Les beaux jours s’installant, l’envie de quitter le bitume pour la verdure se fait sentir. Et si nous allions nous balader dans l’ancienne demeure d’un peintre ? Vous connaissez sans doute déjà par cœur la maison de Monet à Giverny, alors, pour changer, prenez le RER D et arrêtez vous à Yerres, où se trouve une très jolie propriété dotée d’un grand parc, d’une rivière, d’un potager et d’un musée, idéale pour un dimanche bucolique. Il s’agit de la propriété Caillebotte, ancienne demeure de la famille du peintre reconvertie en haut-lieu de l’impressionnisme ; elle accueille cette année une famille d’artistes, les Rouart. Certains sont maçons de père en fils, eux étaient peintres, peintres passionnés, mariés à des peintres, amis de peintres célèbres. De la peinture à tous les repas et même un peu plus, une passion réelle, palpitante, que l’exposition de la propriété Caillebotte s’attache à retranscrire dans Les Rouart : de l’impressionnisme au réalisme magique. À voir du 28 mars au 5 juillet 2015.

Tout commence par un nu alangui : chez les Rouart, pas de révolution mais une peinture appliquée, verte, campagnarde. On se sent auprès de leurs toiles comme au bord de l’eau, le clapotis de leurs touches de peinture se faisant mélodie colorée de journées d’été. Après le nu (signé Henri Rouart, célèbre papounet de la famille), un grand arbre généalogique tente d’éclairer un peu le merveilleux imbroglio de mariages et de fratries qui constitue la famille Rouart. On y aperçoit Julie Manet, les sœurs Lerolle (modèles de Renoir) et si vous avez un peu de chance, un guide vous expliquera en détail ce qui a fait de la famille Rouart une famille impressionniste – leurs liens avec les autres peintres du groupe étant nombreux.

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Henri Rouart (1833-1912) est donc le premier et le plus célèbre artiste de la famille. Peintre impressionniste par excellence, il dépeint le calme heureux de sa maison secondaire de La Queue-en-Brie et ses environs verdoyants : il est d’ailleurs réputé pour sa palette verte, impressionnante de virtuosité et d’élégance. Son paysage L’Étang au domaine de l’Hermitage frôle le monochrome abstrait et est un tourbillon de nuances de vert vaporeuses. On s’y perd comme dans un buisson, le nez dans les odeurs et les yeux éblouis.

Tiens, dans la salle suivante, Berthe Morisot : mais oui, elle a peint Julie Manet, fille d’Edouard Manet et femme d’Ernest Rouart (1874-1942), second roi de cette exposition. Julie Manet est ici représentée enfant puis jeune femme, la main gauche tenant un pinceau sur une toile, la main droite écrivant sur une autre (il est amusant de constater qu’elle était ambidextre !). Source d’inspiration pour son mari, elle n’a pour autant pas été son professeur : Ernest a préféré fréquenter les cours d’Edgar Degas, dont il a été le seul et unique élève et dont on sent très fortement l’influence. Chez l’élève comme chez le maître, le même appétit pour l’intimité des femmes s’exprime dans des poses naturelles, délassées ou peu gracieuses : on entre dans ses représentations comme des chambres, craignant que le modèle se retourne.

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L’imagerie d’Ernest marque également un tournant en se faisant l’expression de la vie moderne : de baignades en mer en soirées au théâtre, les loisirs se diversifient et surtout se laissent représenter. Ce sont donc des jeunes filles en maillot de bain qui terminent le parcours d’Ernest Rouart, nous laissant ainsi pénétrer dans l’univers tout à fait différent du petit dernier, Augustin Rouart (1907-1997), sans aucun doute notre préféré.

Augustin Rouart peignait à la peinture à l’œuf, en petites hachures, avec une précision méticuleuse et très légèrement fantaisiste. Son autoportrait le présente comme un homme sobre, le pinceau fin, les joues roses. Face à cette image silencieuse, d’adorables portraits d’enfants au lit : leurs joues gonflées, leurs bouches moelleuses et leurs yeux clos dans le sommeil sont représentés avec une attention d’illustrateur. Il y a de la candeur et de la naïveté dans ces images de la plus tendre et la plus douce enfance. Plus loin, des paysages maritimes mélancoliques, puis, complètement autres, des vues de nageurs entourés de vagues extravagantes. Il touche là au réalisme magique, ce réalisme dont la poésie est si forte qu’elle transforme le réel en rêve ; et les courbes des vagues semblent vivantes. Ainsi, Augustin Rouart est le plus touchant des trois artistes, puisqu’il semble s’investir dans sa peinture avec beaucoup de cœur et de sincérité.

Pour finir, et on pleurerait presque devant tant de douceur, l’histoire qu’Augustin avait commencée à dessiner pour consoler son fils Jean-Marie, futur académicien, qui avait perdu son nounours : voilà une très jolie manière de conclure cette exposition où l’art se vit en famille. Et si vous avez eu justement la bonne idée de venir accompagné de vos bambins, de votre mère ou de vos oncles, baladez-vous dans le joli jardin de la propriété Caillebotte, allez mettre vos nez dans les fleurs du potager ou déguster un bon repas au restaurant du musée. La journée sera inoubliable, vous en ferez peut-être une peinture…

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Informations pratiques :

 

Les Rouart : de l’impressionnisme au réalisme magique
Du 28 mars au 5 juillet 2015
Entrée libre
Propriété Caillebotte à Yerres (20 minutes de la Gare de Lyon en RER)

À noter : le week-end des 6 et 7 juin 2015, des animations spéciales seront proposées dans le jardin (comme dans de nombreux jardins de France à l’occasion des Journées des Jardins).

«Ce que je veux dire, c’est qu’elle avait des yeux où il faisait si bon vivre que je n’ai jamais su où aller depuis.» (Romain Gary, La promesse de l’aube)

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