Cadres cabossés, roues tordues, guidons malmenés… des silhouettes caractéristiques qui ne vous auront peut-être pas échappées, ou sous lesquelles vous serez certainement déjà passés y prêter attention… ces étranges et poétiques vélos fixés à travers tout Paris avec la signature « Ride In Peace » ont alimenté notre curiosité. Rencontre avec Mr Ride In Peace.

Derrière Ride In Peace se cache avant tout un passionné de vélo, et plus encore de vieux vélos. Un jeune homme qui en guise de Pass Navigo a – presque – toujours utilisé son vélo (à peine s’il a recouru à la carte « Imagine R » durant ses études !). Qui très jeune, a appris seul à les bricoler, les réparer, voire même les restaurer et les revendre pour se faire de l’argent de poche.

Souhaitant rester discret sur son histoire personnelle, il préfère relater l’opportunité unique qu’une connaissance lui a offert de récupérer 30 vieux vélos qui encombraient sa cave… l’idée lui est ainsi venue de détourner l’usage du vélo et d’en faire un objet de street-art. Depuis son premier accrochage rue de la Verrerie (1er arrondissement) en novembre 2013, une soixantaine de vélos (ou plutôt de demi-vélos puisqu’il s’agit le plus souvent de l’avant ou l’arrière) se cache désormais dans les rues de Paris.

Si la majorité se trouve rive droite, puisqu’il y vit, une quinzaine reste à découvrir rive gauche, et même un à Vitry-sur-Seine. Plus des trois quarts sont toujours en place aujourd’hui, ce qui dépasse toutes ses attentes : « Pour moi, l’important est qu’un vélo tienne deux ou trois heures, au-delà, c’est déjà du bonus… donc c’est formidable que tant de vélos soient encore là aujourd’hui ! Et puis j’aime cette dimension éphémère propre au street-art, elle fait partie de mon travail.« 

L’accueil positif qu’il reçoit est certainement favorisé par l’engouement récent que l’on constate actuellement pour le street-art, mais c’est pour lui, bien plus qu’un effet de mode, une évolution tout simplement positive. « Cela ouvre le champ de la création, les gens osent plus s’exprimer. La rue permet d’exposer pour tout le monde, et que cela plaise ou non, cela offre et renouvelle les possibilités de faire de belles balades dans nos villes. »

Lorsque l’on en vient au sens de ces accrochages, l’artiste aime vous retourner la question pour savoir comment ses œuvres sont accueillies et interprétées. Hommage au vélo ? Prévention des accidents, renforcée par la mention « Ride In Peace » ? Un peu de tout cela à la fois, pour cet amoureux du deux-roues : mettre en valeur ce « magnifique objet » avant tout, mais tout en appelant à la prudence, car trop nombreux sont les accidents des cyclistes au quotidien.

Quant au choix des emplacements, c’est le coup de cœur qui prime. Certes, Mr Ride In Peace privilégie les endroits où la culture du street-art est bien imprégnée aux monuments classés ou quartiers aisés, où les propriétaires risquent de vouloir s’en défaire aussitôt. Mais maintenant qu’il a gagné en assurance, tout arrondissement, toute rue est susceptible de devenir sa future cible, et la mairie de Paris n’est jamais venue interférer dans sa démarche…

Car il n’a pas toujours été aussi sûr de lui. Il partait ainsi fixer ses vélos surtout de nuit au début, mais il ose désormais davantage y aller de jour, pour expliquer ce faisant sa démarche aux passants et recueillir par la même occasion leurs avis et ressentis.

Cette aventure, il l’aime aussi pour toutes les anecdotes qu’elle lui donne à raconter aujourd’hui.

Comme cette petite provocation qu’il a voulu faire en accrochant un vélo à 3h du matin sur la façade du magasin Colette, dans la célèbre rue du Faubourg Saint-Honoré. Le lendemain à 13h, ce dernier avait déjà disparu, tout était fraîchement repeint, ni vu ni connu ! Pour un magasin soi-disant dédié aux cultures urbaines, au street-art… mais il n’est semble-t-il pas le seul, leur façade étant très régulièrement la cible de street-artistes, mais restant toujours immaculée…

Ou encore cet accrochage de nuit près du Carreau du Temple, durant lequel le bruit de la perceuse a fait sortir un habitant par sa fenêtre et les menacer d’appeler la police. « Pendant que je continuais de fixer le vélo, mon ami a bluffé en répondant que nous avions l’autorisation du syndicat de copropriétaires… sauf que ce monsieur en était le Président ! Le temps que je finisse et nous sommes partis sous ses avertissements que le vélo serait décroché le lendemain même… or plusieurs mois après, il était toujours là ! »

Il aime aussi cette aventure pour l’adrénaline des accrochages, et pour cette surprise toujours renouvelée : s’il ne passe pas exprès dans les rues pour vérifier, il aime partir prendre ses vélos en photo ou tout simplement regarder s’ils sont toujours en place pour peu qu’il passe à côté.

Certes, ses proches n’ont pas toujours été enchantés par cette passion (stocker 30 vélos à Paris, cela demande des caves et balcons à envahir, quant à monter son atelier dans son ancienne chambre d’enfant, ça ne s’invente pas !). Certes, accrocher des vélos cabossés dans les rues ne vous nourrit pas. Mais ses proches ont aujourd’hui compris sa démarche, grâce notamment à la petite exposition qu’il a pu faire au sein de l’Hôpital Saint-Antoine ; un acte emblématique et une forme d’accomplissement pour lui.

Puis l’artiste nourrit de beaux projets pour l’avenir. Accrocher ses vélos dans d’autres villes françaises et européennes (la capitale ultime du vélo, Amsterdam, serait naturellement son objectif premier), collaborer avec des street-artistes locaux pour choisir les meilleurs endroits pour « exposer » ses vélos… voilà qui demande du budget, mais avec du temps, de l’organisation, des économies, et Internet qui facilite tellement les échanges… quelque chose me laisse penser que l’on est pas prêts d’arrêter de découvrir de nouveaux vélos au détour des rues…

 

Informations pratiques :

 

Levez la tête ! Vous pourrez d’ores et déjà trouver de nombreux vélos disséminés à travers Paris.

 

Exposition à l’Hôpital Saint-Antoine :

En accès libre tous les jours aux heures d’ouverture de l’hôpital (fermeture à 22h), jusque fin juin.
184, rue du Faubourg Saint-Antoine (Paris 12e)

 

Pour suivre l’évolution de Ride In Peace :

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Un site internet est à venir prochainement, nous ne manquerons pas de vous en transmettre le lien.

 

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Passionnée de culture : photographie, musique, cinéma, théâtre, voyage… j’aime découvrir et partager mes impressions par les mots et les photos. Depuis que Paris est devenue « ma » ville, pas une journée ne passe sans que je ne m’émerveille de sa beauté et de la multiplicité des possibles…

7 COMMENTAIRES

  1. Bonjour,

    Merci pour cet article. Mais pourquoi nommer en ingliche ? (vous n’y êtes pour rien bien sûr !) N’est-il blanc-bec que d’ingliche ? Pourquoi pas en flamand ?
    J’aime bien cet art de rue. Pratiquant le vélo en ville depuis plus de 40 ans (avant c’était dans ce qu’on appelle maintenant un village, mais que nous appelions une ville. 8000 habitants), j’ai le temps pour observer. Cependant ces vélos tordus me rappellent les imbéciles qui, considérant qu’à part les Bmw, tout véhicule est de la merde qu’on écrase, exercent leur sadisme sur les vélos.

    En échange, un peu de vélo nantais

    http://lefenetrou.blogspot.fr/search/label/v%C3%A9los

    • Bonjour,
      Merci pour votre commentaire. Le nom « Ride In Peace » est en anglais certes, mais il n’est pas sans évoquer le fameux « RIP », lourd de sens…
      Je me déplace tout le temps en vélo aussi et c’est vrai que ce n’est pas sans danger… mais c’est un tel plaisir au quotidien aussi, n’est-ce pas !

  2. Bonjour,
    Bravo pour cette belle rencontre et les explications. J’avais vu un de ces vélos, mais je m’étais posé la question de savoir si c’était du street art ou bien voulu par l’immeuble ou un des magasins de la rue. Ca m’avait interpelé et en ce sens, c’est déjà pas anodin. Et il faut dire que c’est vraiment original.

    • Bonjour Elize,

      Merci pour votre commentaire. Je suis ravie que cet article ait apporté les réponses à vos questions ! Je partage votre sentiment sur ce projet 🙂 Levez les yeux dans Paris, vous en trouverez beaucoup d’autres !

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