Graphiste de métier le jour et artiste la nuit, Julie Luzoir poursuit sa quête de rencontres humaines et d’œuvres performatives avec son exposition Kula, qui se déroulait il y a quelques jours encore au 71B rue Lamarck. Un lieu d’exposition insolite puisqu’on vous y accueille… par la fenêtre ! Grimpez à l’échelle, passez votre nez au carreau… vous y êtes !

Réunissant des œuvres où le « faire ensemble » prime, nécessitant l’intervention de personnes extérieures pour que l’œuvre existe (on retrouve les fameux Dessins abandonnés du 16 octobre au 16 décembre 2013 que nous avions évoqués ici), l’exposition accueillait l’œuvre « Marcel, Adrien, Caroline et ceux qui n’ont pas compris », qui nous a particulièrement tapé dans l’œil. Roulement de tambour… on zoome !

Un jour, Julie Luzoir passe la petite annonce suivante dans le Paru-Vendu de Lorraine : « Étudiante en art rencontre inconnu pour projet biographique. Annonce sérieuse », laissant son numéro de téléphone pour tout contact. Dans un flot d’appels et SMS pour le moins folkloriques, seules trois personnes répondent sérieusement à l’artiste. Cette dernière propose alors à chacune de lui raconter sa vie, du jour de sa naissance à celui de sa rencontre avec elle, pendant qu’elle les enregistre. L’artiste n’intervient pas mais retranscrit ensuite de manière brute ces narrations, les édite et les relie à la main.

Témoin et passeur d’histoires, instigatrice de rencontres et grande prêtresse des œuvres participatives, Julie Luzoir nous donne ainsi à lire les histoires de Marcel, 86 ans, Adrien, 23 ans et Caroline, 21 ans, avec leur lot d’épreuves et d’émotions.

Marcel, un « malgré nous » enrôlé dans l’armée allemande à son insu lors de la seconde guerre mondiale, y crie culpabilité et aventures. Adrien, aujourd’hui joyeux papa, raconte une enfance difficile, tandis que Caroline nous livre les bribes d’une jeunesse pas toujours riante et d’une quête de sérénité. Catharsis, témoignages, transmissions, ces récits content l’extraordinaire dans l’ordinaire, la fragile beauté de l’humanité et nous parviennent ainsi.

Et puis il y a, en guise de cerise sur le gâteau, le recueil « Nous nous sommes mal compris », qui compile les sms et messages téléphoniques laissés sur le téléphone de l’artiste et répondant à l’annonce de manière… exotique. Des perles à ne pas manquer !

Voilà quelques extraits du récit « Marcel » :

« J’étais amoureux fou. Parce que je sais que, étant jeune, Yvonne était une des plus belles filles du quartier, elle était courtisée. Et puis quand on aime quelqu’un… Moi j’étais un peu jaloux. Mais je sais pas. Pourtant dans le quartier il y avait d’autres filles qui étaient bien, et tout. Mais moi j’avais qu’elle dans la tête, il serait passé la reine d’Angleterre que ça m’aurait pas dérangé ! »

« À six heures du matin, j’étais dans la rue où on habitait tous (…) j’ai vu ma belle-mère devant sa porte, je lui ai dit bonjour mais elle ne m’a pas reconnu. J’étais pas lavé, pas rasé, je lui ai dit: je suis le Marcel, je suis le Marcel. Alors elle a appelé: Yvonne! Yvonne! Descends, ton Marcel il est là! Voilà. Ça, c’était les histoires de guerre. »

Marcel. Propos recueillis le 8 novembre 2010. 

Sans cesse en quête de nouveaux canaux pour toucher un public nouveau et non initié à l’art contemporain, Julie Luzoir nous livre, avec cette œuvre polymorphe, un joli bijou d’humanité. À voir !

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Petit lutin digital, Christine se serait pourtant bien vu passer une éternité ou deux dans un sarcophage en compagnie d’Amenhotep 3. Passionnée d’égyptologie, elle porte la responsabilité de l’usure de certains des parquets du Louvre. En secret elle rêve d’épouser un Minion.

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