Des meubles luisants,
Polis par les ans,
Décoreraient notre chambre.

« L’Invitation au voyage », Les Fleurs du Mal, Charles Baudelaire

 

 

C’est un véritable parcours à travers le XVIIIe siècle que nous propose le Musée des Arts décoratifs, en utilisant les évolutions d’une technique fascinante comme fil conducteur. Tout l’intérêt réside dans l’adaptation par les artisans français des techniques venues d’Extrême-Orient au cours du siècle. L’itinéraire chronologique choisi par les commissaires est en cela très efficace.

Le terme qui désigne la technique de substitution est révélatrice de son caractère typiquement français : le « vernis Martin », encore aujourd’hui premier patronyme porté dans le pays. Les frères Martin parviennent en effet à obtenir un effet comparable à la laque en utilisant la résine d’essences différentes de celles du Japon ou de la Chine. Cette expression circulait déjà au XVIIIe siècle : « En France, on a pas de Toxicodendron vernicifluum, mais on a des idées ».

Etui à décor chinois, anonyme, d’après l’allégorie des douze mois de l’année de Jean-Baptiste Pillement, Paris, années 1770 Bois et papier mâché, laque bleu clair devenue verte, décor à l’or coquille et peinture à l’huile vernie polie, laque transparente, monture en argent.  Bordeaux, musée des Arts décoratifs  © DR
Etui à décor chinois, anonyme, d’après l’allégorie des douze mois de l’année de Jean-Baptiste Pillement, Paris, années 1770
Bois et papier mâché, laque bleu clair devenue verte, décor à l’or coquille et peinture à l’huile vernie polie, laque transparente, monture en argent.
Bordeaux, musée des Arts décoratifs © DR

On en a tellement, des idées, qu’assez rapidement la couleur apparaît dans les créations françaises. Les motifs se diversifient pour mener à une réelle émancipation dans le seconde moitié du siècle. Plus encore, les vernis envahissent tout l’ameublement. L’exposition parvient avec précision à montrer la diversité des objets pouvant supporter un tel traitement, depuis les innombrables boîtes et étuis jusqu’aux meubles, en passant par les instruments de musique. La fascination atteint son comble lorsqu’on arrive devant les instruments scientifiques, d’une facture nécessairement délicate et précise, qui accueillent eux aussi des éléments de laque.

Machine pneumatique de l’abbé Nollet, anonyme, Paris, vers 1760 Bois, vernis Martin : préparation, laques noire et rouge, décor à l’or, laque translucide, bronze et laiton, verre.  H. 144 cm, L. 69 cm ; l. 56 cm.  Paris, conservatoire National des Arts et Métiers © DR
Machine pneumatique de l’abbé Nollet, anonyme, Paris, vers 1760
Bois, vernis Martin : préparation, laques noire et rouge, décor à l’or, laque translucide, bronze et laiton, verre.
H. 144 cm, L. 69 cm ; l. 56 cm.
Paris, conservatoire National des Arts et Métiers © DR

Se promener à travers cette exposition, c’est aussi fréquenter le temps d’un instant les grandes familles du royaume, entrer dans leur intimité comme dans leur désir d’ostentation. L’exposition s’ouvre en effet sur des objets venus d’Extrême-Orient ayant appartenu aux Condé, se poursuit par des panneaux venant de l’hôtel du duc de Richelieu, une délicieuse commode de Madame Adélaïde (quatrième fille de Louis XV), sans compter la berline de la Maison du Roi du Portugal qui trône en majesté au milieu de la nef.

Berline de la maison du Roi, anonyme, Paris, vers 1760 Bois sculpté et doré, laques noire, rouge, peinture à l’huile vernie polie, laque aventurine, laque transparente.  Intérieur garni de velours bleu brodé d’or, taffetas bleu, cuir, verre et métal.  Lisbonne, Museu Nacional dos coches  © DR
Berline de la maison du Roi, anonyme, Paris, vers 1760
Bois sculpté et doré, laques noire, rouge, peinture à l’huile vernie polie, laque aventurine, laque transparente.
Intérieur garni de velours bleu brodé d’or, taffetas bleu, cuir, verre et métal.
Lisbonne, Museu Nacional dos coches © DR
Commode de Madame Adélaïde, Gilles Joubert et Etienne-Simon Martin, Paris, 1755 Bâti en chêne et résineux, préparation, laque blanche, décor peint à l’huile, laque transparente, bronze argenté, marbre Sarancolin.  Versailles. Musée national du château de Versailles et des Trianons.  Photo © Château de Versailles / DIST. RMN - Grand Palais / Christophe Fouin
Commode de Madame Adélaïde, Gilles Joubert et Etienne-Simon Martin, Paris, 1755
Bâti en chêne et résineux, préparation, laque blanche, décor peint à l’huile, laque transparente, bronze argenté, marbre Sarancolin.
Versailles. Musée national du château de Versailles et des Trianons.
Photo © Château de Versailles / DIST. RMN – Grand Palais / Christophe Fouin

Il est à noter qu’un parcours « vernis Martin » a été installé au Musée Nissim de Camondo, les dispositions testamentaires régissant les œuvres n’en permettant pas le déplacement.

 

Informations pratiques :

 

Les Arts Décoratifs – Nef
107 rue de Rivoli
du mardi au dimanche de 11h à 18h (nocturne le jeudi)
Entrée : 8€/9,50€

Jusqu’au 8 juin 2014

 

Fils posthume, caché et renié du Régent et de la Mère Angélique Arnauld, j’en ai hérité certains traits de caractère. Amateur d’art contemporain (c’est Antoine qui m’a dit de mettre ça), d’humour potache et de littérature latine. Je n’aime pas les gens qui commencent leurs phrases par « Vous n’êtes pas sans ignorer… »

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