Louxor – Paris : itinéraire maritime d’un voyageur hors norme
ou Quand les monuments millénaires s’avisaient de faire un petit tour en mer

 

Nous connaissons tous l’obélisque qui se dresse fièrement au centre de la place de la Concorde. Le monument est si ancré dans le paysage parisien que nous pouvons passer devant lui sans plus le remarquer. Le voyage qu’il a effectué pour arriver jusque-là s’apparente pourtant à une véritable épopée…

Cette histoire, le musée national de la Marine se charge de nous la raconter dans sa dernière exposition, présentée jusqu’au 6 juillet. Elle permet de retracer le voyage de l’obélisque à bord du Luxor , de l’embouchure du Nil jusqu’au Havre. Cette traversée durera plus de six ans. Elle sera parsemée d’embûches et de difficultés techniques à résoudre. L’expédition ne fut en effet pas de tout repos ; on s’en aperçoit bien vite dès les premiers plans échafaudés pour construire le navire, ensuite au fil des anecdotes racontées par les hommes de l’équipage. A n’en pas douter, Jules Verne aurait pu s’en inspirer pour écrire l’un de ses romans  !

 

Le Sphinx remorquant le Luxor
Le Sphinx remorquant le Luxor,
François Roux (1811-1882),
aquarelle sur papier, vers 1880/82
© Galerie Delalande, le Louvre des antiquaires. Paris

 

Portrait de Léon de Joannis
Portrait de Léon de Joannis (1803-1868).
Anonyme, pastel sur carton, vers 1834.
© Collection particulière/ Musée national de la Marine/A. Fux

La richesse de l’exposition réside dans la variété des objets présentés : maquettes, aquarelles et carnets de bords de l’époque ainsi que des pièces archéologiques rapportées permettent de se plonger dans cette expédition du XIX e siècle. Le spectateur se laisse alors littéralement embarquer dans l’aventure, jalonnée de rebondissements, tous plus romanesques les uns que les autres. Cette immersion vous sera d’autant plus facile si vous téléchargez l’application multi plateforme créée pour l’occasion. Elle propose deux parcours différents : un destiné aux plus jeunes, et un autre, ‘‘Témoignages’’, qui permet d’avoir accès aux récits des voyageurs, comme ceux du très attachant second du Luxor , Léon de Joannis. Ces manuscrits, lettres ou carnets de bords, accessibles en temps normal sur le site Gallica (site de numérisation de la BnF) vous accompagnent au moment de la visite. Vous pouvez ainsi déambulez et vivre le temps de l’exposition cette réalité historique augmentée, pour ainsi dire.

Nous avons rarement l’occasion d’appréhender, et souvent mal, la folie douce, scientifique, littéraire, ethnographique et égyptomaniaque de nos ancêtres… C’est le pari réussi du musée national de la Marine qui permet de voir ce que les aventures humaines, aussi insensées soient-elles, ont de remarquables. L’érudition et la clarté du parcours muséographique rend un bel hommage à celle de l’obélisque de Louxor.

 

Érection de l’Obélisque de Louxor
Érection de l’Obélisque de Louxor,25 octobre 1836,
détails, aquarelle. Cayrac, 1837
Dépôt du musée du Louvre © Musée national de la Marine/P. Dantec

 

La présence de ce dernier fait désormais partie des évidences urbanistiques mais n’en demeure pas moins l’objet de possibles débats. En tant qu’héritage de l’impérialisme français, elle peut déranger. Néanmoins, la plupart des prélèvements d’obélisques égyptiens datent en réalité de l’époque impériale de Rome (27 avant J.-C.-476 après J.C.) et se trouvent donc au cœur de la Ville Eternelle. Trois prélèvements seulement, -en comparaison des pillages romains- eurent lieu au XIXe  : les obélisques ont été acheminés vers les trois capitales des pays occidentaux hégémoniques du temps de la Révolution industrielle. Paris donc, Londres (quai Victoria) et New York (Central Park) ont été dotées de ces majestueux monolithes.

Place de la Concorde
Place de la Concorde
© Musée national de la Marine/A. Fux

Sous la pluie parisienne, le monument aux pierres sans voix, condamné à tout voir depuis son pyramidion d’or, nos errements et nos peines, doit se souvenir… des sacrifices (des enfants de Louxor travaillaient sur le chantier d’abattage de l’obélisque et un grand nombre de matelots ont été victimes de maladies) et de l’obstination des ingénieurs et navigateurs français qui lui ont fait vivre de telles aventures… ainsi que du soleil accablant de la Vallée des Rois. On se prend à rêver d’une correspondance entre l’obélisque parisien et son frère jumeau, également offert à la France par Méhémet-Ali, vice-roi d’Egypte, en 1830, mais jamais transporté, au vu de la gageure que cela représentait ! Il a d’ailleurs finalement été restitué à l’Egypte en 1981. Entre celui-ci et son homologue parisien, les nouvelles du temps qu’il fait ne doivent pas être les mêmes…

Si vous avez le cœur vaillant et l’âme curieuse, nous ne pouvons que vous conseiller de vous rendre au musée de la Marine, 17, place du Trocadéro, et vous lancer vous aussi sur les traces de cette expédition.

 

Bande annonce de l’exposition :

 

 

Informations pratiques :

 

Le voyage de l’Obélisque – Louxor / Paris (1829-1836)
Du 12 février au 6 juillet 2014
Musée de la Marine de Paris

17 place du Trocadéro

Lundi, mercredi, jeudi, vendredi : 11h-18h
Samedi et dimanche : 11h- 19h

Tarif plein :10 € / Tarif réduit : 8 €
Audioguide inclus dans le droit d’entrée

Plus d’informations sur le site officiel

 

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Comments to: Le Voyage de l’Obélisque au Musée National de la Marine
  • […] Le voyage qu’a effectué l'Obélisque pour arriver jusqu'à la place de la Concorde s’apparente à une véritable épopée à découvrir dans l'exposition du Musée de la Marine  […]

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