Quel est le point commun entre Paul Verlaine, Fernand Dumont et Marguerite Bervoets ? Ces trois poètes ont tous été, à un moment de leur vie, incarcérés à la prison de Mons. Loin de renier son histoire, la ville leur rend un magnifique hommage ainsi qu’à toutes les plumes talentueuses qui ont un jour battu le pavé montois. Voici trois projets littéraires incontournables pour (re)découvrir les belles lettres autrement pendant Mons 2015.

 

La Phrase – balade littéraire dans la ville

On doit à l’auteur et journaliste Karelle Ménine la phrase de 10 km de long qui court sur les murs de Mons. Elle y a vu l’occasion de faire sortir Zweig, Gide, Eluard, Hugo… des pages des livres, et tous ceux que les surréalistes du groupe Rupture ont lus et aimés, mais aussi de rendre un peu de valeur aux lieux que nos yeux évitent sciemment. Parangon de modernité carcérale en 1867, date officielle de sa mise en service, la maison d’arrêt et de peines est aujourd’hui réputée vétuste et surpeuplée. Les mots de Karelle s’enroulent autour de l’enceinte, en forcent l’entrée même, puisque le bruit court qu’un détenu aurait souhaité apprendre à lire à partir des textes de Verlaine en découvrant qu’un tel poète avait résidé ici avant lui.

La phrase - prison

Le reste du projet est dû au bon vouloir des habitants qui ont bien voulu prêter leurs façades pour que Mons se déguise en jeu de piste « culturé ». Une œuvre éphémère et fragile – plusieurs mots ont déjà été arrachés – pour donner envie de lire ces textes et de chercher avec Fernand Dumont le moyen d’empêcher l’alphabet de disparaitre ou de « partir les bras tendus vers n’importe où, jeter son âme aux orages qui passent, sous la croix d’or des éclairs fous qui balafrent l’espace » avec Émile Verhaeren.

 

Verlaine, Cellule 252 – exposition en vers au musée des Beaux-Arts

Des amours sauvages et impudentes, des « amours de tigres » qui s’enlacent et se dévorent : tout a été dit sur la relation passionnelle entre le jeune Rimbaud et Paul Verlaine, de dix ans son aîné. L’histoire contée par Bernard Bousmanne, commissaire de l’exposition, commence à Bruxelles, en juillet 1873. Rimbaud rejoint Verlaine qui l’a abandonné à Londres après une violente dispute. Un soir, ivre, son amant lui tire dessus et le blesse au poignet. Le juge en charge de l’affaire suspecte des « relation immorales » entre l’accusé et sa jeune victime : Verlaine est condamné à deux ans d’incarcération. Ce moment de répit salutaire portera ses fruits littéraires : Verlaine y écrit des poèmes aujourd’hui épars, dont « Crimen Amoris », un adieu flamboyant à son amant, « satan adolescent ».

Verlaine - pistolet

Sexe, absinthe et poésie : la romance réunit tous les ingrédients d’une bonne intrigue, talentueusement orchestrée par l’Histoire et par une scénographie bien ficelée. Les héros sont savamment introduits et les rebondissements distillés avec à-propos. Prenez le temps de déchiffrer les mots hâtivement tracés à la plume, les nombreux extraits de correspondance, les vers raturés et réécrits. « Et tout le reste est littérature. »

Verlaine - scéno

 

La Maison Léon Losseau – voyage Art Nouveau au cœur d’une passion littéraire

Bruxelles, 1901. Un honnête avocat et bibliophile averti découvre une caisse de 500 exemplaires d’« Une Saison en Enfer », œuvre d’Arthur Rimbaud que l’on croyait à jamais perdue. Le recueil est le seul jamais jugé digne d’être publié par son auteur : la nouvelle met évidemment en émoi le monde littéraire – et les ayants-droit. Losseau se refuse à vendre l’inestimable et offre la plupart des exemplaires à des amateurs éclairés et écrivains contemporains. L’un d’eux se niche parmi les 100.000 livres qui composent sa bibliothèque personnelle.

Maison Losseau 2

Que reste t-il de cette aventure ? La Maison Léon Losseau est avant tout un petit bijou de l’Art Nouveau qui donne immédiatement envie de prendre place au salon pour feuilleter un bon livre. Pour les amateurs d’archives, une partie de la bibliothèque est toujours conservée sur place, l’autre au Mundaneum, institution hors-norme surnommée le « Google de Papier », qui vaut le détour ne serais-ce que pour ses 12 millions de fiches bibliographiques. Les kilomètres de documents du Mundaneum témoignent de l’entreprise un peu folle de Paul Otlet et Henri La Fontaine d’indexer toute le savoir du monde – un Wikipédia avant l’heure. Léon Losseau ne pouvait qu’adhérer à une telle ambition : il contribua même à développer une partie de sa classification universelle.

Mundaneum

Il ne vous reste plus qu’à planifier un petit weekend à Mons et quelques bons livres pour accompagner votre périple !

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Passionnée par l'histoire de l'art et l'économie de la culture, en résulte un faible pour les artistes maudits et les artistes rentables. J'aime les musées comme autant de résidences secondaires dont je me propose de vous faire découvrir ici quelques pièces. Pour le reste, je moissonne le champ des possibles.

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