Pieter Brueghel l’Ancien est considéré comme l’un des maîtres de l’École Flamande. On sait peu de choses de sa vie qui a été très peu documentée : on estime sa naissance autour de 1525 et sa mort en 1569. Après avoir étudié en Italie, il s’installe à Anvers puis à Bruxelles. Son œuvre présente aussi bien des scènes bibliques ou mythologiques que des scènes quotidiennes.

L’un de ses tableaux les plus célèbres, la Grande Tour de Babel, présente l’épisode biblique de la construction de la tour éponyme avec pour décor la ville d’Anvers. Zoom sur les sens cachés d’un tableau aussi beau que passionnant.

Quelle est l’histoire de la tour de Babel ?

La Bible raconte que peu après le Déluge, tandis que les hommes parlaient tous la même langue, le roi Nemrod de Babylone voulut faire construire une tour qui toucherait le ciel : 

“Allons ! bâtissons-nous une ville et une tour dont le sommet touche au ciel, et faisons-nous un nom, afin que nous ne soyons pas dispersés sur la face de toute la terre.” – Genèse 11,4

Mais pour le punir de sa vanité, Dieu dota les ouvriers de langues différentes afin qu’ils ne puissent plus se comprendre et que le chantier s’arrête.

“L’Éternel descendit pour voir la ville et la tour que bâtissaient les fils des hommes. Et l’Éternel dit : Voici, ils forment un seul peuple et ont tous une même langue, et c’est là ce qu’ils ont entrepris ; maintenant rien ne les empêcherait de faire tout ce qu’ils auraient projeté. Allons ! descendons, et là confondons leur langage, afin qu’ils n’entendent plus la langue, les uns des autres. Et l’Éternel les dispersa loin de là sur la face de toute la terre et leur donna tous un langage différent ; et ils cessèrent de bâtir la ville. C’est pourquoi on l’appela du nom de Babel, car c’est là que l’Éternel confondit le langage de toute la terre, et c’est de là que l’Éternel les dispersa sur la face de toute la terre” – Genèse 11,5-9

Que représente la Grande Tour de Babel de Brueghel ?

Le maître flamand a représenté cette célèbre légende biblique. La tour est bien sûr l’élément central de son tableau, on la voit s’élever jusqu’au ciel avec une structure de plus en plus instable à mesure qu’elle s’approche des nuages. Tout autour, une ville qui nous apparaît minuscule sert à donner la mesure de la grandeur de la tour.

Pieter Brueghel l'Ancien, la Grande Tour de Babel
Pieter Brueghel l’Ancien, la Grande Tour de Babel

En bas à gauche, le roi Nemrod effectue une visite du chantier. Il est accompagné de son architecte et des gardes tandis que les tailleurs de pierre lui rendent hommage.

Les sens cachés de La Grande Tour de Babel de Brueghel l'Ancien

A l’horizon, la nature s’étend à perte de vue : champs, vallées, forêts, prairies et cours d’eau dressent le panorama des merveilles de notre Terre et soulignent la beauté de la création divine, en opposition à l’œuvre humaine gigantesque mais pourtant vaine.

Une merveilleuse représentation de la vie du peuple

Mais le plus intéressant dans ce tableau, ce sont ses très nombreux détails. Si vous prenez le temps de l’étudier de près, vous remarquerez des tas de personnages en train de s’affairer sur et autour de la tour.

En représentant les nombreux ouvriers de la tour, Brueghel a surtout dressé une représentation merveilleuse des artisans de la ville d’Anvers au XVIe siècle. Regardez bien : vous y verrez de nombreuses techniques, plusieurs corps de métiers (tailleurs de pierre, maçons…) ainsi que des machines de construction.

Quels sont les sens cachés de ce tableau ?

Pour créer cette toile, Brueghel s’est inspiré de son époque. Le roi Nemrod habillé à la mode de la Renaissance est une évocation du roi Philippe II d’Espagne qui régnait alors du les Pays-Bas.

Analyse du tableau La Grande Tour de Babel de Brueghel l'Ancien
A gauche, le Roi Nemrod, par Brueghel (détail de La Grande Tour de Babel); à droite, portrait de Philippe II d’Espagne,
par Titien

L’architecture de la tour serait inspirée du Colisée de Rome qui était déjà en Ruine au XVIe siècle et qui a pu servir de modèle pour la tour délabrée.

Colisée de Rome
Colisée de Rome, photo de FeaturedPics via Wikimedia Commons

Le mur d’enceinte qui entoure la ville est celui d’Anvers où vivait Brueghel. La ville était alors une puissante cité en pleine expansion qui accueillait de nombreux voyageurs et faisait donc face à un important mélange des langues. Il est possible que l’artiste se soit interrogé sur les ressemblances entre Babel et Anvers.

Carte de la ville d'Anvers en 1740
Carte d’Anvers en 1740

Où peut-on voir ce tableau ?

Ce tableau est conservé au Kunsthistorisches Museum (musée d’Histoire de l’art) de Vienne, en Autriche. En attendant de pouvoir y aller, vous pouvez l’observer dans les moindres détails sur le site de Google Arts and Culture qui en propose une version numérisée en très haute définition.

Découvrir la tour de Babel de Brueghel en 1 minute

Des personnes ont réagi à cet article
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Comments to: Les sens cachés de la Grande Tour de Babel de Brueghel l’ancien
  • 5 mars 2021

    La très intelligente concision de l\’article et de la vidéo est magistrale : on y apprend suffisamment pour avoir envie d\’en apprendre plus.
    Merci.

    Reply
    • 5 mars 2021

      Un très grand merci pour votre commentaire qui me motive à continuer à proposer des zoom de ce genre sur d\’autres œuvres ! 🙂

      Reply
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