Romain Gary Au delà de cette limite votre ticket n'est plus valable couvertureRomain Gary est décidément impressionnant : même avec des thèmes difficiles ou douloureux il parvient à créer des romans remplis de poésie et de beauté. J’avais déjà été séduit il y a quelques mois par Clair de femme où deux écorchés se rencontraient et se lançaient, le temps d’une nuit, dans un refus du malheur. Ici, il choisit un thème délicat, celui de l’impuissance sexuelle. Une histoire qui serait probablement bien fade si elle n’était pas intégrée dans une relation d’amour passionnelle et passionnante.

Jacques Rainier a une soixantaine d’années lorsqu’il rencontre Laura, jeune brésilienne. Entre eux c’est tout de suite l’amour fou. La jeune femme ne sort pas avec Jacques pour son statut, elle est bien amoureuse, elle ne l’a pas choisi, elle est “tombée” amoureuse comme elle l’explique si bien. Rapidement, la plus grande crainte de notre homme d’affaire est de ne pas être à la hauteur des attentes de Laura. D’abord légère, cette peur devient la source de ses pires angoisses.

Jacques ne confie pas ses états d’âme à Laura qui ne peut que constater l’attitude étrange et tourmentée de son compagnon. Les propos de l’un et de l’autre sont plein de secrets et dans ce récit cru et difficile que nous livre Jacques on découvre en filigrane une fin qui semble tragique. Pourtant, on est capté par l’histoire, on se laisse porter de page en page s’attendant à être mis KO à chaque paragraphe par une de ces tournures dont seul Gary a le secret.

 

Depuis que l’homme rêve, il y a déjà eu tant d’appels au secours, tant de bouteilles jetées à la mer, qu’il est étonnant de voir encore la mer, on ne devrait plus voir que les bouteilles.

 

C’est un récit aussi bouleversant que poétique et une chose est sûre : au-delà de ce livre vous aurez un ticket pour une prochaine lecture en compagnie de Romain Gary !

 

Extraits :

 
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[tab]Extrait 1/5

Je ne me souvenais même plus de mes autres amours, peut-être parce que le bonheur est toujours un crime passionnel : il supprime tous les précédents. Chaque fois que nous étions unis ensemble dans le silence des grandes profondeurs qui laisse les mots à leurs travaux de surface et que, très loin, là-haut, les mille hameçons du quotidien flottent en vain avec leurs appâts de menus plaisirs, de devoirs et responsabilités, il se produisait une naissance du monde bien connue de tous ceux qui savent encore cette vérité que le plaisir réussit parfois si bien à nous faire oublier : vivre est une prière que seul l’amour d’une femme peut exaucer.

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[tab]Extrait 2/5

Je n’ai jamais été un homme de plaisir mais un homme de sanctuaire. Lorsque je te serre très fort dans mes bras, ton corps me donne aide et protection. La vie attend pour me reprendre dans ses tourments que je cesse d’être intouchable. Il y a autour de nous comme une chrétienté enfin accomplie de tendresse, de pardon et de justice rendue, et ensuite, lorsque nos souffles se séparent et qu’il faut recommencer à vivre coupés en deux, il reste la connaissance heureuse du sanctuaire et une oeuvre immatérielle faite de certitude de retour.

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[tab]Extrait 3/5

Il ne suffit pas de venir au monde pour être né. “Vivre”, ce n’est ni respirer, ni souffrir, ni même être heureux, vivre est un secret que l’on ne peut découvrir qu’à deux. Le bonheur est un travail d’équipe. Je laisse passer les secondes et les minutes et cette lente caravane est chargée de sel de bonheur, car elle va vers toi.

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[tab]Extrait 4/5

– Jacques, qu’est-ce qu’on va devenir, mais qu’est-ce qu’on va devenir ? Ce n’est pas… enfin, ce n’est pas humain, le bonheur… On se sent menacés…

– Ça s’arrangera peut-être…

– Comment veux-tu que le bonheur, ça s’arrange ?

Ta voix se casse. Je crois que tu pleurais…

– J’ai peur, Jacques. Je suis tellement heureuse avec toi que… je ne sais pas… je me sens tout le temps menacée…

– Écoute, la vie ne va pas se fâcher parce que tu es heureuse. On peut dire tout ce qu’on veut de la vie mais une chose est certaine : elle s’en fout. Elle n’a jamais su distinguer le bonheur du malheur. Elle ne regarde pas à ses pieds.

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[tab]Extrait 5/5

Je me suis promenée toute la matinée avec toi au bord de la Seine pendant que tu étais au bureau et j’ai acheté chez un bouquiniste les poèmes du poète brésilien Arthur Rimbaud, tu sais, celui qui fut le premier à découvrir les sources de l’Amazone et qui est né français à la suite d’une erreur tragique qu’il vaut mieux passer sous silence. Tu ne sauras jamais ce que ta présence signifie pour moi quand tu n’es pas là car le ciel parisien et la Seine sont à cet égard d’une indifférence qui m’irrite par leur air d’avoir déjà vu tout ça un million de fois et n’être plus capables que d’une carte postale.

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Note : 
 

1975 – 248 pages – ISBN : 978-2-07-037048-1
Romain Gary (1914-1980) – Français d’origine Polonaise

 

Illustration : Michaël Terraz

 

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Jeune trentenaire et vieux blogueur. Fondateur de Culturez-vous et organisateur de l’association "Un Soir, un Musée, un Verre". Flâneur professionnel et éternel curieux.

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