Ken Bruen Le démonAncien policier viré pour son alcoolisme et pour son impulsivité, Jack Taylor s’est reconverti en détective privé à Galway. Pourtant, derrière son côté bourru se cache un homme sensible et cultivé, trop abîmé par la vie.
Si Jack a la peau dure et a l’habitude de faire face à des adversaires coriaces, il va devoir redoubler de vigilance dans ce huitième opus car il semblerait que le diable en personne soit à ses trousses ! Dans une Irlande frappée par la crise financière, c’est dopé au Xanax, au Jameson et à la cigarette que Jack s’apprête à affronter son pire adversaire.

Ce huitième tome marque un changement dans l’édition française des aventures de Jack Taylor. Adieu Gallimard, c’est maintenant Fayard qui publie Ken Bruen… et c’est bien dommage ! Qui dit changement d’éditeur dit aussi changement de traducteur : Pierre Bondil laisse la place à Catherine Cheval et Marie Ploux. Je n’ai jamais lu Ken Bruen en anglais mais, par rapport aux précédents tomes, cette nouvelle traduction manque cruellement de pep’s. Certaines expressions sonnent faux, on regrette le Jack d’avant qui était moins vulgaire et bien plus subtile.

Difficile donc de rentrer dans ce livre, il faut laisser passer une bonne centaine de pages pour passer outre ce changement de traduction et se laisser emporter par l’histoire… ou plutôt par le personnage. Car c’est bien ce qui fait toute la différence chez Ken Bruen par rapport aux autres auteurs de polars : l’intrigue passe au second plan, ce qui nous captive c’est Jack, détective un peu brutal mais attachant et cultivé (il est toujours accro à la musique et à la littérature). On lit ses aventures pour savoir comment va tourner notre enquêteur préféré.
Si l’histoire est plaisante et l’adversaire pour le moins original – s’agit-il vraiment du diable ? – Ken Bruen commence à tourner en rond. Jack roule sa bosse depuis un moment déjà et certains passages – comme le premier extrait ci-dessous – ont un air de déjà-vu.

On déconseillera donc cet opus aux nouveaux lecteurs qui trouveront plus de plaisir à lire le premier tome – bien plus réussi – Delirium Tremens. Le Démon est à réserver aux fans de la série.
Un neuvième tome, Sur la tombe, est déjà publié. La curiosité me poussera sans doute à le lire prochainement… à suivre !

 

Extraits :

 
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[tab]Extrait 1/4

Des livres.

Toujours et à jamais, mon salut absolu.

Une machine à café, un lave-linge et Internet.

Que demander de plus ?

A part :

amour

affection

dessein

famille

ancrage

J’étais si loin de tout ça qu’on aurait pu croire que je m’y étais habitué.

Niet.

Il n’y a pas pire solitude que de faire ses courses pour soi seul et de manger seul chez soi, ah, misère, c’est là qu’on touche le fond.

Alors, on laisse la télé allumée, le matin on allume la radio, juste pour rompre cet effroyable silence.

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[tab]Extrait 2/4

Les infos défilaient à l’écran, toutes plus sinitres les unes que les autres : licenciements, gestes désespérés, expulsions, un inceste indicible à moins de trente bornes, arnaques, meurtres en voiture à Dublin devant des petits enfants, une kyrielle de suicides et, pour couronner l’ensemble : les prochaines cérémonies des oscars.

Y a de quoi sombrer dans l’alcool, pensez pas ?

Tu parles, de nos jours, c’est de l’héroïne pure qu’il faut, pour digérer les infos.

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[tab]Extrait 3/4

J’ai appris l’incendie par la radio. J’écoutais l’émission de Jimmy Norman. Il venait de passer If Living Is Without You de Nilsson, une des chansons que je préfère.

Que l’alcool ait tué Nilsson me rendait déjà ce garçon sympathique mais, en plus, cette chanson me rappelait l’époque où j’avais rencontré le grand amour de ma vie – qui m’avait quitté pour un Guard, parce que, disait-elle : “Tu n’es qu’un incurable ivrogne.”

Ouais, je sais, c’est la romance à-vous-faire-chialer-dans-votre-verre classique, mais pas moins efficace pour autant.

Le temps guérit tout.

Quelle foutue connerie !

Parfois, je croyais l’apercevoir dans la rue et mon coeur en mourait encore.

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[tab]Extrait 4/4

Dury, sévèrement handicapé dès l’enfance par une polio, n’avait jamais été aussi bon qu’en concert.

Lui aussi était mort.

Tous les gens marquants l’étaient.

En sortant, j’ai lancé à la sentinelle solitaire :

– Dieu vous garde !

Sans décoller les yeux de sa pinte, il m’a répondu :

– Dieu s’est tiré dans un paradis fiscal, comme tous ces pourris d’arnaqueurs…

Que dire ?

Sinon repenser à ce que Ronnie Scott a sorti à Van

Morrisson : “J’étais un homme heureux et tu m’as fait prendre un siècle d’un coup.”

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Note : 
 

2012 – 356 pages – ISBN : 978-2-213-66299-2
Ken Bruen – Irlandais
Editions Fayard Noir

 

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Jeune trentenaire et vieux blogueur. Fondateur de Culturez-vous et organisateur de l’association "Un Soir, un Musée, un Verre". Flâneur professionnel et éternel curieux.

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