Ce masque qui vous regarde sans vous voir, c’est celui d’une affiche que vous aurez peut-être remarquée, il y a quelques temps déjà. C’est celui qui annonce l’exposition en cours sur « les maîtres de la sculpture » ivoirienne, au musée du Quai Branly.

Visage de l’Homme saisi dans sa stricte essence, le masque n’est pas un simple objet. Il est le symbole d’une substance spirituelle. Intercesseur entre le monde des hommes et le monde de l’invisible, il possède le langage silencieux des vœux perdus, des prières entendues, des histoires au-delà du colonial, de la vérité des esprits qui parlent. Si nous revenons ici sur cette exposition, c’est que nous pensons qu’elle mérite amplement visite, étant présentée encore tout ce mois de juillet. Elle nous plonge dans les mondes méconnus des ethnies Sénoufo, Lobi mais aussi des Dan ou des Dogons. Sans surprise, on retrouve principalement dans cette exposition des personnages anthropomorphes, avec la prédominance des masques, -à but sacré-, ou des représentations profanes de demi-dieux ou d’hommes. Faisant la part belle à la sculpture récente des XIXe et XXe siècles, elle se veut didactique et offre un large panorama d’une pratique artistique encore très vivace, nous le verrons par la suite.

La première partie de l’exposition balaye la diversité des productions, selon la géographie des ethnies d’Afrique de l’Ouest. Elle permet ainsi de se plonger dans un univers oscillant -le spectateur le perçoit rapidement- entre inscription dans une quotidienneté et retranscription d’une spiritualité. Assurant une meilleure connaissance des savoirs techniques, une deuxième partie médiane se caractérise par une salle consacrée aux outils et aux works in progress. Laquelle donne à voir aux visiteurs un artisanat spécifique, qui a su se hisser au rang d’art. La vision purement esthétique est néanmoins ici un temps écartée, afin de donner aux visiteurs une meilleure idée de la place que les sculptures, qui paraissent parfois répétitives et produites en série, ont réellement dans les sociétés dont elles sont issues. Le tissage, le travail de l’or et des bijoux et des poteries par les femmes sont également évoqués dans cette partie de l’exposition. Dans le même souci de recontextualisation, des vidéos récentes permettent de voir in situ la fabrication des sculptures et leur utilisation, par exemple lors de cérémonies rituelles. Les films ethnographiques présentés, datant du début du XXe siècle, montrent quant à eux les masques portés en contexte cérémoniel. Et si l’exotisation des personnes filmées n’est pas absente, ces images restent des documents d’archives précieux.

Des trois parties de l’exposition, la dernière est la plus spectaculaire.  Comme pour les premières salles, un beau fond rouge met en valeur les sculptures, souvent en bois foncé, parfois polies par un vernis, ou un frottage, -et qui va parfois jusqu’à leur donner un aspect laqué, elles-mêmes tirant alors sur le rouge.  Les statues et masques anthropomorphes sont présentés sur de hauts socles, sous verre, et forment d’impressionnantes rangées de figures mystérieuses. Le visiteur peut alors se laisser aller à une déambulation purement esthétique, les œuvres étant regroupées par régions et selon les différentes attributions à tel ou tel « maître », mais dans une belle continuité visuelle. Enfin, pour terminer ce tour d’une exposition s’inscrivant dans une démarche très scientifique (le commissariat en a été assuré par Eberhard Fischer et Lorenz Homberger du Rietberg Museum de Zürich où elle a d’abord été présentée, ainsi qu’au Kunst-und Ausstellungshalle der Bundesrepublik Deutschland de Bonn avant d’arriver à Paris), une salle en forme d’appendice met en scène des œuvres d’art contemporain. Des artistes ivoiriens évoquent la société actuelle, aussi bien que l’histoire de leurs ancêtres, comme avec cette œuvre remarquable de Jems Robert Koko Bi, Diaspora II. Il apparaît alors que si les hommes ne font que passer sur terre, l’art dans ses formes inépuisables demeure ; et que si les hommes disparaissent, les statues vivent encore.

 

Informations pratiques :

 

Musée du Quai Branly
37, quai Branly (Paris 7e)

Jusqu’au 26 juillet 2015
Du mardi au dimanche, de 11h à 19h
Nocturnes les jeudis, vendredis et samedis jusqu’à 21h

 

Etudiante en histoire de l’art, je cultive Paris depuis que je l’habite, de façon permanente, depuis deux ans déjà. Je vous parlerai de ce que j’y vois, de ma sympathie pour les choses plus ou moins « culturellement identifiables ». Je passe plusieurs fois dans la semaine vérifier si Hippomène poursuit toujours Atalante, que jamais il ne rattrapera, tout figé dans le marbre qu’il est, cour Marly, au Louvre. Vous pouvez donc souvent me trouver dans les musées, en compagnie du SMV, nom de code du groupe « Un Soir, un Musée, un Verre », à Orsay, dans les galeries d’art, à la Fondation Cartier… Ou tout à fait ailleurs. Car « la vraie vie …»

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