Sous le joli nom de Rumeurs du météore, le FRAC Lorraine invite le spectateur à explorer des œuvres nuageuses, inspirées de la nature, du ciel, de la mer, de la neige… De nombreux artistes présentent leur vision du naturel et de l’impact de l’homme et de ses activités industrielles sur la planète. Cette très belle exposition a quelque chose d’aérien, qui nous inspire une contemplation lente et attentive : en somme, qui nous rapproche de la nature, en lui offrant toute l’ampleur qu’elle mérite et en invitant le spectateur à réfléchir de manière créative aux questions climatiques.

Spécialiste des œuvres immatérielles, féministes et écologiques, le FRAC Lorraine a l’art et la manière de souligner la dimension politique des œuvres d’art exposées sans négliger leur aspect esthétique. Le spectateur peut donc lire dans l’exposition un propos critique, tout comme il peut voler au-dessus de cette réflexion et se contenter de planer au royaume des belles images… Dans les photographies d’Anne Delrez, par exemple. Anne Delrez n’est pas photographe, mais elle est en charge de La Conserverie, alias le premier lieu destiné à la conservation des albums de famille. Récoltant des dizaines de milliers de photographies intimes montrant des scènes familiales, des dimanches ensoleillés et des Noël blancs, La Conserverie a cette démarche poétique de collectionner les souvenirs. Il paraît que bien souvent, les familles oublient volontairement leurs vieux albums de famille dans leur appartement lorsqu’elles déménagent… Alors, ces images de bonheur, poussiéreuses et petit à petit dénuées de valeur, trouvent refuge à la Conserverie. Au FRAC, elle présente une grande photographie ainsi que d’autres plus petites sous la forme de cartes postales que l’on peut emporter : sur ces photographies, le paysage et le climat sont mis en valeur. Une balade en forêt, une exploration neigeuse, un pique-nique à la campagne : ils étaient au bord du grand ravin des oubliés, les voilà maintenant emportés dans les poches des visiteurs. Miracle !
Autre projet amusant, celui de Joan Jonas : dans sa vidéo Wind (1968), des performeurs sont face à un vent d’une force incroyable. Leurs corps perturbés dans la marche se mettent alors à se tordre, à se soutenir, pour former une chorégraphie absurde et joyeuse.

 

Joan Jonas, Wind
Joan Jonas, Wind (1968)

 

Puis, à l’étage, une question primordiale : quand fondra la neige où ira le blanc ? demande Rémy Zaugg, en blanc sur fond blanc. Mais oui, où ? En attendant, on grimpe sur les montagnes formées par les fils tendus de trois magnétophones : avec The Alpine Pride (2011-14), Julien Grossmann combine installation sonore et visuelle. La bande magnétique, étirée à l’extrême et diffusant une musique de cors alpins, dessine sur le mur des monts – et merveilles ; sa fragilité manifeste évoque celle de la montagne, sans cesse polluée par les touristes et perturbée par les changements climatiques.

 

The Alpine Pride (2011-14), Julien Grossmann
The Alpine Pride (2011-14), Julien Grossmann

 

Restons dans cette veine écologique et allons voir le travail de Maarten Vanden Eynde : il a formé son installation Plastic Reef (2008-2012) en récoltant les accumulations de déchets que l’océan forme par ses va-et-vient : coloré et ressemblant à un gros cookie dégoûtant, Plastic Reef horrifie, et rappelle douloureusement que l’homme industriel n’a que très peu conscience de l’impact de son comportement sur la bonne santé de la planète. Plus forte que mille mots, cette installation intrigue car elle pose la question de son statut : œuvre d’art ou manifeste écolo ? On reste troublé…

 

Plastic Reef, Maarten Vanden Eynde, Photo de Eric Chenal
Plastic Reef, Maarten Vanden Eynde, Photo de Eric Chenal

 

Le dernier étage des Rumeurs du météore est le plus léger. On monte quelques marches et il semble que l’on arrive au paradis, puisque la pièce est inondée de bleu et de poésie. Elle réunit trois œuvres de trois artistes différents qui dialoguent parfaitement. Alvaro Barrios occupe le plafond : 120 sérigraphies d’un bleu lumineux sont disposées en rang, sages et scientifiques, pendues à des fils par de modestes pinces à linge. Toutes correspondent à un point bien précis de la carte marine exposée, et indiquent leurs coordonnées géodésiques. L’artiste fait exister l’immense espace abstrait de l’océan en se concentrant sur de minuscules parcelles topographiques ; il souhaite rappeler que derrière le bleu intense de la carte se cache un véritable endroit, où il y a eu des drames, des conquêtes, du sang.

 

Alvaro Barrios, photo Eric Chenal
Alvaro Barrios, photo Eric Chenal

 

Au sol, et gare aux inattentifs qui pourraient la manquer, Dominique Ghesquière a représenté l’Écume (2013). De toutes petites touches de peinture blanche évoquent le doux aller-retour de l’eau sur le sable… Sable que l’on retrouve dans la dernière œuvre, magnifique, de l’artiste brésilienne Maria Laet, Notas sobre o limite do mar (2012). Dans une vidéo d’une dizaine de minutes, l’artiste se montre en train de coudre le sable. Courageuse et patiente, elle passe son aiguille sous les grains et le fil blanc forme une ligne pointillée poétique sur la plage de Rio. Elle exprime, avec une simplicité désarmante, le désir de réparer le monde.

 

Dominique Ghesquie - Ecume (2013)
Dominique Ghesquie – Ecume (2013)
Maria Laet, Notas sobre o limite do mar (2012)
Maria Laet, Notas sobre o limite do mar (2012)

 

Une grande délicatesse infuse toute l’exposition. Animée par une attention au réel et à la nature, elle montre un désir commun, un espoir qui monte. Le monde est devenu fou, mais il n’est pas trop tard, semble nous dire la trentaine d’œuvre exposées. Car grâce à la création et aux artistes éveillés, on peut se mettre à croire à la possibilité d’un changement…

 

Informations pratiques :

 

FRAC Lorraine
1bis rue des Trinitaires, Metz
Entrée libre

Jusqu’au 11 janvier 2015
Du mardi au vendredi de 14h à 19h
samedi & dimanche de 11h à 19h

 

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