legs-marivaux-poche-montparnasse-afficheComme le mois d’avril est beau, surplombé d’un magnifique ciel bleu… Au théâtre, l’heure n’est plus aux drames sanglants mais bien aux histoires d’amour légères. La preuve en est avec cette pièce du Poche Montparnasse, Le Legs de Marivaux : il raconte l’amour d’un Marquis pour une Comtesse… mais cet amour est perturbé par la promesse d’épouser une certaine Hortense, ou de lui donner 200 000 livres. Le Marquis ne conçoit guère le legs d’une telle somme d’argent et envisage de sacrifier son amour pour épouser Hortense, qui ne lui plaît pas, et qui elle-même est amoureuse d’un Chevalier et ne dirait pas non à 200 000 livres…

Le texte de Marivaux, tout printanier et tout amour, va de pair avec une mise en scène et un décor remarquables : Marion Bierry a entrecoupé le texte de poèmes de Ronsard, chantés par les acteurs et mis en musique sur des lieder de Schubert. L’effet est parfois comique, transformant cette pièce classique en véritable comédie musicale pop, où même les personnages les plus inattendus se mettent à chanter bravement – on pense au Marquis qui fait sourire par sa voix grave et son air légèrement empoté, mais toujours chantant de bon cœur. Bien sûr, certaines voix sauvent l’ensemble et s’installent dans l’air ambiant comme de jolis chants d’oiseaux. Le décor de Nicolas Sire, fort simple, est constitué de paysages peints idylliques, citation des toiles du Lorrain, aux lointains bleutés et arbres luxuriants. Au début, on trouve même une allusion flagrante à Fragonard et sa toile Les Hasards heureux de l’escarpolette, scène galante peinte entre 1767 et 1769 représentant une jeune femme sur une balançoire, tandis qu’un jeune homme la contemple, alangui dans les buissons. Cette balançoire est reproduite sur scène, Hortense s’y balance, et toute la légèreté du geste annonce la couleur heureuse de la pièce…

La mise en scène associe donc une esthétique riche, cultivée, toute en citations, et une légèreté, une grâce touchantes. Toute la délicatesse de la pièce repose sur les épaules des acteurs, excellents. On retient notamment le couple de valets, deux charmants visages aux expressions vives et aux gestes graciles, qui virevoltent autour de leurs maîtres. Le Marquis, incarné par Bernard Menez, est un grand type timide, hésitant, si drôle dans ses avances amoureuses. La Comtesse a les atours pulpeux et la bouche rouge de Valérie Vogt ; on tombe amoureux.

Un véritable délice, qui donne envie de se replonger dans les peintures de Watteau et Fragonard… À voir absolument.

 

Informations pratiques :

 

Le Legs, de Marivaux
mise en scène de Marion Bierry
du mardi au samedi à 21 heures, dimanche à 15 heures

Théâtre de Poche Montparnasse
75 bld du Montparnasse, Paris 6ème
www.theatredepoche-montparnasse.com

 

Photographie : © Victor Tonelli

 

«Ce que je veux dire, c’est qu’elle avait des yeux où il faisait si bon vivre que je n’ai jamais su où aller depuis.» (Romain Gary, La promesse de l’aube)

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