Le Louvre a la Joconde, Cluny a la Dame à la Licorne ! Après plusieurs mois d’absence, le musée du Moyen-Âge retrouve son chef d’œuvre restauré dans une salle entièrement rénovée et repensée. L’occasion de redécouvrir ce joyau du XVIe siècle dans un nouvel écrin.

La Dame à la Licorne émerveille autant qu’elle interpelle. Lorsque l’on observe les six tapisseries, on comprend rapidement qu’elles représentent les cinq sens : la vue, l’ouïe, l’odorat, le goût et le toucher. Mais quel peut bien être le sens de la sixième tapisserie, la seule à porter une inscription : “Mon seul désir” ?
L’intérêt de la Dame à la Licorne ne se limite cependant pas à cette intrigue, la tenture est avant tout un chef d’œuvre poétique chargé d’histoire. Partons à sa découverte !

De Prosper Mérimée au Musée Cluny

Si la Dame à la Licorne est située autour de 1500, elle n’est mentionnée pour la première fois qu’en 1814, au château de Boussac (Creuse). Dans un rapport de 1841, Prosper Mérimée, alors inspecteur des monuments nationaux, suggère son acquisition par l’Etat. La tenture rejoint le musée de Cluny dès 1882 par l’intermédiaire de son premier directeur, Edmond du Sommerard.

Les armoiries présentes sur la tapisserie ont permis d’en attribuer la commande à la famille lyonnaise des Le Viste mais quelques doutes subsistent cependant sur l’objet de la tenture. L’une des hypothèses serait que la tapisserie avait pour but de célébrer les fiançailles d’Antoine II qui porta les armoiries de la famille Le Viste après la mort de Jean IV.

« Mon seul désir »

Il est très probable que ces tapisseries soient une allégorie des cinq sens mais le mystère demeure pour la sixième tapisserie, la seule porteuse d’une inscription  : “Mon seul désir”. Il est possible qu’elle évoque un sixième sens, celui de l’âme ou du cœur qui gouverne les cinq autres.

Cette sixième tapisserie vient par ailleurs étayer l’hypothèse d’une tenture dédiée à des fiançailles, rappelant l’amour et le désir qui unit les deux amants. Les deux lettres A et I situées de part et d’autres de l’inscription pourraient être les initiales des fiancés.

« Mon seul désir » – Paris, musée de Cluny – musée national du Moyen-Âge
© RMN-Grand Palais / Michel Urtado

On retrouve dans le lion, présent sur chacune des tapisseries, le symbole de la vigilance et de la résurrection. La licorne, quant à elle, joue un rôle plus ambivalent évoquant à la fois la pureté et la chasteté mais revêtant également une connotation sexuelle.

> LIRE AUSSI : La folle épopée de la Tapisserie de l’Apocalypse d’Angers

Des tapisseries restaurées présentées dans un nouvel écrin

Restauration de la Dame à la Licorne
Restauration de la Dame à la Licorne
© Droits réservés

La tenture a déjà fait l’objet de plusieurs restaurations, la première peu après son acquisition par le musée, la plus récente pendant la seconde guerre mondiale. Une nouvelle restauration a été initiée en 2012 afin de faire face à l’empoussièrement de la tapisserie ainsi qu’aux tensions liées à l’accrochage. Cinq restauratrices ont procédé à plusieurs manipulations : retrait de l’ancienne doublure, dépoussiérage par micro aspiration, lavage et consolidation des zones fragiles.

Cette restauration a permis de constater différentes dégradations dues à la précédente installation. En effet, la disposition des œuvres dans une salle ovale favorisait la circulation de l’air et le dépôt de la poussière. Aujourd’hui, les six tapisseries prennent place dans une salle entièrement restaurée, spécialement conçue pour ce chef d’oeuvre.

Côté scénographie, les tentures sont disposées du sens le plus matériel (le toucher) au plus spirituel (la vue). Une rosace au sol permet de comprendre facilement la signification des tapisseries et un éclairage LED discret favorise leur valorisation tout en créant une atmosphère intimiste permettant de mieux découvrir l’œuvre.

Considérée comme l’une des plus belles réalisations du Moyen Âge, la Dame à la Licorne ne cesse de fasciner. Georges Sand parlait de “curieuses tapisseries énigmatiques” quant à Rainer Maria Rilke il écrit en 1929 : « Il y a là des tapisseries (…) Viens, passons lentement devant elles (…) Comme elles sont tranquilles, n’est-ce pas ? »

Alors pourquoi ne pas vous laisser vous aussi surprendre par ces tapisseries ?

Pour en savoir +, consultez la fiche de la Dame à la Licorne sur le site du Musée de Cluny.


Informations pratiques :

Adresse
Musée de Cluny
6 place Paul Painlevé
75005 PARIS

Horaires
Tous les jours sauf le mardi
De 9h15 à 17h45

Tarifs
Plein tarif : 9 € / Tarif réduit : 7 € (5 et 4 € hors période d’exposition temporaire)
Gratuit pour les moins de 26 ans

Gagnez du temps : achetez votre billet en ligne

3 COMMENTAIRES

  1. Je valide ! Les tapisseries on plutôt tendances à m’ennuyer mais celles-ci (avec la Tapisserie de l’Apocalypse au château d’Angers) sortent vraiment du lot.

    Et en plus un article qui cite R.M.Rilke \o/

  2. Contente de voir ses six tapisseries de la Dame à la Licorne au musée de Cluny ! Pourvu que l’histoire perdure… heureusement quelques films reprennent les couleurs de cette oeuvre et on pensera aux films d’Harry Potter ! Se procurer une reproduction de ces tapisseries reste aussi une bonne façon de garder des traces de la Dame à la Licorne. On trouve quelques sites proposant la vente de celles-ci dont les Tapisseries de Flandres http://www.tapisseriesdeflandres.com/fr/content/18-la-dame-a-la-licorne !

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.