De l’art contemporain au Musée du Louvre !

C’est une exposition inédite qui prend place en ce moment au musée du Louvre, du 24 Septembre 2015 au 4 Janvier 2016. « Une brève histoire de l’avenir », tirée de l’essai éponyme de Jacques Attali, met en regard des œuvres anciennes avec, chose rare au Louvre, des œuvres contemporaines, certaines créées exprès pour l’occasion. Parmi les plus incongrues dans un lieu où elles ne sont d’ordinaire pas à l’honneur figurent les deux gigantesques réseaux de toiles…d’araignées, créées par les tisseuses octopodes de Tomàs Saraceno, images poétiques de nos sociétés en réseau (les araignées n’y sont plus, rassurez-vous). Le pendant de cette exposition, « 2050, une brève histoire de l’avenir », a lieu en parallèle à Bruxelles, aux Musées Royaux des Beaux-Arts de Belgique.

Tomas Saraceno Hybrid Solitary
Tomàs Saraceno (né en 1973), Vue de l’exposition « Hybrid Solitary…Semi Social Quintet…On Cosmic Webs… » à Tanya Bonakdar Gallery et à la Biennale d’architecture de Chicago, 2015, Soie d’araignée, fible de carbone, éclairage, trépied. Atelier de l’artiste. ©Tomàs Saraceno

 

Le propos de l’exposition

C’est assise en tailleur sur des bases de colonnes de maisons chinoises (œuvre de l’artiste Ai Wei Wei) en compagnie de Jacques Attali, et des deux commissaires de l’exposition, Dominique de Font-Réaulx et Jean de Loisy, que j’ai commencé la visite spéciale blogueurs. Cet espace de parole qui clôt l’exposition en montre l’ambition : éveiller les consciences, ouvrir un débat. Se voulant véritable projet politique, elle se pose en « vigile de l’avenir » pour reprendre les termes de Jacques Attali. Elle vient compléter le propos de son livre pour nous faire prendre conscience de la fragilité du monde, de nos vies, afin que nous rappelant notre statut d’acteur nous puisions dans cette connaissance « la force de faire de ce monde un lieu de beauté et d’avenir ».

 

Prédire l’avenir pour éviter une 3ème guerre mondiale

Dans son essai, Jacques Attali retraçait l’histoire de l’humanité en dégageant ce qu’il appelle les grands « invariants » que sont la recherche du pouvoir, de la guerre et de l’amour, l’alternance entre mode de vie sédentaire et mode de vie nomade, la naissance et le déclin systématique des empires, et la conquête de la liberté. En s’appuyant sur ces observations, il conclut l’existence de lois auxquelles l’Histoire obéirait. Ces lois lui permettraient de prévoir le déroulement des 40 prochaines années au moins, espérant que cette connaissance puisse nous permettre d’éviter le pire : une 3ème guerre mondiale terriblement destructrice qu’il prévoit pour 2035 !

Thomas Cole, Le Destin des empires. La Destruction
Thomas Cole, Le Destin des empires. La Destruction, 1836, collection de la New York Historical Society. ©The New York Historical Society

L’exposition du Louvre illustre ces récurrences de l’histoire en proposant au visiteur un véritable voyage dans le temps au gré de sa déambulation. 4000 ans d’histoire sont résumés au travers de quatre grandes thématiques (l’ordonnancement du monde, les grands empires, l’élargissement du monde et le monde contemporain polycentrique) mises en relief par des œuvres choisies. Le cycle historique Le Destin des empires de Thomas Cole (1830) présenté au complet en France pour la première fois montre ainsi la grandeur et la décadence des empires qui se succèdent. Ce parcours doit permettre d’engager une réflexion avertie sur l’avenir, aidée par l’éclairage apporté par les œuvres contemporaines.

 

Le rôle de l’art et du musée : lieu d’aujourd’hui et de demain ?

Averroès Grand commentaire sur Aristote
Averroès (1126-1198), Grand commentaire sur Aristote. De anima (traduction de Michel Scot vers 1230), manuscrit sur parchemin, Paris, BNF. ©Bibliothèque nationale de France

Cependant l’exposition ne s’arrête pas à l’illustration de l’essai de J. Attali : comme nous le confient les commissaires de l’exposition, l’ensemble a été conçu comme un « pas-de-côté » qui permet de considérer l’apport spécifique de la création artistique dans cette réflexion sur le passé, le présent et l’avenir. Dominique de Font-Réaulx nous dit vouloir faire du musée un lieu « d’aujourd’hui et de demain ».

Ainsi une partie réservée à la transmission du savoir met en parallèle des manuscrits rares tels que le Grand commentaire sur Aristote d’Averroès (1126-1198), prêté au Louvre par la Bibliothèque nationale de France et les ikebana (compositions tirées de l’art floral japonais) de l’artiste contemporaine Camille Henrot symbolisant chacun un de ses ouvrages préférés dans la littérature occidentale, comme la composition aux teintes douces évoquant Salammbô de Gustave Flaubert, présentant des fleurs d’hortensia bleu dans un petit pot de céramique blanche, auréolées du rayonnement d’une feuille de palmier de méditerranée. Ces compositions florales deviennent un commentaire poétique des œuvres littéraires dont elles font ressortir par leur caractère éphémère la fragilité, mettant en évidence la nécessité de la préservation et de la transmission du savoir.

Cette fragilité des œuvres est évoquée à plusieurs reprises tout au long de l’exposition, mais c’est avec les fragments torturés d’une statue de bronze, l’Ombre, de Rodin, retrouvés dans les gravats des Twins Towers, qu’elle prend peut-être le plus de force en s’enracinant profondément dans l’actualité. En filigrane c’est la question du statut des œuvres et du musée dans le monde de demain qui se pose : doit-on considérer les œuvres du passé comme des simples vestiges, des ruines, ou comme les fondations de l’avenir ?

Auguste Rodin, L'ombre
Auguste Rodin (1840-1917), L’Ombre, fragment de l’original. © Cantor Fitzgerald

 

Mon avis

La démarche engagée par le musée du Louvre, bien qu’intéressante, me parait inaboutie.

N’ayant pas lu le livre de monsieur Attali, ni d’autres analyses complémentaires, je ne me risquerai pas à juger la teneur du discours qui est tenu ici. Ses propos, s’ils sont alarmistes et radicalement précis, me semblent tout du moins correspondre avec les préoccupations actuelles. Du côté de la muséographie, des efforts notables ont été fait pour proposer un parcours ludique et de qualité, avec un petit film, des œuvres contemporaines frappantes, des œuvres anciennes choisies, et une diversité de supports artistiques qui empêchent la monotonie de s’installer.

Cependant il ne suffit pas de montrer des œuvres contemporaines attractives et de prédire un scénario catastrophe pour toucher le plus grand nombre : encore faut-il traiter les choses avec pédagogie, que chacun ressorte en ayant appris quelque chose, que chacun emporte avec soi une petite pépite de connaissance, de celles que l’on garde précieusement et dont l’on ne cesse de s’émerveiller.

J’ai trouvé l’ensemble de l’exposition bien trop riche et trop complexe pour cela : voulant en avoir une idée claire afin de pouvoir écrire cet article, j’ai dû m’astreindre à en faire le tour plusieurs fois en prenant des notes, et ce malgré les explications données par monsieur Attali. Que l’on s’attache à comprendre comme je l’ai fait, ou que l’on déambule au contraire sans souci d’exhaustivité, on retiendra sans doute une impression assez brouillonne et peu marquante.

Pour un projet qui se veut politiquement retentissant, on passe à côté du but premier : l’alerte du vigile de l’avenir risque de se perdre dans une argumentation qui voulant trop en dire, se disperse et verse dans un élitisme involontaire. Une plus grande simplicité, plus de partis pris, un fil conducteur plus fort auraient peut-être permis d’élaguer, tout en apportant plus de profondeur et d’intérêt aux sujets abordés.

 

Informations pratiques :

Musée du Louvre (Paris 1er)

Du 24 septembre 2015 au 4 janvier 2016
Tous les jours, sauf le mardi, de 9 h à 18 h.
Nocturnes les mercredi et vendredi jusqu’à 21h45.

15 €

Rome, au mois d’août, sur la Via Appia. Il est 18h, les ombres des cyprès s’allongent et les reliefs des monuments prennent vie dans le clair-obscur qui s’installe. Je m’approche de mes sœurs fascinées par le spectacle et souffle : « et là, y’a deux romains en toge qui passent… ». L’illusion se fait, nous nous croyons revenues au 1er siècle avant notre ère. Un peu de magie s’est glissée dans le voyage. C’est cette magie que je cherche partout, dans les livres, les villes, les musées… et c’est elle que j’aimerais partager dans mes articles. Rêvons ensemble !

2 COMMENTAIRES

  1. Tout à fait d’accord avec votre analyse. Je suis resté à peine une demie heure en tournant en rond, en lisant les cartels pleins de mots pompeux et vides. Impossible de comprendre ce que les auteurs de l’exposition ont voulu exprimer. Peut être parce que justement le concept est par trop fumeux pour être intelligible. Et Jacques Attali qui a déjà dit tout et son contraire sur des tas de sujets et passe sa vie à se tromper avec brio n’est surement pas un penseur suffisant pour bâtir une expo autour de lui. Tout le monde ne peut pas avoir le brio de Simon Schama dans « The American Future: A History », merveilleuse série de la BBC sur l’histoire du futur rêvé des USA. Un très grand raté.

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