Depuis le 11 mars et jusqu’au 04 juillet 2016, la Cité de l’architecture du patrimoine présente l’exposition 1914 -1918, le patrimoine s’en va-t-en guerre. Réalisée dans le cadre des commémorations du centenaire de la Première Guerre Mondiale, l’exposition entend montrer comment la France et l’Allemagne ont utilisé les dévastations patrimoniales commises au cours de cette période, afin de diaboliser davantage « l’ennemi » et influencer ainsi l’opinion des citoyens et des pays non-engagés dans les conflits.

Les images du patrimoine détruit : vecteurs d’un patriotisme exalté

Dans un premier espace intitulé « Guerre des images, guerre des esprits », l’exposition s’intéresse à la diffusion massive d’images d’églises, de cathédrales ou de bâtiments ravagés durant les conflits. En effet, à la suite de la destruction de la bibliothèque de Louvain ainsi que du bombardement de la Cathédrale de Reims, un véritable déferlement d’iconographies représentant le patrimoine dévasté et les « villes martyres » s’abat sur la France et en Belgique dès 1914.

Présentées dans les journaux, les affiches, les tracts mais aussi au travers de photographies, de peintures ou encore de cartes postales réalisées par des artistes renommés, ces iconographies saturent l’espace médiatique et sont réalisées dans le seul but de susciter l’émotion auprès des citoyens. De virulents textes, débats et conférences rédigés par les historiens et intellectuels français et belges viennent également s’ajouter, afin d’attiser et alimenter constamment un discours antigermanique – discours auquel l’intelligentzia allemande répond, elle aussi, par de nombreuses publications dans lesquelles sont rejetées ces accusations.

Des expositions conçues pour susciter une émotion patrimoniale

Un second espace revient ensuite sur la toute première exposition de guerre présentée, en 1915, au musée de Sculpture comparée, devenu aujourd’hui le musée de Monuments Français au Palais du Trocadéro. Réalisée par Camille Enlart, le directeur du musée, cette exposition entendait mettre en avant les traces visibles d’une patrimoine dévasté par ce qui est alors nommément qualifié de « vandalisme allemand ». De grandes photographies de bâtiments, sculptures estropiées ou encore d’églises éventrées sont ainsi mises aux côtés des moulages préservés et d’œuvres conservées par le musée afin de démontrer et souligner la puissance destructrice des armées allemandes. Dès lors, dans ce contexte, chaque moulage ou fragments d’objet dévasté – tel que l’Ange au Sourire de la Cathédrale de Reims – devient aussitôt une relique ou un dernier témoignage de celles détruites.

Enfin, le parcours se termine par l’étude d’une autre exposition majeure, présentée cette fois-ci au Petit Palais, en 1916. Intitulée « Exposition d’œuvres d’art mutilées ou provenant des régions dévastées par l’ennemi », cette dernière a elle aussi particulièrement incarné l’ensemble des propagandes entreprises par les intellectuels français. En rassemblant de nombreuses pièces originales ou moulages du patrimoine religieux ou architectural détruits, elle entendait à son tour montrer et exposer aux yeux de tous un patrimoine subissant et affrontant lui aussi les terribles épreuves de la guerre et portant sur lui les preuves ultimes des ravages commis par les armées allemandes.

De multiples mises en scène de statues décapitées, démembrées ou d’objets religieux fardés de balles – tel que le ciboire de Gerbéviller – et accompagnés de discours accusateurs relatant leurs endommagements, sont alors réalisées afin « d’inspirer plus de colère encore contre l’envahisseur et de porter devant les neutres les preuves du vandalisme allemand » (1). Ainsi, sacralisé aux travers de ces expositions, le patrimoine architectural et artistique devient un véritable symbole de résistance et une arme idéologique.

A l’heure où les menaces planent sans cesse et de plus en plus sur le patrimoine mondial car exposé aux conflits mondiaux, l’exposition présentée par la Cité de l’architecture et du patrimoine invite à se questionner sur le rôle et l’identité que celui-ci revêt lors des guerres : par quels moyens le patrimoine peut-il être et est-il instrumentalisé ? Que provoque son instrumentalisation auprès des citoyens et des autres pays ? Quels sont les impacts réels de cette démarche sur l’histoire du patrimoine concerné et sur les conflits ?

Richement documentée par de nombreuses archives, photographies, gravures, moulages et œuvres d’art, elle apporte par ailleurs un éclairage particulièrement fin sur le rôle et la parole des artistes, écrivains et intellectuels français et allemands dans ces discours, lors de cette période.

Informations pratiques

Du 11 mars au 4 juillet 2016 – Citechaillot.fr
Entrée comprise dans le billet d’accès au musée (collections permanentes)
Plein tarif : 8 € / Tarif réduit : 6 €
Une aide à la visite et un visio-guide en application mobile gratuite sont disponibles pour accompagner la visite.

(1) : Dossier de presse, p.14

"Vois-tu, petite, le succès d’un musée ne se mesure pas au nombre de visiteurs qu’il reçoit, mais au nombre de visiteurs auxquels il a enseigné quelque chose. Il ne se mesure pas au nombre d’objets qu’il montre, mais au nombre d’objets qui ont pu être perçus par les visiteurs dans leur environnement humain. Il ne se mesure pas à son étendue, mais à la quantité d’espace que le public aura pu raisonnablement parcourir pour en tirer un véritable profit. C’est cela le musée (...)." Georges-Henri Rivière

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.