Chaque culture a, de tout temps, « humanisé » des objets. Ce constat s’impose aujourd’hui plus que jamais, alors que les progrès de l’intelligence artificielle se précipitent, questionnant les limites mêmes de l’Homme face au robot et les rapports qu’il entretient avec les machines.

Le musée du quai Branly s’intéresse ainsi, le temps d’une exposition foisonnante et étonnante, aux nombreux mécanismes par lesquels l’objet se voit élevé au rang de personne.

Pas moins de 230 œuvres de tous les continents et toutes les époques composent cette exposition : statues, amulettes, marionnettes, masques, robots, automates… autant d’objets qui, de par leur visage, leur forme et leur fonction, se sont vus attribuer un rôle et une aura bien plus humaine qu’on ne le pense. Chérir son doudou, parler à son animal de compagnie, prier une divinité à l’aide d’une statuette… des actes a priori anodins et quotidiens, qui viennent pourtant flouter la frontière entre homme, objet, animal et robot.

PERSONA, Etrangement humain ne se veut pas comme une exposition à thèse ni à visée encyclopédique, mais a plutôt été pensée et voulue par ses commissaires1, comme une série d’expériences, incitant le public à interagir avec ces différents objets et ce faisant, à se remettre en question : où commence et s’arrête l’humain ? Quelles pourraient être les implications à long terme de vivre avec des robots ?

L’objectif n’est pas seulement de donner à voir ces artefacts, mais de permettre aux visiteurs de se rendre compte par eux-mêmes de la manière dont on peut être conduit à attribuer à des objets une forme de personnalité… – Emmanuel Grimaud

L’exposition accueille le spectateur par une vidéo d’un dialogue avec un homme invisible, parlant lui-même de la notion de « personne ». Elle se déroule ensuite en quatre temps :

« Il y a quelqu’un ? » interroge tout d’abord sur les conditions qui créent la présence et notre tendance à attribuer le statut de personne alors même que nous n’avons pas bien identifié la présence.

Comment aller le plus loin possible dans l'évocation d'une matérialité ? © Roseline de Thélin
Comment aller le plus loin possible dans l’évocation d’une matérialité ?
© Roseline de Thélin

 

« Il n’y a personne ! » présente dans un second temps les moyens d’identifier et qualifier les différentes présences. Le visiteur s’amusera notamment de la valise très complète de « ghost hunter » d’un membre du très sérieux « Club des chasseurs de fantômes » à Bruxelles entre 1926 et 1940. Ou s’étonnera d’apprendre que la radio est née du « nécrophone », une machine pour parler aux morts, inventée par Thomas Edison.

Valise de Ghost Hunter (chasseur de fantômes) et abécédaire servant de planche Ouija © musée du quai Branly, photo Claude Germain
Valise de Ghost Hunter (chasseur de fantômes) et abécédaire servant de planche Ouija
© musée du quai Branly, photo
Claude Germain

« La Vallée de l’Etrange » propose une déambulation entre de nombreux artefacts, des plus dérangeants aux plus attirants, questionnant ici ce dont nous voulons nous entourer. Car étonnamment, plus une créature artificielle aura des caractéristiques humaines, plus elle suscitera de l’empathie, mais plus elle sera réaliste, plus elle entrainera un sentiment de rejet.

© Doll Story
© Doll Story

L’exemple des « love dolls » japonaises en est certainement le plus troublant : bien plus que des sextoys, ces poupées d’un réalisme extrême, savamment calculé, procèdent à la foi d’un manque de naturel et d’expressivité voulu, ce qui les rend dépourvues de toute personnalité. Charge à leur propriétaire d’y projeter son propre scénario…

« La maison-témoin » : dans le prolongement de l’expérience de la Vallée de l’Etrange, la dernière partie de l’exposition présente d’étonnantes créatures (robots de communication, de divination, d’interaction…), invitant le visiteur à choisir avec lesquelles de ces « quasi-personnes » il se verrait vivre.

Surprenante et riche, cette exposition mêlant arts premiers et robotique soulèvera sans nul doute chez le visiteur, de nombreuses questions d’actualité, à l’heure où nous sommes toujours plus connectés et où les robots s’invitent à la porte de notre quotidien.

 

Informations pratiques

Jusqu’au 13 novembre 2016

Musée du quai Branly
37 quai Branly (Paris 7ème)

Mardi, mercredi, dimanche : de 11h à 19h
Jeudi, vendredi, samedi : de 11h à 21h

Plein tarif : 9€ / Tarif réduit : 7€


(1) Commissariat général :
Emmanuel Grimaud, anthropologue, chargé de recherche, CNRS
Anne-Christine Taylor-Descola, anthropologue, directeur de recherche émérite, CNRS

Passionnée de culture : photographie, musique, cinéma, théâtre, voyage… j’aime découvrir et partager mes impressions par les mots et les photos. Depuis que Paris est devenue « ma » ville, pas une journée ne passe sans que je ne m’émerveille de sa beauté et de la multiplicité des possibles…

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