Résumé :

Nous sommes en 1935 lorsque Paul Valéry prononce ce discours. Dans cette époque en plein bouleversement économique et culturel, il s’interroge sur l’évolution de l’intelligence. Si le confort des hommes s’est amélioré, il observe cependant une baisse de la sensibilité ainsi qu’un changement dans la perception du temps : « nous ne supportons plus la durée ».


 

Avis :

Paul Valéry - Le bilan de l'intelligenceNous avons souvent tendance à penser que l’époque actuelle est celle de tous les bouleversements, tout semble aller trop vite. Pourtant, le discours de Paul Valéry bien que datant de 1935 évoque déjà les mêmes impressions. Mettons-nous dans le contexte de la première moitié du siècle dernier : la révolution industrielle bat son plein, la voiture remplace les chevaux, la médecine fait de gros progrès… après tout, le début du XXe siècle n’a pas été des plus calmes et a eu son lots de bouleversements ! De fait, malgré les 80 années qui nous séparent de ce texte, on y retrouve beaucoup de points communs avec notre époque.

Paul Valéry songe ainsi qu’à une certaine époque nous pouvions facilement prévoir ce qu’allait être notre vie qui ne différait pas énormément de celle de nos parents ou grands-parents. Aujourd’hui tout bouge si vite qu’il est impossible de savoir ce que nous vivrons dans quelques années.

Les propos de Valéry rejoignent un peu ceux de Lewis Carroll qui, en pleine Angleterre Victorienne écrivait dans Alice aux pays des merveilles :

 

Ici voyez vous, il faut courir aussi fort qu’on le peut simplement pour rester au même endroit. Si on veut se rendre ailleurs il faut courir encore au moins deux fois plus vite.

 

Dans cette époque où tout bouge, nous bougeons aussi pour pouvoir rester en place. De fait, Valéry constate que nous ne prenons plus le temps de nous arrêter :

 

Les mots « sensationnel », « impressionnant », qu’on emploie couramment aujourd’hui, sont de ces mots qui peignent une époque. Nous ne supportons plus la durée. Nous ne savons plus féconder l’ennui. Notre nature a horreur du vide.

 

Dans ce contexte, Paul Valéry critique l’importance accordée aux diplômes et notamment du baccalauréat qui, pour lui, bride le développement de la sensibilité et la formation d’esprits indépendants. Il prône au contraire une éducation qui valoriserait l’usage de la langue française mais aussi des langues mortes.

En bref, c’est un texte qui me semble encore pleinement d’actualité et que j’ai trouvé passionnant. Il se lit très vite et ne coûte que 3€ alors ne vous privez surtout pas de cette lecture !

 

Extraits :

 
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[tab]Extrait 1/3

L’interruption, l’incohérence, la surprise sont des conditions ordinaires de notre vie. Elles sont même devenues de véritables besoins chez beaucoup d’individus dont l’esprit ne se nourrit plus, en quelque sorte, que de variations brusques et d’excitations toujours renouvelées. Les mots « sensationnel », « impressionnant », qu’on emploie couramment aujourd’hui, sont de ces mots qui peignent une époque. Nous ne supportons plus la durée. Nous ne savons plus féconder l’ennui. Notre nature a horreur du vide, – ce vide sur lequel les esprits de jadis savaient peindre les images de leurs idéaux, leurs Idées, au sens de Platon. Cet état que j’appelais « chaotique » est l’effet composé des œuvres et du travail accumulé des hommes. Il amorce sans doute un certain avenir, mais un avenir qu’il nous est absolument impossible d’imaginer ; et c’est là, entre les autres nouveautés, l’une des plus grandes. Nous ne pouvons plus déduire de ce que nous savons quelques figures du futur auxquelles nous puissions attacher la moindre créance.

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[tab]Extrait 2/3

Commençons par l’examen de cette faculté qui est fondamentale et qu’on oppose à tort à l’intelligence, dont elle est, au contraire, la véritable puissance motrice ; je veux parler de la sensibilité. Si la sensibilité de l’homme moderne se trouve fortement compromise par les conditions actuelles de sa vie, et si l’avenir semble promettre à cette sensibilité un traitement de plus en plus sévère, nous serons en droit de penser que l’intelligence souffrira profondément de l’altération de la sensibilité. Mais comment se produit cette altération ?

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[tab]Extrait 3/3

L’éducation ne se borne pas à l’enfance et à l’adolescence. L’enseignement ne se limite pas à l’école. Toute la vie, notre milieu est notre éducateur, et un éducateur à la fois sévère et dangereux. Sévère, car les fautes ici se paient plus sérieusement que dans les collèges, et dangereux, car nous n’avons guère conscience de cette action éducatrice, bonne ou mauvaise, du milieu et de nos semblables. Nous apprenons quelque chose à chaque instant ; mais ces leçons immédiates sont en général insensibles. Nous sommes faits, pour une grande part, de tous les événements qui ont eu prise sur nous ; mais nous n’en distinguons pas les effets qui s’accumulent et se combinent en nous.

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Note : 
 

1935 – 61 pages – ISBN : 978-2-84485-375-2
Paul Valéry – Français

Editions Allia

 

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Jeune trentenaire et vieux blogueur. Fondateur de Culturez-vous et organisateur de l’association "Un Soir, un Musée, un Verre". Flâneur professionnel et éternel curieux.

2 COMMENTAIRES

  1. Bon article! On voit que c’est encore d’actualité. On dirait que nous ne sommes pas encore tout à fait sorti de cet épique et, même, que nous ne sommes pas encire sortie de l’époque Romantique.J’espère sincèmebt que le nom de votre site est ironique.

    Sincèrement,
    Alex-E. Roy

    • Merci Alex pour votre commentaire.
      Bien sûr le choix de « culturez-vous » n’est pas anodin. Ce néologisme a deux sens : pour nous il n’est pas nécessaire d’être spécialiste en art pour en parler et s’y plonger et puis c’est aussi culture ET vous, la volonté d’échanger et de partager la culture 🙂
      Merci pour votre lecture.

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