L’animation japonaise recèle des pépites que l’on ne découvre pas toujours dès leur sortie. C’est le cas de Ping Pong The Animation, une série en onze épisodes de Yuasa Masaaki qui tourne, on s’en serait douté, autour de la thématique du tennis de table. Remarquable dans son animation et profondément touchante, Ping Pong The Animation reprend les codes de la série sportive tout en y apportant une dose de sincérité qui rend le tout diablement efficace. Un coup de cœur.

La série est une adaptation du manga Ping Pong sorti au milieu des années 90 par Taiyō Matsumoto (connu notamment pour son œuvre Amer Béton). Elle raconte l’histoire de deux jeunes lycéens, Smile et Peco, amis d’enfance liés par une passion commune : le tennis de table. Alors qu’ils préparent un tournoi régional, ils croisent la route de Wenge, un étudiant chinois arrivé dans un lycée rival qui leur montre un niveau de jeu exceptionnellement élevé qui vient bousculer leurs certitudes.

Associé dans nos contrées à un loisir estival, Ping Pong the Animation nous présente le milieu du tennis de table compétitif, où les choses sont autrement sérieuses. Sans surprise, la série reprend les éléments principaux de la série sportive : les épisodes rythmés par l’échéance des compétitions puis des matchs (orchestrés comme de vrais combats), la psychologie des héros qui se reflète dans le jeu et les pensées de leurs adversaires, le savant mélange entre amitiés et rivalités… Ceci, et il faut déjà le noter, la série sait le faire ; mais elle fait plus. Que cela soit dans le propos même, très rapidement le sens même de la compétition est questionnée avec des personnages qui ne veulent pas gagner, mais aussi, et peut-être même surtout, dans sa narration et sa réalisation.

Car ce qui marque en premier lieu dans Ping Pong the Animation c’est, bien sûr, son parti pris graphique. La rencontre du trait de Matsumoto avec le style de Masaaki produit un ensemble exceptionnellement expressif, nerveux qui vient chercher et déformer la réalité pour mieux la retrouver: les lignes de contours sont irrégulières, la perspective est fantasque, le trait semble trembler… Ce style visuel fait le cœur de la série, et permet également de souligner la diversité inhérente à l’animation japonaise.

Toujours proche de l’esquisse, le style et la réalisation de Masaaki s’attachent en fait à aller chercher ce qu’il y a de plus humain dans ses personnages et dans ce qu’ils vivent pour les faire ressentir au spectateur, dans le tremblement du trait, dans le découpage du cadre, dans la déformation des corps. Nulle question de représenter ici un match de ping pong dans sa réalité physique : il s’agit de faire ressentir au spectateur ce qui s’y joue vraiment, dans l’esprit de ceux qui s’y adonnent. Le sport n’est pas tant un prétexte qu’une scène où se dévoile le joueur, et le match devient alors le théâtre de ses pensées, de ses espoirs, la fenêtre où l’onirisme est toujours le plus fort. Ping Pong the Animation c’est avant tout la communication d’un élan, qui vient s’exprimer dans et par le dessin.

Par-là, la série vient questionner l’intensité : l’intensité qui réside dans les sentiments des personnages, l’énergie de l’espoir, de la passion mais aussi des doutes, des traumatismes et de la mélancolie. Elle questionne aussi le rapport au sport compétitif, dans ce qu’il peut avoir d’absurde, d’extrême.

Ping Pong the Animation, c’est une invitation, proposée par Masaaki, de plonger tout entier dans un univers à la fois métaphorique et profondément humain. Le côté finalement assez terre à terre du thème et la structure narrative en grande partie issue du manga, permet au style toujours débordant du réalisateur de s’exprimer sans emporter avec lui la cohérence de l’œuvre. Ainsi, naît une œuvre profondément attachante et, surtout, plus accessible aux personnes non familières des séries d’animation.

En plus, bonne nouvelle, la série est disponible gratuitement et légalement sur Youtube sur la chaîne france tv slash.

Passionnée par la littérature, la philosophie, l’histoire, l’animation japonaise et mille autres choses encore. Je cherche la poésie lovée au creux des choses. Car oui, « La poésie, c’est le plus joli surnom que l’on donne à la vie » (Prévert).

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