Au Musée de Cluny, on n’a pas de place, mais on a des idées. C’est dans le frigidarium des thermes antiques que se tient la nouvelle exposition du Musée national du Moyen Âge, pour le plus grand ravissement de nos mirettes. Il est difficile de décider ce qui frappe le plus au premier abord : le pari surprenant d’une scénographie très imposante ou la projection sur la voûte du frigidarium d’une constellation de Dürer. En ce qui concerne la scénographie, le plus simple est certes de voir par soi-même,  mais on pourrait la résumer ainsi : une structure de bois qui donne la sensation de se promener entre les courbes de niveau d’une carte, ou au milieu d’un relevé stratigraphique grandeur nature.

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La contrainte que s’est imposé le commissaire, Michel Huynh, était de n’avoir que des objets en lien étroit avec le voyage et non de simples représentations. Les pièces présentées dans l’exposition ont donc véritablement voyagé durant le Moyen Âge et elles nous emmènent dans leur sillage. Le visiteur doit alors cheminer entre des objets emblématiques. Depuis les choses les plus nécessaires (chaussures, selles, médailles de saint Christophe) aux plus exceptionnelles (Codex Amiatinus). Si chaque déplacement prenait assez rapidement la forme d’une expédition, il faut bien se garder de l’image d’un Moyen Âge immobile. Preuves en sont les rotuli, ces manuscrits funéraires qu’une abbaye faisait circuler à l’occasion de la mort d’un abbé ou d’un prieur. Les autres communautés monastiques rédigeaient à la suite du faire-part de décès un mot sur le défunt (pas nécessairement positif d’ailleurs) et promettaient de prier pour lui. Ces rouleaux ont donc voyagé à travers toute l’Europe, dans ces centaines d’abbayes.

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L’intérêt de cette exposition réside enfin dans le détail de chaque œuvre présentée. Certains éléments, que l’on pourrait penser anecdotiques, sont au contraire révélateurs d’une actualité saisissante. Par exemple, si tout le monde connaît la croisade, les traces matérielles de cette dernières sont très peu nombreuses. Le manque était tel, que des historiens et des archéologues se sont laissés bernés, comme avec la croix pectorale que montre l’exposition, présentée au XIXe comme provenant de la bataille d’Hadji-Bouzan, qui en réalité n’existe pas. Le « compte détaillé des dépenses engagées par l’abbaye d’Ambert pour l’achat d’une rente », sorte de note de frais d’abbaye, est assez amusante car on y lit que les moines n’ont pas oublié de demander le remboursement du vin bu durant le voyage.

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La nouvelle exposition du Musée de Cluny emboîte donc les échelles et balaye le large spectre de la société médiévale pour offrir un panorama du Moyen Âge en mouvement. Et si chaque exposition est déjà une invitation au voyage, celle-ci ne manque pas d’exciter l’imagination grâce à une présentation qui allie originalité, humour et clarté.

 

Informations Pratiques :

 

Musée de Cluny
6, place Paul-Painlevé (Paris, 5e)

Jusqu’au 23 février 2015
Tous les jours, sauf le mardi, de 9h15 à 17h45

Tarif plein : 9 € / Tarif réduit : 7 € / Gratuit pour les moins de 26 ans

 

Fils posthume, caché et renié du Régent et de la Mère Angélique Arnauld, j’en ai hérité certains traits de caractère. Amateur d’art contemporain (c’est Antoine qui m’a dit de mettre ça), d’humour potache et de littérature latine. Je n’aime pas les gens qui commencent leurs phrases par « Vous n’êtes pas sans ignorer… »

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