Thé, café ou chocolat ? C’est par cette invitation alléchante que nous convie le musée Cognacq-Jay à découvrir les trois boissons-phares du XVIIIe siècle.

Introduites en Europe au siècle précédent, elles connaissent alors un véritable engouement avec le développement des commerces hollandais, français et anglais. Il est accompagné de l’implantation de comptoirs maritimes en Extrême-Orient, aux Antilles et aux Amériques. L’esprit des explorateurs gagne les salons et tout le monde se prend d’affection pour ce que l’on considérait comme des « liqueurs » revigorantes… à haute valeur exotique ajoutée. Le siècle des philosophes sera aussi celui des chocolatières.

 

Gravure de Pierre Charles Baquoy d'après un dessin de Jean-Michel Moreau le Jeune
Gravure de Pierre Charles Baquoy
d’après un dessin de Jean-Michel Moreau le Jeune

 

L’heure du bac approchant, à l’évocation du siècle du Lumières, un texte incontournable du lycée, nous revient en mémoire : « le nègre de Surinam ». Extrait du Candide du non moins incontournable Voltaire, il dénonce la condition des esclaves employés à la récolte du sucre. Le polémiste pointe la cruauté des « seigneurs blancs » et nous laisse cette phrase qui résonne encore douloureusement, « C’est à ce prix que vous mangez du sucre en Europe. » De même, les boissons exo-européennes en vogue reposent sur l’économie esclavagiste. L’exploitation de caféiers transplantés à l’île de Bourbon, l’actuelle île de La Réunion en est un exemple. Les plantations, organisées autour de la maison du maître, traduisent la stricte hiérarchie colonialiste. Au début de l’exposition, quelques aquarelles et toiles rendent compte de cette réalité avant de laisser la place aux pratiques sociales qui avaient cours en France.

 

Jeanne Bécu, Comtesse du Barry et Zamor qui lui apporte une tasse de café - Jean-Baptiste-André Gautier d’Agoty -Château de Versailles © RMN-Grand Palais Gérard Blot.
Jeanne Bécu, Comtesse du Barry et Zamor qui lui apporte une tasse de café – Jean-Baptiste-André Gautier d’Agoty -Château de Versailles © RMN-Grand Palais Gérard Blot.

 

La prise de thé, chocolat, mais surtout de café, se répand, au-delà des préoccupations humanistes. Comme en témoigne Le Grand d’Aussy, elle n’est pas seulement réservée à une élite : « ce goût […] a passé même jusqu’aux dernières classes du peuple » ; « point de fille de boutique, de cuisinière, de femme de chambre, qui, le matin, ne déjeune avec du café au lait. » Et l’on retrouve plus loin dans une gravure le même Voltaire, -qui dénonce les injustices de son temps-, attablé à l’un de ces établissements qui fleurissent alors dans Paris, les « cafés ». Ces derniers favorisent les discussions et les échanges d’idées ; à la veille de la Révolution, certains seront même investis exclusivement par des femmes prêtes à se battre pour l’égalité. Le café, loué pour ses qualités excitantes et vivifiantes, ainsi que le chocolat, tout comme le thé incitent à des moments partagés en grande convivialité ou à des rendez-vous plus intimes, preuve en sont ces services de porcelaine appelés « cabarets » ne comprenant pas plus de quatre tasses à anses. Il faut croire que ces trois boissons mises à l’honneur fluidifient les relations… Ainsi la marquise de Sévigné, toujours avisée, conseillera à sa fille dans une lettre datée du 15 janvier 1672 : « Prenez du chocolat afin que les plus méchantes compagnies vous paraissent bonnes… »

 

Le Déjeuner, François Boucher, 1739, Paris © Musée du Louvre Département des Peintures
Le Déjeuner, François Boucher, 1739, Paris © Musée du Louvre Département des Peintures

 

Thé, café ou chocolat ? Les boissons exotiques au XVIIIe siècle est en vérité une courte exposition qui vaut le détour par les salles lambrissées de l’hôtel Donon. Cet hôtel particulier abrite depuis 1990 le musée qui s’est fait l’écrin parisien du siècle des Lumières. Le dernier étage consacré pour l’occasion aux différentes boissons exotiques, aux objets qui ont été créés pour leur prise et aux sociabilités qu’elles ont engendrées, ravira les amateurs et les curieux. La visibilité omniprésente du mécénat de la maison des Cafés Richard peut agacer mais après tout, c’est l’occasion de parler de la familiarisation qui s’est faite avec ces boissons, –lesquelles rythment aujourd’hui plus que jamais notre quotidien.

 

Modèle d’une théière à pâte dure de Sèvres - Charles-Etienne Leguay © Musée Carnavalet Roger-Viollet
Modèle d’une théière à pâte dure de Sèvres – Charles-Etienne Leguay © Musée Carnavalet Roger-Viollet

 

À noter que des dispositifs olfactifs, -ainsi que tactiles-, pour les malvoyants diversifient le parcours. Services de prise de ces boissons, théières, chocolatières et autres se déclinent également en relief… Dans ce sens, ils permettent de rendre accessible une expérience tout aussi bien historique qu’atemporelle.

Cette exposition en est la concrétisation : l’histoire des sensibilités et des sociabilités semble gagner les musées français et de cela, nous ne pouvons que nous réjouir ! Complété de recettes du XVIIIe siècle, le catalogue d’exposition s’avère une jolie surprise et un beau livre pédagogique ; illustré d’œuvres extérieures à l’exposition, agrémenté d’encarts historiques, il permet de s’instruire plus avant, une fois rentré tranquillement chez soi… en sirotant peut-être bien un thé ou un bon chocolat chaud.

 

Informations pratiques :

 

Musée Cognacq-Jay
8, rue Elzévir (Paris 3e)
Jusqu’au 27 septembre 2015
10h – 18h, du mardi au dimanche
Plein tarif : 7 euros

 

Illustration : Mme la Marquise de Montesson, Mme la Marquise du Crest et Mme la Comtesse de Damas prenant le thé dans un jardin – Carmontelle © Musée Carnavalet / Roger-Viollet.

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Etudiante en histoire de l’art, je cultive Paris depuis que je l’habite, de façon permanente, depuis deux ans déjà. Je vous parlerai de ce que j’y vois, de ma sympathie pour les choses plus ou moins « culturellement identifiables ». Je passe plusieurs fois dans la semaine vérifier si Hippomène poursuit toujours Atalante, que jamais il ne rattrapera, tout figé dans le marbre qu’il est, cour Marly, au Louvre. Vous pouvez donc souvent me trouver dans les musées, en compagnie du SMV, nom de code du groupe « Un Soir, un Musée, un Verre », à Orsay, dans les galeries d’art, à la Fondation Cartier… Ou tout à fait ailleurs. Car « la vraie vie …»

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