C’est un formidable bric-à-brac d’objets servi par une scénographie audacieuse, qu’offre cette exposition présentée à la Maison Rouge depuis octobre dernier. Plus que quelques jours pour en profiter, elle se termine le 19 janvier.

 

 

Répartis en dix-sept thématiques universelles, ces trésors venus de Hobart en Tasmanie sont issus du Tasmanian Museum and Art Gallery (TMAG), musée public de type encyclopédique, et de la collection du Museum of Old and New Art (MONA), créé par David Walsh, excentrique collectionneur réputé pour avoir fait fortune au jeu.

Ici, point de « sacrosainte » chronologie habituellement présente dans les musées, mais un concert tout en variations savamment dosées, une symphonie visuelle finement orchestrée.

 

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Désarçonnés peut-être au premier abord par un entremêlement de formes et de styles d’appartenance géographique et stylistique variée, on ne manque pas d’être envoûtés par la puissance esthétique des œuvres, le mystère qui en émane, et par les correspondances opérées entre elles, qui se muent en « constellations d’idées », selon les mots du commissaire Jean-Hubert Martin.

Guidés par les thématiques inscrites à l’entrée de chaque section et par la brochure fournissant les textes explicatifs, nous explorons une terre à la fois familière et inconnue, d’où émergent de nouveaux repères. Pour commencer, « Epiphanie », et l’on pense au cabinet de curiosités où artificialia, naturalia et scientifica se succèdent : un portrait du Fayoum, une boussole de géomancie chinoise, un tableau du XVIIè siècle, une aquarelle d’Erwin Wurm datée 2006 au titre révélateur : L’artiste qui a avalé le monde. Le ton est donné.

Ensuite, « Rétrospection », une salle obscure qui s’ouvre par un rideau sur un amoncellement d’objets variés, un ventilateur italien du XXè siècle, un vase anthropomorphe du Costa-Rica, pour ne citer qu’eux.

L’esprit de la Renaissance est effectivement présent puisque outre la présentation qui évoque le cabinet de curiosité, le nom même de l’exposition reprend le « théâtre de la mémoire », projet utopique du philosophe Giulio Camilo imaginé pour le roi François 1er et rassemblant la totalité du savoir humain, afin que rien de l’univers n’échappe à la domination du souverain.

Troisième section, dont l’objet est le « Champ » (sous-entendu visuel), changement de décor : la lumière apparaît, cimaises d’un jaune vif. Les sections telles que « Genèse », « Division », sont des mises en scènes relevant du domaine contemporain, avec installations et vidéos.

Et c’est là toute la subtilité de l’exposition, qui ne manque pas de nous surprendre au fur et à mesure que l’on avance, ne nous enferme pas dans le carcan des catégories, ni dans une linéarité monotone, mais privilégie au contraire les ruptures en convoquant nos sens et notre esprit, avides de découvertes.

 

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« Apparition » est une plongée dans l’obscurité présentant une forêt de masques qui s’illuminent un à un jusqu’à être révélés tous ensemble dans la lumière, spectacle hypnotique. Dans « Majesté », sorte de chapelle dont les parois sont entièrement recouvertes de somptueux tapas, un Giacometti filiforme avance en direction d’un sarcophage égyptien, appelant à la contemplation.

« Croisement », c’est l’Ascension de Kandinsky qui côtoie un tapa polynésien. Parleraient-ils le même langage ? Leurs motifs sont étrangement similaires. Chapitre « Mutation », c’est Skin Flint de Basquiat face à une performance sanglante d’Hermann Nitsch. Car c’est aussi au spectacle de l’art dans ce qu’il a de plus sacré, voire de sacrificiel et de mystique, auquel on assiste. Dans un autre registre, L’Imbécile de Max Ernst juché sur un autel syrien en pierre daté de 4000 av. J-C, assemblage osé mais réussi, tant on se demande s’ils ne sont pas les deux parties d’une même pièce, en dépit des millénaires qui les séparent. Clin d’œil aux surréalistes sans doute, précurseurs quant à l’intégration d’objets ethnographiques dans leurs expositions avant-gardistes.

Ainsi, c’est l’universalité de l’acte de création qui est montré, une virée depuis la genèse jusqu’à l’au-delà que nous propose Jean-Hubert Martin qui, rappelons-le, fut directeur du Musée national d’Art moderne de 1987 à 1990, et commissaire de la désormais mythique exposition « Les Magiciens de la Terre » en 1989, la première en France qui proposait un dialogue entre l’art contemporain occidental et le reste du monde. Son exposition Artempo au Palazzo Fortuny de Venise en 2007, le caractère visionnaire qui s’en dégageait, avec toujours comme fil directeur le décloisonnement entre les techniques et les styles, séduisit le collectionneur David Walsh qui le choisit donc pour réaliser une exposition à partir de sa collection, d’abord présentée en 2012 dans son unmuseum (non-musée) comme il aime à nommer le MONA. Car, affirme-t-il :

 

Mon musée est aux antipodes des musées publics. Leur but est d’être dépositaires de sagesse. Le mien est d’explorer le doute. De faire s’entrecroiser les choses, plutôt que d’en prêcher une.

 

Ce qui fait écho à la conception du musée des charmes de Jean-Hubert Martin, palpable au long de l’exposition :

 

Le musée des charmes se veut avant tout visuel, il fait appel à la sensibilité et aux émotions. Il relègue au second rang le discours érudit et pédagogique. C’est une poésie visuelle et une pédagogie du sensible qu’il entend mettre en œuvre.

 

Rééquilibrer les acquisitions des connaissances par rapport au plaisir, réorienter le regard, ne pas avoir peur de laisser parler son imagination, donner confiance au visiteur en son propre jugement, tel est ce que prône Jean-Hubert Martin. Une remise en cause totale de la vision traditionnelle proposée dans les musées.

Alors, pour commencer l’année, pourquoi ne pas s’aventurer dans ce dédale foisonnant où émerveillement et trouvailles inopinées sont au rendez-vous ?

 

Théâtre du Monde à la Maison Rouge – 10 boulevard de la bastille (Paris 12e)
Jusqu’au 19 janvier 2014
Du mercredi au dimanche de 11h à 19h / nocturne le jeudi jusqu’à 21 h
Tarif plein : 8 € / tarif réduit : 5,5 €

 

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