Un jour que je me baladais du côté de Cergy, le hasard (ou peut-être était-ce ma destinée) m’a fait tomber sur une expo photo consacrée au très célèbre et non moins talentueux Robert Doisneau. Comme une enfant devant un spectacle merveilleux, je suis restée une heure durant à contempler ces clichés en noir et blanc, fascinée par cette capacité de l’homme à capter des moments de la vie ordinaire, pour les transformer en photos extraordinaires.

Aujourd’hui, je vous emmène à la découverte d’un artiste au talent incontestable, mais surtout, à la rencontre d’un homme à la sensibilité démesurée


 

Son entrée dans le monde… de la photo

 

De la vie du photographe, une première chose m’a étonnée : sa naissance ! Robert Doisneau est né le 14 avril 1912… « et alors ? » me direz-vous. Et alors, il s’avère que quelques heures seulement après sa naissance, un certain paquebot réputé « insubmersible », allait s’enfoncer dans les eaux profondes de l’Atlantique Nord. Oui, Robert Doisneau est né le jour même du naufrage du Titanic ! Heureusement pour lui, et surtout pour nous, cet événement ne serait pas prémonitoire pour sa future carrière, bien au contraire…

Mais revenons à nos moutons. C’est à l’école d’Estienne (l’école supérieure des arts et industries graphiques) de Paris qu’il obtient, en 1929, son diplôme de graveur et lithographe. Ses premiers pas dans l’univers artistique, il les fait d’abord en tant que lithograveur pour l’Atelier Ullmann. Le jeune homme a alors 17 ans, et un goût déjà bien prononcé pour la photo, doublé d’une motivation en béton :

 

J’ai 17 ans, je suis maigre et mal fringué, j’apprends un métier sans avenir, le décor qui m’entoure est absurde. Quand je montre ces photos à mon entourage, ils sont tous d’accord, c’est de la pellicule gâchée. M’en fous, je continuerai quand même. Un jour il y en aura un peut-être pour trouver dans mes images comme un ricanement révolté.

 

Mais c’est auprès du photographe et sculpteur André Vigneau que Doisneau va se former, au début des années 30, dans l’un des tous premiers studios biens équipés de Paris. Les portes d’un nouveau monde artistique, très avant-gardiste, s’ouvrent alors à lui, et très vite se développe chez l’apprenti l’envie de descendre dans la rue et de jouer avec l’objectif. Mais le jeune grouillot est un garçon timide, trait de caractère qui sera à l’origine du style « Doisneau », où la distance avec les sujets photographiés est très marquée, pour ne pas dire omniprésente.

Jacques Prévert, 1945
Jacques Prévert, 1945

 

Je regrettais de ne pas pouvoir être plus proche des gens, mais je n’osais pas trop m’approcher. Et c’est vraiment ces images, qui ont beaucoup d’air autour, qui sont les plus touchantes, maintenant.

 

 

Doisneau, l’œil de la rue

 

Le baiser de l'Hôtel de Ville
Le baiser de l’Hôtel de Ville, 1950

Le « Baiser de l’hôtel de ville » est sans conteste l’un des clichés qui a rendu Doisneau célèbre à travers le monde entier. Pourtant, cette photo, véritable mise en scène créée de toute pièce à la demande du magazine américain Life et destinée à évoquer la joie retrouvée au sortir de la guerre, (quoi de mieux que deux amoureux qui s’embrassent passionnément au milieu d’une foule de passants ?) n’est pas la plus représentative « l’œuvre » de Doisneau. Bien loin de la photo d’actualité, l’artiste va au contraire s’attacher, pendant 60 longues années, à retranscrire la réalité qui l’entoure, figeant pour l’éternité les « gestes ordinaires des gens ordinaires dans des situations ordinaires ». Sa force est la patience, l’attente, son maître mot. Dans les rues de la capitale et ses faubourgs, il guette pendant des heures durant le sujet qui retiendra son attention, et immortalise ainsi des instants uniques et poétiques, mêlant l’humour, l’insouciance, la joie, la passion, mais parfois aussi la mélancolie et la dureté de la vie. D’ailleurs, son Jacques Prévert dira de lui :

 

Lorsqu’il travaille à la sauvette, c’est avec un humour fraternel et sans aucun complexe de supériorité qu’il dispose son miroir à alouettes, sa piègerie de braconnier et c’est toujours à l’imparfait de l’objectif qu’il conjugue le verbe photographier.
 

La photo selon Doisneau, une belle histoire d’amour…

 

Plutôt que le projet (…) c’est une disposition d’esprit qui fait que je suis amoureux de ce que je vois, ça dure pas longtemps.

 

Cet état d’amoureux est quelque chose qui va le guider tout au long de sa carrière. Pour lui, la photo est un moment de bonheur. On est fasciné par quelque chose que l’on voit et on veut conserver cette vision, non pour soi, mais pour la partager. Il ne s’agit pas simplement d’avoir la technique et un bon sens de l’observation, il faut aussi ressentir l’instant. C’est un état d’esprit très proche de la littérature, un art qui l’a d’ailleurs beaucoup inspiré. Rien d’étonnant, quand on sait que la plupart de ses amis n’étaient autre que Prévert, Cendrars ou encore Robert Giraud !

 

La photo pour moi a été ce moment de bonheur, on est dilaté devant ce qui vous entre par les yeux, on veut le conserver, c’est – Monsieur le bourreau encore un moment s’il vous plaît –

 

Pour beaucoup, Robert Doisneau restera ce poète du quotidien, dont les clichés, qui témoignent d’un amour inconditionnel des rues parisiennes et des âmes qui les habitent, sont autant de souvenirs d’une histoire, notre Histoire.

 

Quelques mots sur l’exposition « Robert Doisneau, clin d’œil au quotidien » : jusqu’au 18 avril 2014, la ville de Cergy vous propose donc de découvrir, à l’espace d’arts visuels Le Carreau, quelques 110 clichés de l’artiste humaniste d’après-guerre. Une expo riche en émotions qui vous offrira un véritable résumé de l’œuvre de Doisneau, et un formidable témoin de notre Histoire, depuis le début des années 1930 à la fin du XXe siècle !

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Un jour, un grand homme nommé Malraux a dit « La culture ne s’hérite pas, elle se conquiert ». Alors, moi, Marion, je pars à la conquête de ce fantastique univers culturel qui me passionne ! Histoire, musique, photo, littérature, expos, cinéma, théâtre… ma curiosité et ma soif de découverte n’ont pas de limites !

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