Langlois : au premier abord, bien que cinéphile, ce nom n’évoquait en moi que celui d’une des plus grande salle de la Cinémathèque française. L’affiche et son intitulé n’étaient pas pour m’en dire plus, si ce n’est son lien avec l’histoire du cinéma et l’histoire de l’art : les noms des grands peintres côtoyant ceux des plus grandes stars de cinéma. Je ne pouvais donc qu’être intriguée par cette nouvelle exposition de la Cinémathèque et m’y précipiter. Comble de bonheur je fais partie des happy few qui ont pu assister à la conférence de présentation de l’exposition, élément qui m’a bien aidée pour comprendre au mieux l’exposition et aborder le personnage Henri Langlois. Il ne me restait plus après qu’à partager cette exposition et les précieuses informations que j’avais pu glaner lors de la conférence.

Tout d’abord parlons de l’exposition. Par ce titre de « musée imaginaire », la Cinémathèque invoque à la fois l’homme créateur de la Cinémathèque et l’univers qu’il a créé. Le parcours comprend la vie de Langlois, celle de la Cinémathèque, de ses premières expositions et l’art cher à Langlois. C’est donc tout naturellement que se côtoient dans l’exposition des films et des oeuvres d’art de Calder, Magritte et des créations psychédéliques. Alors que le cinéma n’est pas encore le septième art, afin de le légitimer il doit côtoyer l’art et la cinémathèque s’ouvre en effet sur un hommage à Jules Maret, Severini, Manray, Léger, Calder, dont les oeuvres viennent du musée d’art moderne.

Fernand Léger Affiche de l’expo « Trois quarts de siècle de cinéma mondial » qui inaugure le musée du Cinéma au palais de Chaillot, juin 1972 © ADAGP, Paris 2014.
Fernand Léger
Affiche de l’expo « Trois quarts de siècle de cinéma mondial » qui inaugure le musée du Cinéma au palais
de Chaillot, juin 1972 © ADAGP, Paris 2014.

Pour Langlois le cinéma est un art plastique, il passera sa vie entière à lui donner ses lettres de noblesse. Il faut en effet avoir toujours en tête qu’à sa création la Cinémathèque consacre un art qui n’existe pas encore, c’est en quelque sorte une utopie. Dès 1933 alors que le cinéma sonore n’a que 3 ans, les films muets sont déjà relégués dans des caves et voués à la destruction. En 1935, pour sauver le cinéma muet Langlois et Franju créént le cercle du cinéma, c’est le premier pas vers la Cinémathèque qui sera créée en 1936 sous la forme d’une association, pour être un organisme privé de conservation, de programmation et de diffusion. En effet pour projeter les films il fallait les récupérer auprès de cabines de projection, de distributeurs et de particuliers. Quand la cinémathèque est créée, elle ne compte qu’une quarantaine de copies.

Auteur inconnu. Henri Langlois et Georges Franju, (s.d.), DR © Collection La Cinémathèque française
Auteur inconnu. Henri Langlois et Georges Franju, (s.d.), DR © Collection La Cinémathèque française

Avant de vous en dire un peu plus sur l’homme et son influence, quelques mots encore sur l’exposition. Comme souvent à la Cinémathèque la scénographie est recherchée et nous plonge dans un univers. Ici c’est celui du cinéma avec, dès l’entrée, une salle de cinéma aux sièges rouges qui diffuse les courts métrages réalisés par Langlois lui-même. Face à cette salle de cinéma se déploie sur toute la longueur, à la manière d’un script, une frise chronologique sur la vie de Langlois, très esthétique, elle mise avant tout sur le visuel et son foisonnement de texte peut déstabiliser. Un conseil cependant, prenez le temps de bien explorer la richesse de cette frise pour ne pas perdre de vue l’homme face à ses créations au cours de l’exposition. En effet la suite de l’exposition se consacre entièrement au musée imaginaire de Langlois et à ses créations. Face à la fresque ne pas oublier une vitrine qui passerait presque inaperçue où on a le bonheur de voir l’écriture de Langlois à travers ses lettres et les brouillons des listes de films qu’il diffusait à la Cinémathèque. On comprend alors tout l’art de la programmation de Langlois. Après cette fresque et ces écrits on plonge dans le musée imaginaire et ses artistes, notamment Matisse, dont les oeuvres font écho aux films réalisés par Langlois. Autre moment privilégié avec Langlois qui pourrait passer inaperçu, à la fin des expérimentations psychédéliques qu’il affectionnait, un écran le montre en famille et offre un apaisant contraste face au foisonnement de couleur et de son. Dernier moment avec le personnage à ne pas manquer dans la dernière partie consacrée à la cinémathèque, le film le montrant au coeur de son musée où l’on mesure l’ampleur de son rêve.
On peut d’ailleurs regretter dans la dernière partie de l’exposition que l’héritage de Langlois en terme d’oeuvres et d’inspirations, ne soit pas plus mis en valeur, cependant son influence fut si vaste qu’il faudrait y consacrer une exposition entière.

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Depuis la nuit des temps, l’homme jouait avec les ombres, avec des poupées animées, avec lui même, se servait du pinceau, de la couleur. Il attendait, il espérait l’image cinématographique qui allait lui permettre de capter le temps, de l’ arrêter, de le fixer, de le prolonger, de le vaincre.

 

Ceci m’amène à aborder dans cette dernière partie l’idée primordiale de Langlois qui préside à la création de la Cinémathèque et son ascendant sur les futurs cinéastes. Pour Langlois l’important n’est pas l’objet mais le film, montrer c’est conserver, car en montrant les films il crée une mémoire au risque de détruire la pellicule. C’est d’ailleurs grâce à ce souvenir que de nombreux films diffusés par Langlois ont pu ensuite être retrouvés, il fallait en effet créer une mémoire du cinéma avant tout quand celle-ci n’existait pas. Selon Langlois la force du cinéma c’est son public. Et c’est bien plus qu’un public que Langlois a rassemblé : ce sont des vocations, celle de la Nouvelle Vague ; à l’image de Truffaut fanatique du premier rang qui n’hésitait pas, avec ses comparses, à se coucher face à l’écran quand il n’y avait pas de place. Au delà des films c’est aussi la programmation et le génie de la comparaison qui ont fait toute l’importance et la richesse de la Cinémathèque. Par la filiation, la comparaison, Langlois applique des principes qui viennent de l’histoire de l’art et ainsi à force de bataille il consacre sa vie à ennoblir le cinéma, à lui donner son statut de septième art.

Aborder le musée imaginaire de Langlois c’est donc toucher un pan essentiel de l’histoire du cinéma, faire la connaissance d’un personnage charismatique, un peu fou, au dessein chimérique et côtoyer ses rêves et ses combats.

 

Informations pratiques :

 

La Cinémathèque Française
51, Rue de Bercy (12e arrondissement)

Jusqu’au 3 août 2014
Lundi, mercredi à samedi 12h-19h
Dimanche 10h-20h
Nocturne le jeudi jusqu’à 22h
Fermeture le mardi

 

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Comments to: Le musée imaginaire d’Henri Langlois à la Cinémathèque
  • […] La Cinémathèque Française consacre une exposition à son fondateur, Henri Langlois, qui a grandement contribué à donner au cinéma ses lettres de noblesse. Langlois : au premier abord, bien que cinéphile, ce nom n’évoquait en moi que celui d’une des plus grande salle de la Cinémathèque française. L’affiche et son intitulé n’étaient pas pour m’en dire plus, si ce n’est son lien avec l’histoire du cinéma et l’histoire de l’art : les noms des grands peintres côtoyant ceux des plus grandes stars de cinéma. Je ne pouvais donc qu’être intriguée par cette nouvelle exposition de la Cinémathèque et m’y précipiter. Comble de bonheur je fais partie des happy few qui ont pu assister à la conférence de présentation de l’exposition, élément qui m’a bien aidée pour comprendre au mieux l’exposition et aborder le personnage Henri Langlois. Il ne me restait plus après qu’à partager cette exposition et les précieuses informations que j’avais pu glaner lors de la conférence. Tout d’abord parlons de l’exposition. Par ce titre de « musée imaginaire », la Cinémathèque invoque à la fois l’homme créateur de la Cinémathèque et l’univers qu’il a créé. Le parcours comprend la vie de Langlois, celle de la Cinémathèque, de ses premières expositions et l’art cher à Langlois. C’est donc tout naturellement que se côtoient dans l’exposition des films et des oeuvres d’art de Calder, Magritte et des créations psychédéliques. Alors que le cinéma n’est pas encore le septième art, afin de le légitimer il doit côtoyer l’art et la cinémathèque s’ouvre en effet sur un hommage à Jules Maret, Severini, Manray, Léger, Calder, dont les oeuvres viennent du musée d’art moderne. (…)  […]

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