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Du 31 mars au 11 juillet 2016, le Grand Palais accueille la première rétrospective consacrée au photographe malien Seydou Keïta (1921-2001).

Seydou Keïta, portraitiste autodidacte

Seydou Keïta est né à Bamako vers 1921. Il commence la photo par hasard, grâce à un de ses oncles qui lui offre, de retour du Sénégal, son premier appareil : un Kodak Brownie Flash. Nous sommes dans les années 1930 et Seydou Keïta est alors apprenti menuisier.

Rapidement pris de passion par la photographie, il aménage un studio dans la cour de la maison familiale, ce qui lui permet de photographier principalement à la lumière naturelle. Installé à proximité de la gare de Bamako et de nombreuses attractions de la ville, il photographiera de nombreux voyageurs d’Afrique de l’Ouest et deviendra rapidement célèbre auprès de la jeunesse urbaine de la ville.

Seydou Keïta Grand Palais
Seydou Keïta, Sans titre, 1949 Tirage argentique moderne 50 x 60 cm Paris, Collection Fondation Cartier pour l’art contemporain © Seydou Keïta / SKPEAC / photo courtesy CAAC – The Pigozzi Collection, Genève

Un sens de la mise en scène

Seydou Keïta fait poser ses modèles devant des fonds en tissu imprimé, le plus souvent en wax. « Le premier fond, c’est son dessus de lit » raconte Yves Aupetitallot, commissaire de l’exposition. Le photographe change le tissu de fonds lorsque ce dernier devient trop usé ou abîmé. Ainsi, les différents fonds peuvent permettre aujourd’hui de dater les photos.

Keïta fournit à ses clients des accessoires, nombreux et variés : costumes européens, chapeaux, cravates, bijoux mais aussi une radio, un Vespa et même sa voiture. Ces signes de modernité viennent se mêler aux coiffures et tenues traditionnelles, témoignant de la réalité plurielle du Mali de l’époque.

Surtout, cela permet d’introduction d’une nouvelle liberté esthétique. La photographie de Seydou Keïta marque en effet la fin de l’époque coloniale et ses codes de représentation et ouvre la voie vers une nouvelle photographie africaine. Seydou Keïta accorde le plus grand soin à la pose de ses modèles et vise avant tout à les mettre en valeur. Certaines poses rappelle clairement la peinture : certains modèles sont étendues sur un tapis de prière, comme des odalisques, une autre, de dos, le visage retourné vers l’objectif, nous rappelle Vermeer et sa Jeune fille à la perle. La pose n’est jamais laissée au hasard et le photographe veille aux moindres détails, comme en témoigne un documentaire vidéo diffusé dans l’exposition.

Ainsi, en rupture avec la photographie coloniale, qui photographie les corps noirs frontalement, comme des « sujets anthropologiques », Seydou Keïta cherche à satisfaire ses clients, à les photographier tels qu’ils se représentent voire s’idéalisent. Il porte un regard bienveillant sur le monde qui l’entoure et sur les personnes qu’il photographie. Sur de très nombreuses photos, la force du regard du modèle m’a frappée : elle témoigne à la fois du talent du photographe, qui a su le capturer (en une seule prise !), et de la confiance qui s’établit entre le photographe et le modèle, symbole d’un nouveau regard porté sur le pays et ses habitants.

Une rétrospective très riche

Le Grand Palais nous offre une rétrospective très riche. Construite chronologiquement, elle nous permet de suivre l’évolution de style de Keïta et de la société malienne des années 50 et 60. La plupart des salles nous présente des grands formats des photos et une salle circulaire, au centre, nous présente des tirages vintages, petits formats, 13×18, format original du travail du photographe.

A l’exception de l’entrée de l’exposition, décorée de wax, rappelant le fond des photos de Keïta, la scénographie est très sobre, ce qui a l’avantage de laisser toute la place aux œuvres exposées.

Enfin, j’ai apprécié le choix du Grand Palais de consacrer une exposition à un artiste malien du XXème, dans un contexte où l’art africain contemporain demeure encore trop peu valorisé par les grandes institutions artistiques françaises.

Seydou Keïta Grand Palais
Seydou Keïta, Sans titre, 1949-51 Tirage argentique moderne réalisé en 1995 sous la supervision de Seydou Keïta et signé par lui. 50 x 60 cm Genève, Contemporary African Art Collection © Seydou Keïta / SKPEAC / photo courtesy CAAC – The Pigozzi Collection, Genève

Informations pratiques :

Du 31 mars au 11 juillet 2016
Grand Palais –  3 Avenue du Général Eisenhower, 75008 Paris

Lundi, jeudi, vendredi, samedi et dimanche de 10h à 20h.
Nocturne le mercredi de 10h à 22h.
Fermé tous les mardis.

Plein tarif : 10€
Tarif réduit : 7€

Passionnée par la littérature, la philosophie, l’histoire, l’animation japonaise et mille autres choses encore. Je cherche la poésie lovée au creux des choses. Car oui, « La poésie, c’est le plus joli surnom que l’on donne à la vie » (Prévert).

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