La seule évocation de Truffaut fait surgir des musiques, des extraits de films, des noms d’acteurs que l’on soit ou non cinéphile ou truffaldien averti. Qui n’a jamais entendu le tourbillon de la vie, le nom d’Antoine Doinel ou Les Quatre Cent Coups ?
Comment alors exposer Truffaut, le rendre à nouveau vivant et donner envie à la jeune génération de voir ses films sans que ceux-ci les classent dans le cinéma de papa ? En nous faisant connaître la personne même de Truffaut et les profondes blessures qui l’on amené à la critique et à la réalisation, en nous plongeant dans ses films sans pour autant nous les dévoiler et en faisant intervenir justement la jeune génération.
Voilà, en quelques mots, le synopsis de l’exposition et les promesses que réussi à tenir la cinémathèque pour nous donner plus que jamais envie de revoir Truffaut et de lui rendre ainsi le plus beau des hommages : voir ou revoir ses films. Après ce préambule entrons dans l’exposition, sans vous la dévoiler mais en vous donnant quelques clés qui ne manqueront pas, nous l’espérons, d’éveiller votre curiosité.

Dès l’entrée on est accueilli par des photos, de la musique, des vidéos et des documents exposés tels des oeuvres qui sont autant de repères sur Truffaut, son cinéma et ce que l’on verra au cours de l’exposition.
L’exposition se déploie en plusieurs tableaux d’abord chronologiques puis thématiques. L’ordre chronologique et l’enfance de Truffaut ont une importance primordiale pour comprendre son cinéma. Son premier long métrage, Les Quatre Cent Coups se révèle alors quasi autobiographique, l’école buissonnière symbolisée par le cartable laissé derrière une porte cochère dans le film se matérialise dans le premier tableau de l’exposition consacré à l’enfance du réalisateur. Ce temps que le jeune Truffaut ravit à l’école, il l’emploi à forger sa culture cinématographique. Le cinéma est alors un refuge face à des parents indifférents : non désiré, élevé en nourrice puis chez sa grand-mère, il est finalement recueilli par sa mère et son beau père qui n’hésitent pas à le laisser seul pour sortir le soir ou partir en week-end. Il commence à aller au cinéma le soir après le départ de ses parents, sans vraiment apprécier le film, dans l’angoisse de rentrer avant eux. Voir des films pendant les heures de cours en compagnie de son camarade de classe Robert Lachenay se révèle bien plus facile. Le cinéma devient une véritable passion, n’hésitant pas à revoir les films et à les collectionner de manière quasi boulimique. Cet amour du cinéma le conduit au bord de la délinquance quand il crée le cercle Cinémane et qu’il ne peut tenir la promesse de projection de film qu’il avait faite à ses adhérents et ne peut les rembourser. Son beau-père le livre alors aux autorités, s’ensuit son séjour au centre d’observation des mineurs délinquants de Villejuif. Instrument de sa perte, le cinéma est aussi et surtout celui de son salut. Il lui fait rencontrer André Bazin, fondateur des Cahiers du cinéma, père de substitution qui va l’aider à s’émanciper de ses parents et lui ouvrir les portes de la critique.

Jean-Pierre Léaud dans Les Quatre Cents Coups de François Truffaut, 1959. Photographie André Dino © André Dino / DR
Jean-Pierre Léaud dans Les Quatre Cents Coups de François Truffaut, 1959. Photographie André Dino © André Dino / DR

Après l’école et les précieux documents de Truffaut enfant, l’ordre chronologique se poursuit avec Truffaut critique et Truffaut cinéaste. C’est en forgeant sa critique que vient l’idée de faire du cinéma, il ne s’agit plus alors d’émettre un point de vue mais de penser à comment tel ou tel plan devrait être fait. Ce passage à la réalisation passe par un court métrage les Mistons puis un long métrage salué par le prix de la mise en scène au festival de Cannes : Les Quatre Cent Coups. Si la chronologie de Truffaut est, comme nous l’avons vu, indispensable, les films sont omniprésents, leur son, leur musique, baigne l’exposition : musique des Quatre Cent Coups, personnage d’Antoine Doinel répétant son nom comme une litanie dans Baisers Volés, nous plongeant dès l’entrée dans l’atmosphère des films avant même d’en parler. Autre élément récurent : Jean-Pierre Léaud et son personnage d’ Antoine Doinel, le double de cinéma, ses essais, font face au bureau de Truffaut reconstitué et c’est lui qui introduit le volet thématique de l’exposition par son éducation sentimentale. Ici, tendez bien l’oreille car Truffaut vous parle à travers une radio posée sur le bureau. La thématique se poursuit alors par la passion amoureuse et les femmes. Truffaut, l’homme qui aimait les femmes et a si bien su les mettre en valeurs, voit ici son travail magnifié par un mur de vidéos et d’images montrant tour à tour extraits et photos. On est étourdi par les films et le nombre de documents venant les éclairer. La phrase de Truffaut prend ici alors tout son sens :

 

Le cinéma est un art de la femme, c’est à dire de l’actrice. Le travail du metteur en scène consiste à faire faire de jolies choses à de jolies femmes.

 

A la passion suivent la musique et l’enfance dans deux salles intimistes à ne pas manquer. On poursuit avec le travail et l’évocation de sa société de production. Les films du carrosse, et les dossiers bleus où étaient rangés tout ce qui avait trait à ses réalisateurs favoris : Hitchcock, Renoir, Ophuls, Guitry… Vient alors Truffaut et son rapport au monde, les voyages qu’il consentait à faire lors de la sortie de ses films, alors qu’il n’était pas un grand voyageur. Son seul film étranger, Fahrenheit 451 est une adaptation de la nouvelle de Ray Bradbury, dépeignant une société totalitaire où la lecture est un acte de rébellion, sujet qui ne pouvait que plaire au cinéaste féru de livre dès l’enfance. L’étranger c’est aussi sa rencontre avec Helen Scott, chargée de la promotion du cinéma français aux États-Unis, qui l’aidera dans son colossal projet de livre sur Hitchcock, devenu depuis une bible pour les cinéphiles. Un dernier son alors capte notre attention, celui de Rencontre du troisième type de Steven Spielberg qui fit connaître au monde entier la silhouette de Truffaut acteur. Après les succès de Truffaut à l’étranger s’ouvre un dernier tableau sous forme d’hommage des jeunes acteurs au maître.

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Oskar Werner dans Fahrenheit 451 de François Truffaut, 1966. Photographie Norman Hargood © Norman Hargood

Riche et foisonnante, l’exposition rend hommage sans dévoiler les films, elle ravira les fans de Truffaut par les nombreux documents, scénarios annotés de sa main, photos de tournages… et conviendra aussi bien au non truffaldien en donnant de précieuses clés sur son oeuvre. L’âme de Truffaut y plane bienveillante et amusée sûrement par ces acteurs et actrices de la jeune génération qui se prête au jeu de Truffaut au présent dans la dernière partie. La musique des films de Truffaut nous accompagne au sortir de l’exposition, ritournelle qui va nous rester en mémoire sur le chemin du retour. On se prend à tenter de répondre aux questions posées aux acteurs truffaldien et on se promet de plonger encore un peu plus dans ce cinéma de la vie.

 

Informations pratiques :

 

La Cinémathèque Française
51 rue de Bercy (Paris 12e)

Jusqu’au 1er février 2015
Lun, Me à Sa 12h-19h
Nocturne le jeudi jusqu’à 22h
Dimanche 10h-20h

Plein tarif : 11 € / Tarif réduit : 8,5 € / Moins de 18 ans : 5,5 €

Site de l’exposition

 

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un seul moteur la passion, passion pour le cinéma, passion pour le dessin et l’art en général, passion pour les musées forcément. Une passion que j’aime à partager en tout lieu et surtout chaque semaine dans les musées avec la joyeuse association un Soir un Musée un Verre, dont j’ai le bonheur de faire partie. Une telle passion ne pouvait trouver plus beau lieu que Paris pour être assouvie, parisienne de cœur, j’aime à arpenter les pavés de cette ville qui n’a pas fini de m’émerveiller.

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