Psiconautas est un long métrage d’animation réalisé par Alberto Vázquez et Pedro Rivero, d’après la bande-dessiné d’Alberto Vázquez. Les deux réalisateurs avaient auparavant travaillé sur un court métrage, reprenant déjà le personnage principal de la BD, intitulé « Birdboy », qui avait d’ailleurs reçu le Goya du meilleur court métrage en 2012.

(Synopsis) Pisconautas raconte l’histoire d’une île, perdue dans l’océan, quelques temps après une catastrophe industrielle. Dans un univers apocalyptique, où la nature a été ravagée, la vie tourne au ralenti, des adolescents tentent de quitter l’île, à la recherche d’un monde meilleur.

Bande d’annonce :


 

Reprenant le monde imaginé par Alberto Vázquez, les personnages prennent la forme d’animaux, parfois d’objets. Le film joue ainsi entre sur le contraste entre une atmosphère obscure et des personnages au dessin presque naïf, évoquant les dessins animés d’enfance. Le récit prend la forme d’un anti-conte, développant une ambiance sombre mais poétique avec des personnages et des situations parfois bizarres et dérangeantes.

Psiconautas se déroule dans un univers dystopique. L’île a été ravagée une catastrophe, catastrophe n’est pas sans évoquer un accident nucléaire. Une grande partie de la population a été tuée sur le coup. La pollution et les ordures ont envahi l’espace, rendant inhabitable une grande partie de l’île. Dans cette déchetterie géante, une vie marginale et violente a émergé, où des individus errent au milieu des ordures pour trouver des déchets à revendre. Psiconautas dépeint ainsi une société absurde, recroquevillée sur elle-même, rongée par une violence sous-jacente. Seuls certains adolescents tentent de fuir, au-delà de cette mer vidée de ses poissons et qui apparaît alors comme une forme de mur. Certains personnages, dont Birdboy, l’un des personnages principaux, tentent de fuir par la drogue.

Le propos est bien évidemment de faire des liens avec le monde d’aujourd’hui. Le film traite d’autres nombreux thèmes, comme la violence des institutions, les dangers des pouvoirs de l’autorité ou le poids que peut représenter la famille. On sent d’ailleurs que Psiconautas veut dire ou suggérer beaucoup de choses, ce qui rend le propos parfois un peu fouilli voire, à certains moments, superficiel.

La véritable réussite du film tient dans la manière de traiter ces thèmes, grâce aux procédés de l’animation. Il développe une esthétique paradoxale, à la fois sombre et enfantine, à la manière du conte. Le spectateur est plongé dans un rêve qui semble plutôt virer au cauchemar. Le film peint une société où l’espoir est démesurément fragile, et où les efforts des uns et des autres peuvent être à tout moment anéantis.

Le tout est porté par un visuel très métaphorique qui donne une intensité aux moments les plus importants. La force de Psiconautas réside dans cette recherche d’une puissance de l’image qui cherche à faire ressentir, à suggérer l’émotion. Le personnage principal Birdboy, ainsi que les intrigues qui lui sont associées, sont particulièrement réussis de ce point de vue. Avec ses grands yeux noirs, son allure sinistre, il évoquerait presque un personnage de Burton.

Psiconautas est donc un film sombre, parfois un peu maladroit, mais profondément créatif et poétique. S’il n’est pas à réserver pour les moments où vous cherchez un film pour vous remonter le moral, il est clairement à voir, d’autant plus qu’il est toujours bon de soutenir l’animation indépendante, qui cherche de nouvelles choses. Un film intense, que je vous conseille.

Psiconautas
Réalisé par Alberto Vazquez et Pedro Rivero
Distribué en France par Eurozoom
Sortie en France le 24 mai

Passionnée par la littérature, la philosophie, l’histoire, l’animation japonaise et mille autres choses encore. Je cherche la poésie lovée au creux des choses. Car oui, « La poésie, c’est le plus joli surnom que l’on donne à la vie » (Prévert).

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