de l’homosexualité »… – mais qui mérite à plus d’un titre d’être découvert. Loin de tomber dans les stéréotypes ou la facilité, cette œuvre superbe nous fait avant tout vivre 20 ans d’une grande histoire française, une formidable histoire d’amour et la vie avec un génie, un génie malade mais incroyablement talentueux.
Retour sur l’avant-première d’Yves Saint Laurent, en présence du réalisateur, Jalil Lespert et des deux acteurs principaux, Pierre Niney et Guillaume Gallienne.

 

Bande-annonce :

 

 

Yves Saint Laurent film affichePour porter ce film, un tandem d’acteurs de la Comédie Française ayant chacun fait la surprise en 2013 : Pierre Niney, révélé dans 20 ans d’écart avec Virginie Efira joue un Yves Saint Laurent incroyable de précision ; Guillaume Gallienne, récemment découvert dans Les Garçons et Guillaume à table, lui donne la réplique en tant que Pierre Bergé, l’amour de sa vie. Outre l’alchimie visible entre les deux comédiens, le choix du réalisateur n’est pas anodin : il avait besoin d’acteurs avec « une conscience du travail, capables de s’approprier les personnages, qui n’allaient pas avoir peur ». D’acteurs dont la formation classique les rendrait capables de s’approprier le langage des personnages, de vivre et interpréter cette histoire d’amour sur un degré supérieur.

La performance finale est tout simplement épatante : Pierre Niney, qui confie « avoir vécu avec Yves Saint Laurent » pendant plusieurs mois (cinq mois avant de jouer, puis deux mois de tournage et un mois pour s’en remettre et quitter ses habitudes, acquises « comme on prendrait un accent »), en lisant, regardant, observant, écoutant le créateur chaque jour et s’isolant toujours plus, est métamorphosé : la voix, les expressions, la manière de parler, la gestuelle… rien ne manque. Son travail est d’autant plus intéressant que le film se déroule sur vingt ans, avec toutes les évolutions que cela entraine chez Yves Saint Laurent dans sa manière d’être (on remarquera d’ailleurs que Jalil Lespert a également su prendre en compte cette dimension, la manière de filmer se faisant plus contemporaine au fur et à mesure de l’avancement du film).

 

Invalid Displayed Gallery


 

Guillaume Gallienne réalise une performance non moins louable : Pierre Bergé, cet homme « qui n’a jamais marché devant YSL », au dévouement sans limite malgré les épreuves – l’artiste est diagnostiqué maniaco-dépressif dès l’âge de 22 ans – est un rôle qui l’a à la fois enrichi et fragilisé. Violente, complexe, intense, leur histoire d’amour est filmée sans détour, et Guillaume Gallienne, encore ému aujourd’hui, s’est énormément impliqué. Il se compare ainsi à un récipient, de par tout ce qu’il a encaissé pendant le tournage, au point de se demander comment Pierre Bergé a lui pu supporter cela pendant 50 ans, lui qui en a perdu 5 kg en deux mois.

Au-delà de la qualité du jeu d’acteurs, la découverte de l’artiste précurseur qu’était YSL est passionnante. Cet homme, timide, en quête éternelle de la beauté, était d’une délicatesse et d’une sensibilité incroyable, tout en n’ayant que faire du politiquement correct. On citera notamment le port du pantalon que les femmes lui doivent, détail du vestiaire féminin paraissant si indispensable aujourd’hui, et pourtant acquis depuis 1967 seulement.

Ressortent aussi son immense respect pour tous ceux travaillant à ses côtés et son sens profond du savoir-faire, de l’artisanat et du collectif, qui ont donné à sa maison de couture, très familiale dès le départ, une dimension humaine toujours conservée. Ses collaborateurs, des personnes ayant passé leur vie à ses côtés, ont ainsi beaucoup aidé l’équipe dans la réalisation de ce film, en témoignant sur l’artiste. Les portes de la Fondation Pierre Bergé – Yves Saint Laurent leur ont également été ouvertes, permettant d’utiliser des robes et des dessins uniques au monde.

 

Il faut être un artiste pour faire (la mode) comme tu le fais

 

Mais surtout, ce film dépasse le côté « papier glacé » de la mode, en en montrant toute la dimension artistique. En effet, si la mode est rarement perçue comme un art majeur, « il faut être un artiste pour la faire comme tu le fais » disait Pierre Bergé à YSL.

Enfin, le rapport aux femmes est une thématique essentielle du film : habiller les femmes a été la passion d’une vie pour YSL. Au cœur de son œuvre, une muse, Victoire (interprétée brillamment par Charlotte Le Bon), pour qui il dessinera inlassablement, même une fois leur relation brisée.

 

Il n’y a ni bourreau ni victime, ou alors deux bourreaux et deux victimes.

 

Bien sûr, ce talent et cette quête insatiable de la perfection ont un prix, et le film ne cache pas l’envers du décor ni les souffrances d’YSL (drogue, alcool, errances, tromperie…), malgré toutes les tentatives de Pierre Bergé de le protéger, au risque de passer pour un tyran, ce à quoi il rétorquait « Il n’y a ni bourreau ni victime, ou alors deux bourreaux et deux victimes. »

D’ailleurs, ce dernier, qui avait bien sûr lu le scénario, et savait donc qu’il s’agissait de personnages de fiction et qu’il n’y retrouverait pas exactement SA vérité, a été profondément bouleversé par le film ; preuve s’il en fallait, de la justesse de l’interprétation.

Comme le fera remarquer une spectatrice à l’issue du film, Jalil Lespert, Pierre Niney et Guillaume Gallienne sont de véritables « couturiers de l’émotion ». Ils peignent ici un magnifique tableau, celui du destin exceptionnel d’un grand artiste et de son couple, dont il est vertigineux de voir tout ce qu’ils ont pu accomplir ensemble, tout en se demandant ce qu’ils auraient fait s’ils ne s’étaient jamais rencontrés.

L’on soulignera par ailleurs la qualité de la photographie tout au long du film, de même que la performance d’un certain nombre d’acteurs secondaires et la qualité de la bande-son, que l’on doit à Ibrahim Maalouf.

Un seul conseil donc : courir voir ce film, sans a priori ni préjugé, dès le 8 janvier !

 

Sortie le 8 janvier 2014 – 1h40
Réalisateur : Jalil Lespert
Acteurs principaux : Pierre Niney, Guillaume Gallienne, Charlotte Le Bon

 

Passionnée de culture : photographie, musique, cinéma, théâtre, voyage… j’aime découvrir et partager mes impressions par les mots et les photos. Depuis que Paris est devenue « ma » ville, pas une journée ne passe sans que je ne m’émerveille de sa beauté et de la multiplicité des possibles…

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.