L’année 2021 marque un double bicentenaire : celui du début de la guerre d’indépendance de la Grèce contre l’Empire Ottoman et celui de l’entrée de la Vénus de Milo dans les collections nationales. A cette occasion, le musée du Louvre nous invite à un voyage entre Paris et Athènes avec une exposition qui explore les liens culturels, historiques et artistiques noués entre la France et la Grèce, depuis 1675 et jusqu’en 1919, ayant conduit à la définition de la Grèce moderne et permettant de comprendre la vocation singulière de la Grèce dans la constitution de l’identité culturelle de l’Europe. A découvrir jusqu’au 7 février 2022.

La découverte de l’art grec en France

L’exposition adopte une approche chronologique et débute en 1675 lorsque le Marquis de Nointel, ambassadeur de Louis XIV, se rend à Constantinople. Sur son chemin, il passe par Athènes et rapporte des antiquités qui rejoignent les collections royales et qui permettent de faire découvrir cet art en France.

Collection Nointel, relief votif, vers 325-350 avant JC, marbre, musée du Louvre

Un siècle plus tard, le comte de Choiseul Gouffier, ambassadeur de Louis XVI « auprès de la Sublime porte » – c’est-à-dire Constantinople – devint l’un des premiers philhellènes (amis de la Grèce) à défendre son indépendance. Il réalise les premières fouilles de l’Acropole et obtint à cette occasion l’autorisation de faire des moulages des sculptures du Parthénon mais aussi de rapporter quelques fragments qui seront découverts en France pour la première fois. Il rapportera également de son voyage un important ouvrage d’observation, « Le Voyage pittoresque de la Grèce ».

Plaque de la frise du temple d’Héphaïstos, plâtre, tirage effectué à Athènes in situ par Louis-François-Sébastien Fauvel entre 1786 et 1792 pour le comte de Choiseul-Gouffier

Sans le savoir, ces diplomates ont réalisé une première étape dans la naissance de l’archéologie. Ils nous permettent de découvrir, par leur témoignage et les collections qu’ils ont rapportées, la diversité culturelle de la Grèce à cette époque.

La guerre d’indépendance grecque : un tournant dans la connaissance de la culture grecque

Depuis le début du XIVe siècle, les territoires grecs font partie de l’Empire Ottoman mais tout change en 1821 lorsque la guerre d’indépendance éclate. Cette révolte est durement réprimée vers 1826-27 par l’Empire Ottoman qui perpétue plusieurs massacres à l’encontre du peuple grec, marquant l’opinion publique partout en Europe. De nombreux intellectuels et artistes romantiques comme Berlioz, Chateaubriand, Lord Byron, Delacroix ou Victor Hugo manifestent leur soutien à travers des œuvres saisissantes dont certaines sont vendues au profit de l’armée grecque.

Théodoros Vryzakis, Lord Byron à Missolonghi, Huile sur toile, 1861, Pinacothèque nationale d’Athènes, musée Alexandros Soutsos

La France, l’Allemagne et l’Angleterre envoient par ailleurs des armées soutenir le peuple Grec, accompagnées d’expéditions scientifiques qui permettent – entre autres – de découvrir la Vénus de Milo. Les moulages et les gravures réalisées à partir des œuvres trouvées vont permettre une large diffusion de ces découvertes partout en Europe.

La construction d’Athènes sous le prisme européen

En 1829 la Grèce acquiert son indépendance et en 1834 Athènes, qui n’était alors qu’une petite ville, devient la capitale du tout jeune Etat Grec. Elle va alors être transformée en capitale moderne reprenant le vocabulaire néo-classique et néo-byzantin afin de construire une identité culturelle grecque moderne, puisant dans le patrimoine antique, byzantin et ottoman de la jeune nation. 

LIRE AUSSI : L’histoire d’Athènes, entre mythes et réalité

Cette construction culturelle se fait sous le prisme du regard des Européens et notamment de l’Allemagne : les trois puissances qui ont aidé la Grèce viennent en effet de nommer Othon Ier premier monarque du pays. Ce dernier envoie les artistes grecs se former à Munich qui, à leur retour, feront transparaître l’influence allemande dans leurs réalisations. C’est ainsi que de nombreux bâtiments d’Athènes ont un style allemand mais aussi que certains costumes adoptent une allure bavaroise.

Le développement de l’archéologie scientifique

L’Etat Grec crée en 1837 une société archéologique afin de procéder à des fouilles mais aussi de réguler voire d’empêcher l’exportation des antiquités.

De son côté, la France crée en 1846 l’École Française d’Athènes qui est la plus ancienne école française au monde. Cette école a pour but de faire rayonner la francophonie mais se transforme rapidement en institut d’archéologie ce qui permet à la France de participer à deux fouilles d’envergure à Délos et Delphes. Après l’archéologie diplomatique puis l’archéologie liée aux expéditions militaires on assiste alors au développement d’une archéologie scientifique avec des fouilles poussées et très documentées grâce au recours aux photographies, relevés et moulages. Entre 1870 et 1910, la connaissance du monde antique s’en retrouve bouleversée.

Vue de l’exposition Paris-Athènes

Suite à ces nombreuses recherches archéologiques la France expose lors de l’exposition universelle de 1900, puis au Louvre, plusieurs moulages de sculptures grecques qui permettent au public de découvrir cet art lointain. C’est ainsi que Rodin, Debussy ou encore Isadora Duncan se prendront de passion pour l’art grec et y puiseront l’inspiration pour certaines de leurs créations.

Le saviez-vous ?

On a longtemps pensé que les statues et monuments grecs étaient blancs. Une perception due à la découverte de copies romaines blanches et renforcée par les nombreux moulages en plâtre qui ont diffusé cette fausse idée de sculptures immaculées. Au XVIIIe siècle, les fouilles ont permis de révéler des traces de polychromie qui ont bouleversé ce mythe !

Benoît Edouard Loviot, Parthénon : coupe transversale restaurée, Beaux-Arts de Paris

Vers un art grec moderne

Dans la seconde moitié du XIXe siècle, de nombreux artistes grecs viennent étudier à Paris qui devient le centre artistique européen. Les expositions universelles de 1878, 1889 et 1900 sont pour ces artistes l’occasion de présenter leurs travaux. Si certains s’inspirent toujours de l’art antique, d’autres comme Iakovos Rizos font preuve d’une forte inspiration moderne.

Iakovos Rizos, Sur la terrasse, Athènes, Pinacothène nationale, Musée Alexandros Soutsos

L’exposition se termine en 1919, année où un groupe d’artistes grecs appelé Groupe Techni expose à Paris. Ces artistes assument un renouvellement de la production artistique inspiré de l’avant-garde européenne.

Photis Kontoglou, Laocoon, Athènes, Galerie municipale

Vous avez donc jusqu’au 7 février 2022 pour aller au Louvre découvrir cette exposition dense mais passionnante où 360 œuvres vous feront traverser 250 ans d’échanges artistiques et culturels entre la France et la Grèce. Bonne visite !


Zoom sur le Cavalier Rampin

Vous pourrez découvrir dans l’exposition la tête du Cavalier Rampin, une sculpture qui garde encore bien des secrets ! Je vous en parle dans cette vidéo :


Informations pratiques

Adresse :
Musée du Louvre
Rue de Rivoli
75001 Paris

Horaires :
Jusqu’au 7 février 2022
Tous les jours, sauf le mardi
De 9h à 18h

Site internet :
https://www.louvre.fr/

Tarifs :
Billetterie en ligne : 17 €
Sur place (dans la limite des places disponibles) : 15 €
Gratuit pour les moins de 26 ans

Article réalisé en collaboration avec le Musée du Louvre

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Comments to: Paris-Athènes au Louvre : une exposition pour comprendre la naissance de la Grèce moderne
  • 3 décembre 2021

    Excellent et original sujet !!

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