Après 7 semaines et 1200 km parcourus, la blogueuse Jenny (JDroadtrip) vient d’achever un pèlerinage vers Saint-Jacques de Compostelle. Une aventure qui change une vie mais qui demande de la préparation et dans laquelle on ne se lance pas sans raison.

Pourquoi Jenny a-t-elle voulu prendre la route de Compostelle ? Quelles ont été les difficultés qu’elle a rencontrées ? Comment se sent-elle après ce long voyage ? et quels sont ses conseils ? Jenny a eu la gentillesse de répondre à mes questions pour témoigner de son aventure…


Peux-tu te présenter et nous dire ce qui t’a poussée à te lancer sur la route de Compostelle ?

Bonjour à tous, je suis Jenny du blog de voyage JDroadtrip – Voyager au féminin, j’ai 35 ans et je vis à Cahors.

Ce qui m’a poussée à faire le chemin de Saint-Jacques de Compostelle, c’est un ras-le-bol sur ma vie personnelle. J’étais dans une mauvaise passe et je venais d’enchaîner plein de soucis qui n’ont pas été simples à affronter. Je ne trouvais plus la motivation, j’étais épuisée et la seule chose dont j’avais besoin, c’était de partir loin et longtemps. Alors loin quand on débute Compostelle, c’est 20 kilomètres, mais à pied, ça fait loin. J’avais juste besoin d’un but simple et précis : marcher chaque jour vers une nouvelle destination.

Quelles attentes avais-tu en faisant ce voyage ? Comment en ressors-tu ?

J’étais en colère contre moi-même et le monde entier, je n’étais plus objective. Je savais que partir de cette manière, j’allais me calmer et me libérer de tout ce qui pouvait être nuisible pour moi. Marcher était un moyen de me canaliser, je le savais, car dans la vie de tous les jours, quand je suis agacée, je sors marcher 30minutes / 1heure. Donc là, plusieurs semaines, je savais que j’allais retrouver la paix avec moi-même. Je suis quelqu’un qui a besoin de contrôler ce qui l’entoure, et avec tous les soucis que j’ai eus, je ne contrôlais plus rien, il fallait que j’apprenne à lâcher prise. Compostelle, c’est le chemin de la liberté… donc de ma liberté !

Lâcher prise, c’est certainement l’émotion la plus difficile chez l’être l’humain. J’ai énormément pleuré, surtout les 10 premiers jours. Je ne marchais pas seule donc on se cache un peu quand les émotions prennent le dessus. Et puis… plus je marchais, plus je n’avais pas de soucis à pleurer sans me cacher. C’était devenu quelque chose de normal, et c’est une émotion normale. Pleurer n’est pas une faiblesse, j’ai mi du temps à le comprendre, c’est une force d’affronter ses émotions. D’ailleurs, mon arrivée à Santiago de Compostelle était plus qu’intense, pleurer avec ses amies en visio ou sur Instagram comme j’ai pu le faire suite aux centaines de messages que j’ai reçus n’était pas un souci. Alors je pense que je ressors plus forte qu’avant de ce chemin parce que j’ai appris à lâcher mes émotions. Bien sûr, le travail sur soi continue après le chemin, mais je pense avoir fait l’une des plus belles avancées sur ma vie.

Faire Compostelle est-ce plus un défi physique ou bien un défi psychologique ?

Les deux ! Comme je dis dans mon article « Le chemin de Saint-Jacques de Compostelle en tant que femme seule », on ne part pas faire Compostelle juste pour le plaisir de marcher. On vient parce qu’on a besoin de se mettre au défi avec soi même, que ça soit physique ou psychologique. On croise des gens de tous profils : des gens malades, qui viennent de perdre leurs maris, femmes ou enfants, qui ont des problèmes importants au quotidien… on est tous là pour une bonne raison.

Le défi psychologique je le connaissais. Le défi physique était aussi là, je ne savais pas si j’allais tenir le rythme, j’ai été en surpoids longtemps, cela fait 5 ans que je suis opérée d’une sleeve donc je ne savais pas comment mon corps allait gérer un tel effort physique. Et aujourd’hui clairement, je suis en forme, j’ai perdu du poids, j’ai pris du muscle, mon cardio est parfait. Un beau défi qui me pousse aujourd’hui à vouloir aller encore plus loin avec d’autres projets qui vont me pousser physiquement et psychologiquement.

Quel a été le moment le plus difficile dans cette aventure ? Et le plus beau ?

Le plus difficile, c’est de partir parce qu’on ne sait pas du tout ce qu’on est en train de faire. Il y a beaucoup de doutes qui s’installent et il faut les gérer, prendre ses marques pour vite laisser place à ses interrogations personnelles. Je me suis coupée de tout, et quand on fait le métier que je fais, c’est difficile. Je suis partie sans ordinateur, j’ai arrêté de répondre aux SMS, aux appels et aux messages reçus sur les réseaux sociaux. Je me suis déconnectée de tout pendant les 3 premières semaines. Les gens qui étaient au courant de ce périple se comptent sur les doigts d’une main. J’ai été dans l’obligation de refaire surface lors de mon arrivée à Saint-Jean-Pied-de-Port, car les gens s’inquiétaient, ce que je peux comprendre. Mais ce n’est pas pourtant que je me suis reconnectée aux réseaux sociaux, j’ai annoncé mon périple sur mon profil privé et c’est tout.

Mais quelques jours plus tard, j’ai eu diverses blessures qui m’ont poussée à faire un arrêt de 3 semaines pour me guérir et corriger mon équipement pour repartir de plus belle. Quand je suis repartie, j’étais mieux et j’ai à nouveau partagé mon périple sur Instagram.
Le plus beau, c’est mon arrivée à Santiago, je ne pourrais jamais expliquer, la puissance des émotions quant on arrive sur cette place, face à la cathédrale. Je pourrais en parler des heures, en répétant encore et encore les mêmes choses avec des mots différents à chaque fois, mais c’était intense. Je n’étais pas censée arriver le samedi, mais, j’étais tellement partie tôt ce matin-là, il y avait 40 kilomètres à faire et j’ai foncé pour y arriver. Finir le chemin avec 40 kilomètres en une journée au compteur. Quel défi ! Une fois sur cette place, c’est la fin, la fin de ce périple et en lâchant toutes ces émotions, ça prouvait que le travail sur soi et le chemin avait été dur, mais bénéfique. J’étais prête à revenir dans un quotidien normal.

Quel(s) conseil(s) donnerais-tu à quelqu’un qui a envie de faire la route vers Compostelle ?

S’écouter avant tout ! Sur le chemin, son moteur c’est son corps, mais surtout c’est le mental. Il ne faut pas avoir peur de s’affronter, de la solitude et de l’inconnue. Ne pas avoir peur de dormir à plusieurs dans un dortoir, de passer des nuits difficiles à cause des ronfleurs ou des gens qui font la fête, de ralentir quand le corps le demande, de boire des litres d’eau (j’ai bu jusqu’à 4 litres en une journée), de manger comme 20 sans prendre un gramme, d’aller vers les gens, accepter de l’aider, accepter de l’aide, partager, pleurer, sourire, communiquer… en fait faut pas avoir peur de soi-même !

Ensuite, bien s’équiper, mine de rien, c’est très important. Un sac à dos léger (Osprey est une très bonne marque pour ça), des bonnes chaussures, n’hésitez pas à investir dans une paire, j’avais des Lowa Renegade, aucune ampoule, aucun échauffement et des bonnes chaussettes, la marque Thyo fait des chaussettes pour Compostelle, un bonheur !
Foncez, ça sera la plus belle expérience de votre vie !


Pour aller + loin :

Vous avez envie d’en savoir plus sur le voyage de Jenny ? Retrouvez aussi son retour d’expérience sur :


Merci beaucoup à Jenny pour son témoignage, c’est une amie que j’apprécie beaucoup et avec qui j’ai eu la chance de vivre quelques voyages mémorables ! Je vous encourage vivement à suivre son blog où vous trouverez des tas de conseils pour voyager.


Retrouvez toutes les autres interviews de Culturez-vous dans la rubrique 5 questions à.

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