Ce jeudi 15 octobre, Sotheby’s va mettre en vente une partie des livres et manuscrits issus de la bibliothèque de Stéphane Mallarmé. Parmi les 283 lots, celui qui est le plus attendu et estimé entre 500 000 et 800 000 € – excusez du peu ! – est une maquette du célèbre poème “Un coup de Dés jamais n’abolira le Hasard”, alors intitulé dans cette ébauche, “Jamais un coup de Dés n’abolira le Hasard”.

En mai 1897, ce poème vient de paraître chez Cosmopolis mais le format, très exigu, ne satisfait pas Mallarmé qui aspire d’une nouvelle forme typographique. À la même période, le galeriste Ambroise Vollard ambitionne de publier des éditions illustrées et propose au poète d’éditer l’un de ses textes accompagné d’illustrations d’Odillon Redon pour en faire “la plus belle édition du monde”. Mallarmé lui confie donc cette maquette manuscrite du coup de dés.
Sur cette maquette, on voit que Mallarmé avait une idée précise de la mise en page qu’il désirait. Rien n’est laissé au hasard : marges, majuscules, italiques, décalages, alignements, interlignes… le poète a pris soin de tout annoter pour que l’imprimeur Firmin-Didot comprenne au mieux son souhait. En découvrant le document, ce dernier aurait dit à Vollard “C’est un fou qui a écrit ça !”

De cette maquette, Firmin-Didot présentera une vingtaine de jeux d’épreuves, dont cinq sont également en vente chez Sotheby’s. Après de multiples échanges, Mallarmé est satisfait du résultat, il ne reste plus qu’à choisir les illustrations d’Odilon Redon mais le décès du poète le 9 septembre 1898 met fin aux travaux. En 1900, Vollard voulut tout de même imprimer l’ouvrage mais Firmin-Didot, peu convaincu par le projet, avait détruit les formes typographiques. La plus belle édition du monde ne vit donc jamais le jour, il n’en reste que les jeux d’épreuves.

L’impression en double page, correspondant au souhait de Mallarmé, ne viendra qu’en 1914 chez Gallimard. Cette édition s’est efforcée de rester fidèle aux souhaits de Mallarmés en s’inspirant des épreuves d’imprimeries de 1897.

Si ce poème a autant marqué les esprits c’est que sa mise en page est révolutionnaire : le fond et la forme vont ensemble. Paul Valéry le voyait comme une “partition d’orchestre” et précise “Nul encore n’avait entrepris, ni rêvé d’entreprendre, de donner à la figure d’un texte une signification et une action comparables à celles du texte même”.

Ce manuscrit est à voir chez Sotheby’s les 12, 13 et 14 octobre, de 10h à 18h
Vente le 15 octobre, première session à 10h30, seconde session à 14h30

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Jeune trentenaire et vieux blogueur. Fondateur de Culturez-vous et organisateur de l’association "Un Soir, un Musée, un Verre". Flâneur professionnel et éternel curieux.

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