Saviez-vous qu’à la fin du XVIIIe siècle un mur entourait Paris ? Le “Mur des fermiers généraux” permettait de collecter un impôt sur les marchandises qui entraient dans la capitale. Très impopulaire, cette enceinte a été l’une des causes de la Révolution. Découvrez à quoi ressemblait cette enceinte peu commune et ce qu’il en reste aujourd’hui.

L’objectif du Mur des Fermiers Généraux : collecter l’impôt

Au XVIIIe siècle, Paris n’avait pas la superficie que l’on connaît aujourd’hui. La ville s’étendait jusqu’à la seconde ceinture de boulevards, ce qui correspond peu ou prou au tracé actuel des lignes 2 et 6 du métro.

En 1782, les fermiers généraux (gestionnaires de l’impôt) suggèrent à Louis XVI d’ériger un mur d’enceinte de 24 kilomètres autour de la ville, percé de 57 points de passage équipés d’un bureau d’octroi pour permettre de collecter plus facilement l’impôt sur les marchandises qui entrent dans la ville.

Tracé du Mur des Fermiers Généraux (Paris)
Tracé du Mur des Fermiers Généraux (en bleu) et de l’enceinte de Thiers (en rouge) © ThePromenader via Wikimedia Commons

La construction des barrières est confiée à l’architecte Claude-Nicolas Ledoux (à qui l’on doit aussi la Saline Royale d’Arc-et-Senans) et les travaux ont lieu entre 1784 et 1790.

Portrait de Claude-Nicolas Ledoux (v. 1780) par Antoine-François Callet, Musée Carnavalet, Paris
Portrait de Claude-Nicolas Ledoux (v. 1780) par Antoine-François Callet, Musée Carnavalet, Paris

Un mur très impopulaire

La fonction fiscale de cette enceinte la rend très vite impopulaire : les parisiens se sentent emprisonnés pour mieux payer. On rapporte alors l’alexandrin suivant : « Le mur murant Paris rend Paris murmurant », des murmures qui seraient même l’une des causes de la Révolution de 1789 !

L’Assemblée constituante supprime l’octroi dès 1791. Il sera cependant rétabli en 1798 par le Directoire mais sous la forme d’une perception plus légère destinée aux hôpitaux de Paris.

Quant à l’architecte Claude-Nicolas Ledoux, sa participation à l’édification du mur le rendra très impopulaire. Livré en pâture à l’opinion publique, il sera suspendu par Necker en 1789. A Arc-et-Senans, le musée Ledoux lui rend hommage en présentant plusieurs maquettes de ses réalisations rêvées ou aujourd’hui disparues qui révèlent un architecte incroyablement visionnaire.

LIRE AUSSI : La Saline Royale d’Arc-et-Senans, une usine ville reconvertie en centre culturel

La destruction du Mur des Fermiers Généraux

A partir de 1860, avec l’agrandissement de la superficie de Paris, le Mur des Fermiers généraux perd son intérêt et l’enceinte est démolie sous l’impulsion des travaux d’Haussmann. Seuls quatre vestiges ont été préservés et restent encore visibles aujourd’hui :

  • les deux colonnes de la Barrière du Trône, place de la Nation ;
  • la barrière d’Enfer, place Denfert-Rochereau (qui accueille aujourd’hui l’entrée des Catacombes ainsi que le musée de la Libération de Paris – musée du général Leclerc – musée Jean Moulin) ;
  • la rotonde du parc Monceau ;
  • la rotonde de la Villette, place Stalingrad, qui accueille désormais un restaurant et une galerie d’art.

LIRE AUSSI : Sur les traces du Paris détruit par les travaux d’Haussmann

A quoi ressemblaient les barrières aujourd’hui disparues ?

Malgré leur fonction de collecte de l’impôt, ces barrières étaient parfois très élégantes. On trouve plusieurs représentations des barrières réalisées par Palaiseau sur Gallica, le moteur de recherche de la Bibliothèque nationale de France. Cliquez sur les vignettes pour afficher les visuels en grand.

A la Saline Royale d’Arc-et-Senans, le musée consacré à Claude-Nicolas Ledoux présente également des maquettes des barrières aujourd’hui disparues.


Pour compléter cette lecture, je vous invite à lire l’article consacré à la Saline Royale d’Arc-et-Senans, également construite par Claude-Nicolas Ledoux ; ainsi que l’article sur les traces du Paris détruit par les travaux du Baron Haussmann.

2 COMMENTAIRES

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.