L’été touche à sa fin, la skyline des bouquins conseillés et prêtés par vos amis n’est plus qu’un plat pays, et la perspective de relire les classiques de la littérature française vous replonge dans de désagréables souvenirs de rentrée scolaire. Quant à la rentrée littéraire, vous vous êtes toujours méfié(e) des livres sur lesquels la critique et les libraires s’extasient à l’unisson. Bref, ça s’annonce mal.

Votre joker s’appelle Jacques Aubergy, tout à la fois libraire souriant, éditeur exigent et traducteur émérite de l’Atinoir. Dans une autre vie, Jacques a vécu à Barcelone puis à Mexico. Il y a contracté une passion contagieuse pour les langues hispaniques et une propension dépaysante à inviter Garcia Lorca chez Molière. Il a déniché et traduit pour vous la crème des auteurs d’Amérique Latine, ceux dont personne ne vous avait jamais parlé mais qui se piochent avec autant de plaisir que des tapas sur une étagère.

couverture_conférence sur la pluie

Notre suggestion du jour serait la Conférence sur la pluie de Juan Villoro, monologue d’un Bibliothécaire distrait que la vie semble surprendre comme une méchante averse. Tout commence par une conférence sur l’attirance mélancolique que nourrissent les poètes pour les temps maussades. Du moins, tout aurait commencé ainsi si le conférencier n’avait pas égaré ses notes… Reste donc à occuper ce temps de parole par d’habiles pirouettes littéraires, dans un esprit de conversation qu’une salonnière n’aurait peut-être pas boudé. Insensiblement, le Bibliothécaire glisse de ses amours de papier vers ses passions amoureuses.

Il convoque ses deux amantes, l’orageuse Soledad et la vaporeuse Laura. La première a banni l’imaginaire de son quotidien, la seconde ostracisé le quotidien de son imaginaire. Lui, calfeutré dans la familiarité rassurante de ses livres, vit ces histoires comme autant de courtes nouvelles dont il serait le héros. Des roman(ce)s mal écrit(e)s, qui bâillent un peu. Hélas, on ne pardonne qu’aux Poètes de s’exiler en eux-mêmes pour fuir les déceptions du réel. « Il pleure sur mon cœur comme il pleut sur la ville » : tout est dit, plus grand que la vie elle-même. Le Bibliothécaire, lui, n’a que ses yeux et un humour pince-sans-rire pour pleurer.

Effroyablement drôle, on peut lire la Conférence sur la pluie comme le récit d’amours fantasmées qui dépérissent si le réel les souille, mais finissent par mourir asphyxiées par leurs propres chimères. Seul dans sa bibliothèque, il ne connaitra désormais que par procuration l’angoisse de l’orage qui tonne et la caresse de la pluie. Cette pluie versatile dont « chaque goutte a quelque chose d’une larme lorsqu’elle tombe ».

Les livres effaçaient tout ce qui m’entourait; par contre, Soledad était immergée dans la réalité. Elle percevait tout avec acuité, comme ce personnage qui « entendait les mouches tousser ». Terrorisée par la souris, elle envoyé une mouche vers ma chaise de lecteur. Les insectes lui obéissaient. Elle les fumigeait du regard. Finalement, une mouche est arrivée en vrombissant dans mon oreille, je me suis retourné et je l’ai vue en train de pousser des cris. Elle tenait l’exemplaire de Du contrat social de Rousseau et menaçait d’en arracher une page. L’homme qui dut s’enfuir dans un attelage à cause de ses écrits, le martyre de la liberté, condamné par le pouvoir autoritaire, lui, l’insigne Jean-Jacques, allait perdre ue page sous la tyrannie de ma propre maison.

Note : 

2014 – 70 pages – ISBN : 972-2-91811-245-7
Juan Villoros – mexicain
Editions L’Atinoir

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Passionnée par l'histoire de l'art et l'économie de la culture, en résulte un faible pour les artistes maudits et les artistes rentables. J'aime les musées comme autant de résidences secondaires dont je me propose de vous faire découvrir ici quelques pièces. Pour le reste, je moissonne le champ des possibles.

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